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Santos de Cartier : Un Homme, une montre.

Nicolas
Le 2 mai 2018
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Santos de Cartier. Une montre que l’on connaît, dont on perçoit la géométrie, mais dont l’histoire nous est souvent inconnue. Et pourtant. Elle fait partie des pièces que nous apprécions au plus haut point, justement parce que l’aventure humaine qui l’embrasse est riche, intéressante et pleine d’enseignements.

Cette aventure humaine, c’est celle d’Alberto Santos-Dumont, dont la vie palpitante entre Sao Paulo et Paris a rythmé la vie parisienne au début d’un XXe siècle riche en découvertes et en personnalités. Aujourd’hui, chers amis, c’est de cette vie dont je veux vous faire part, pour arriver à vous transmettre l’ébullition d’idées fertiles de ce début de siècle, qui verra la naissance de cette Santos au design et à l’esprit uniques.

Alberto Santos-Dumont : From Sao Paulo to Paris

Chers amis, je voudrais prendre le temps ici de vous présenter l’homme qui a fait naître la Santos de Cartier. En vous présentant son œuvre, ses exploits mais aussi ses échecs, vous saisirez dans l’instant la géométrie et l’esprit de la Santos, du début du XXème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Alberto Santos-Dumont

C’est en 1873 que tout commence, à Cabangu dans l’État actuel du Minas Gérais au Brésil. Mais Alberto n’est pas né dans n’importe quel lieu. Plus précisément dans la fazenda de son père, un domaine agricole spécialisé dans le café. En 1879, après un petit déménagement dans l’État de Sao Paulo, la plantation familiale est la plus grande du Brésil.

Cette plantation de café, il l’adore. Elle devient naturellement son terrain de jeu et d’apprentissage favori, et à 12 ans il prend déjà les commandes de la locomotive qui fait les allers-retours entre la plantation et les grandes villes environnantes. C’est dans ce vaste jardin qu’il s’adonne à la lecture de Cinq semaines en ballon et d’autres romans de Jules Verne.

Voici le décor planté.

Alberto Santos-Dumont

Il s’installe pour ses études rue d’Édimbourg en 1892, et fait sienne la capitale française. Il enchaîne les réalisations mécaniques et fait résonner sa Panhard sur les routes du bois de Boulogne. En 1898, c’est avec sa machine “Numéro 1” qu’il s’envole depuis le Jardin d’Acclimatation. Le début d’une longue série.

Après de multiples machines, essais où il a bien failli perdre quelques plumes et autres tensions avec L’Aéro-Club de France, Alberto Santos-Dumont s’envole aux commandes de son Numéro 6 le 19 octobre 1901. Une révolution de Tour Eiffel plus tard, devant les yeux de Louis Cartier et de l’épouse de Rockfeller, il se pose et remporte le prix Deutsch de 100.000 Francs. Qu’il répartira entre ses mécaniciens et les indigents de Paris. Un amour certain pour la France.

Alberto Santos-Dumont - Structure d'avion

C’est à ce moment qu’il fait part à Louis Cartier de ses problèmes en vol pour lire correctement l’heure. Les raisons sont évidentes. Quand vous volez dans une pareille structure, sans savoir si vous allez redescendre vivant sur le sol parisien adoré, vous ne devez prendre aucun risque. Imaginez un instant. Vos deux mains sont occupées par les manches en bois qui vous servent pour la direction et vous êtes dans une nacelle minuscule. Avez-vous le temps et l’espace de sortir de la poche de votre veston (Alberto volait en costume, ultime élégance) votre montre gousset ? Non. Voir directement l’heure depuis une montre fixée à son poignet semble bien plus pratique.

La Genèse de la montre Santos de Cartier

Louis Cartier se met donc à l’oeuvre. La première Santos, qui ne portait évidemment pas ce nom à l’époque représente toute une époque, un univers parisien et français.

Une montre résolument moderne, à l’image des pionniers de l’air et des bâtisseurs de ce moment précis de l’histoire. Un savant mélange de fines courbes et la rigueur centrale du carré, fixé par des rivets. Une vague odeur de fer ‘puddlé’ de notre Dame de fer. Mais aussi une montre classique et d’une élégance rare, en gardant les chiffres romains, le chemin de fer et les aiguilles Breguet. L’équation parfaite entre modernité et classicisme.

Santos de Cartier - A Man and His Watch

Santos s’envolera encore de nombreuses fois avec ses machines, toujours plus haut, toujours plus loin, en se refusant toujours qu’elles servent les causes de la guerre. Il fréquentera les cercles et grands du monde, allant même jusqu’à réaliser le rêve d’Alice Roosevelt en longeant la côte à ses côtés, dans les airs. Sans oublier une rencontre exceptionnelle avec le pape Pie X en 1907.

Avant la guerre, à cause d’un malentendu avec les autorités françaises qui le suspectaient d’espionnage, il brûle tous ses plans aéronautiques et file au Brésil avant d’entreprendre une visite dans de nombreux pays d’Amérique latine où il est reçu les bras ouverts par les autorités.

N’ayez crainte, il reviendra par la suite à Paris, fréquentera l’Aéro-Club de France et renouera avec sa vie d’avant-guerre. Mais la vente de la propriété familiale et d’autres changements l’affaiblissent grandement. Il finira par mettre fin à ses jours, devant la vision horrifiée de l’utilisation de son invention pendant la Guerre Civile Brésilienne en 1932.

Santos de Cartier aujourd’hui

La Santos est commercialisée en 1911, mais n’a pas le succès qu’elle a depuis les années 1970. L’histoire des grandes montres.

Quand vous prenez la Santos aujourd’hui, peu de choses ont changé finalement. C’est aussi ce qui lui confère tant de charme. Évidemment, elle a connu de multiples déclinaisons, mais le modèle d’origine persiste dur comme fer. Et si l’on regarde le modèle qui a été mis à l’honneur cette année pendant ce SIHH 2018, on comprend bien pourquoi.

Focus Packshot Cartier Santos Gold

La montre vit avec son temps, la lunette s’est affinée et s’étend un peu plus pour s’orienter vers le bracelet, aussi mis à l’honneur en cuir et dans des peausseries plus exotiques, en référence au bracelet d’origine. Les courbes et la géométrie du boîtier ont finalement peu évolué, même si la modernité veut que les tailles ont pris en grade. La pièce étant automatique, équipée du mouvement de manufacture 1847 MC, elle a aussi pris en épaisseur. C’est normal, et ça reste fin.

Mais selon les envies et gouts de chacun, qu’il s’agisse du moyen ou du grand modèle, la montre reste sobre et très élégante. N’oublions pas que Santos était aussi pionnier dans ce domaine, exhibant des beaux revers surmontant ses bottines Hermès  (pratique pour ne pas coincer le tissu dans les cables aux pieds), protégeant son costume d’une gabardine particulière et portant toujours avec autant d’amour son chapeau Panama aux bords tombants.

Cartier SIHH 2018 - Santos or Moyen modèle

J’espère que vous avez saisi, finalement, que derrière Santos ne se cache pas une montre, mais un grand Homme, qui a fait passer sa passion avant sa vie, et représentant un moment de la vie française dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Oui, tout ce petit monde qui chuchote quand l’on passe la Santos au poignet. Maintenant, vous saurez.

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