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COLLECTION : LES CHRONOGRAPHES BREGUET (Ep.2)

COLLECTION : LES CHRONOGRAPHES BREGUET (Ep.2) Les premiers pas du Type 20

Si je vous dis : “PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée“ je suis certain que vous vous imaginez sagement assis dans votre siège numéroté 14A ou bien 24C- plus ou moins confortable. Oui vous êtes dans un avion à destination d’une merveilleuse capitale au bout du monde, vers les tropiques ou simplement vers le sud de la France. Pour quelques heures vous vivrez le plaisir de voler, vous êtes devenu l’Icar du XXI eme siècle, prêt à brûler vos ailes au soleil. Les nuages à vos pieds, vous vous dites que c’est le rêve de l’humanité qui se réalise si simplement sous vos yeux. Vous tenez une petite coupe de champagne pour vous détendre et vous attendez que le film se lance. Aujourd’hui nous parlons aviation. On décolle ! 

Ce n’est pas l’envie qui manque de faire référence aux pionniers, les frères Wright, à Rolland Garros, Saint-Exupéry, Mermoz et j’en passe. Je me focalise aujourd’hui sur les outils horlogers mis à disposition des pilotes de chasse à partir des années 50 – précisément les chronographes Breguet. Je me doute que la plupart d’entre vous n’ont jamais eu la chance de piloter un avion de combat, toutefois, nous allons essayer de comprendre les fonctionnalités requises par ces chronographes. 

Breguet Type 20 - Vente aux enchères Tajan

L’idée principale consiste à donner une vision d’ensemble de ces caractéristiques, ce n’est pas forcément exhaustif mais cela permettra aux profanes de découvrir certains éléments méconnus liés à ces montres. 

Plaçons nous dans un environnement. dans lequel le GPS ( système de géolocalisation) n’existe pas, un monde dans lequel Google Map n’existe plus. Examinons ensuite d’où provient la nécessité de garder une référence temporelle fiable  au sein d’un cockpit d’avion. Tout d’abord, en amont du décollage, les pilotes définissent généralement leur plan de vol. Ce plan prend en compte tous les éléments de la mission ( cibles, points stratégiques, changements de direction, ravitaillement, etc.). Le cheminement de la mission est défini grâce à une carte sur laquelle les points significatifs sont indiqués. 

Accrochez vous on attaque les mathématiques: le pilote connaît l’emplacement de son point de départ (il s’agit d’un aéroport ou bien d’un porte avion). Il connaît sa vitesse (grâce aux instruments de bord) ainsi que sa direction de vol (la boussole est nécessaire). Une petite règle de trois permet donc de calculer très vite la distance parcourue par l’avion après quelques secondes ou minutes de vol.

Cockpit d'avion

Distance parcourue = Vitesse x Temps de vol. 

Le pilote peut donc se positionner assez simplement sur la carte, il utilise la direction de vol sur le plan, retranscrit la distance parcourue sur la carte et il se localise. Tout ça nécessite un certain travail manuel. 

Il faut donc pouvoir estimer de façon très précise le temps de vol parcouru, vous avez donc compris d’où vient la nécessité de garder un référentiel temporel de qualité. 

Les choses se compliquent au moment de changer de direction car il faut savoir à quel endroit exactement changer de cap. Cela ne se fait pas à n’importe quel moment. Puis, il faut calculer un nouveau point de départ temporel qui servira à se repositionner sur la carte : c’est la remise à zéro du chronographe. 

Imaginez-vous piloter un avion de chasse qui vole à plus de 1000 km/h, au niveau de votre changement de cap il vous faut orienter l’avion vers la nouvelle direction, puis il faut à ce moment précis remettre le chronographe à zéro. Parlons donc de cette manipulation: il faudrait donc appuyer sur un bouton Arrêt « Stop », puis un bouton de remise à Zéro « Reset » puis ensuite sur le bouton Démarrer « Start ». Trois manipulations. Simples mouvements, rien de compliqué. Toutefois, chaque manipulation prend du temps à être réalisée. Je rappelle qu’une seconde de vol à 1000 km/h correspond environ à 278 mètres parcourus. Le pilote peut donc facilement fausser son positionnement pour chaque seconde perdue à réaliser ces manipulations.

Breguet Type XX

Voici donc le moment où la notion de « flyback » apparaît. Il s’agit d’une fonction spéciale du chronographe qui permet par une simple pression de réaliser les trois manipulations décrites plus haut en même temps. En pressant le poussoir, la remise à zéro se fait d’un coup et l’aiguille du chrono repart tout de suite pour chronométrer un nouveau temps. C’est une prouesse, on imagine la complexité de ce mécanisme. Tout est dans la précision. 

Aujourd’hui les systèmes GPS possèdent des horloges atomiques permettant d’atteindre une précision extrême , ce qui permet mathématiquement d’augmenter la précision du point de localisation. Même principe. 

Grâce au chronographe doté d’une fonction flyback le pilote gagne du temps, il gagne en précision de localisation, il garde le bon cap et évite les erreurs de navigation.

Airain Type 20 - Mouvement

Un autre aspect – non négligeable – des montres et chronographes est la sensibilité au champ magnétique. Un mouvement mécanique est composé essentiellement de pièces métalliques qui sont sujettes au magnétisme. La pièce centrale du mouvement est le balancier. Il pivote autour de son axe et doit conserver une fréquence d’oscillation constante. C’est malheureusement là que le magnétisme rentre en jeu et peut altérer la fréquence d’oscillation – donc réduire la précision du mouvement.  Le commun des mortels survit sans problème à de telles perturbations, au pire la montre sera décalée de quelques secondes ou minutes dans la journée, rien de grave. Le pilote, quant à lui, doit tout faire pour conserver une précision constante lors du vol (toujours pour des questions de géolocalisation), il a fallu trouver des remèdes afin d’éviter les impacts du champ magnétique créé par l’atmosphère terrestre ainsi que par l’avion (qui est doté de multiple composants métalliques ou aimantés). La solution consiste donc à placer un bouclier anti magnétique autour du mouvement de la montre, c’est comme une cage de Faraday qui ne laisserait pas passer les fluctuations magnétiques au niveau du balancier. Belle invention. 

Le pilote doit être capable de lire son cadran de montre très facilement dans toutes les situations possibles et particulièrement dans des conditions de faible luminosité (nuit, pénombre, aube, aurore, etc.). La matière luminescente est donc un élément primordial. Il y a eu plusieurs types de matières utilisées. Les deux plus connues sont le Radium et le Tritium. Ce dernier a remplacé le Radium qui devenait trop dangereux du fait de sa haute radioactivité. Cette matière était généralement appliquée sur le cadrans ainsi que sur les aiguilles. De temps en temps la lunette pouvait aussi contenir quelques points de matière radioactive aussi. Dans les années 50, on ne se préoccupait pas vraiment des effets de la radioactivité sur le corps humain, particulièrement dans le cadre militaire. Tout de même, un peu plus tôt au début du XXème siècle les «  Radium girls » ont tenté de faire reconnaître les effets nocifs du radium alors qu’elles commençaient à développer des malformations et autres maladies mortelles suite à la manipulation de peinture au Radium sur les cadrans de montre.  

Parlons de cette lunette. Généralement elle est rotative et possède un élément identifiable (point lumineux, petit triangle) ou bien elle peut être tout simplement graduée (de 1 à 12 par exemple). C’est un outil précieux afin de faire des mesures temporelles (généralement de plusieurs minutes). Les montres de plongeurs utilisent aussi ce système afin de mesurer le temps de plongée en fonction des réserves d’oxygène. Pour mesurer un temps il suffit de placer votre point de référence au niveau de l’aiguille des heures. Cette dernière évolue dans le sens horaire par rapport à la référence (qui reste fixe), ce qui permet de mesurer l’écart en minutes. Eureka ! 

Le boîtier possède aussi une importance capitale. Certains militaires sont malheureusement tombés au combat en raison de leur montre. La plupart des montres militaires possèdent un boîtier en acier brossé afin de limiter au maximum les reflets lumineux. Car oui, un simple petit éclat de lumière au loin permet à l’ennemi de vous repérer (de nuit particulièrement). Comme toujours, ça parait trivial comme raisonnement mais le boîtier de ces montres n’a pas toujours été brossé dans le passé – certains soldats en ont payé les conséquences.

Breguet Type 20

Si on parle du boîtier il est primordial – pour les montres militaires – de parler du fond. Il s’agit bien du dos de la montre, ce petit couvercle qui vient protéger le mouvement. Généralement les montres en dotation pour l’armée possèdent des gravures spéciales et reconnaissables. Elle peuvent indiquer le type d’armée (de l’air , Aéronautique Navale , Fuerza Aerea Peru, etc.). Il existe des sigles spéciaux qui permettent de lire « l’histoire» de la montre. En effet, au-delà des informations liées au type d’armée, les montres sont souvent tamponnées avec des dates de « Fin de Garantie ». Le service horloger utilisé par l’armée de l’air ainsi que par la Marine Nationale avait l’habitude de graver la date de fin de garantie sous telle forme.  Par exemple «  FG 31 5 67 » ou bien « FG 22 8 62 ». Certaines pièces comportent donc une dizaine de dates de « Fin de Garantie » – ce qui montre la longévité de ces montres. 

Maintenant que vous connaissez certains éléments primordiaux des montres militaires, je vais maintenant aborder rapidement quelques caractéristiques des chronographes Breguet Type 20 et Type XX.

Afin d’éviter les différents débats, j’utilise la définition de la maison Breguet (selon leurs archives), qui considère que l’appellation Type 20 correspond aux modèles militaires et les Type XX aux modèles civils. Toutefois, certains considèrent que seulement la toute première version peut être considérée comme Type 20. Tout ça n’est pas vraiment important. 

Au début des années 50, l’armée de l’air décide de lancer un appel d’offres afin de doter les pilotes d’un chronographe d’excellente qualité. Nom de code : Type 20. 

Un cahier des charges très strict est émis. Ce dernier spécifie toutes les caractéristiques de la montre. Il s’agit donc d’un véritable parcourt du combattant, au delà des aspects physiques et fonctionnels, la montre devait être robuste et permettre de réaliser des centaines d’activations/ désactivations du chronographe sans perdre la précision du mouvement. Il y a des contraintes sur la taille, la résistance aux chocs, la lisibilité du cadran, la réserve de marche, etc. De plus il y a aussi tous les éléments présentés plus haut.

De nombreuses manufactures horlogères décident de répondre à cet appel . La mise en compétition commence.

Je vous dévoile directement la fin du scénario : Breguet a remporté cet appel d’offres. Son modèle est le plus performant et répond à toutes les attentes de l’armée de l’air. Le contrat entre Breguet et l’armée date de 1954. Selon les informations communiquées, 2000 Type 20 auraient été fournis aux pilotes à partir de 1954. 

Sur les Breguet Type 20 (première version des années 50) vous trouverez toujours la même identification gravée au dos : 

BREGUET 
Type 20
5101/54

De plus, chaque pièce possède un numéro de série (souvent à quatre chiffres). Cela permet de garder une référence dans les archives de la maison Breguet ainsi que pour l’armée de l’air lors des révisions. 

Ces chronographes font partie de l’équipement militaire fourni aux pilotes – tout comme leur casque et autres outils aéronautiques. Les montres sont donc la propriété du ministère de La Défense – interdiction de les sortir de l’armée. Chaque règle possède ses exceptions, c’est le cas ici. Selon les informations communiquées certains pilotes avaient la chance de pouvoir garder leur montre dans de rares circonstances : pilote ayant frôlé la mort au combat, éjection en cours de vol, décoration militaire. Cette liste n’est pas exhaustive et découle de ce que j’ai pu entendre. Il existe ensuite des situations beaucoup moins officielles qui ont permis de sortir ces montres de l’environnement militaire. Il y a forcément celles qui ont été déclarées perdues ou tout simplement volées.

Breguet Type XX

Certaines de ces pièces affichent un dos en acier complètement limé (souvent de façon grossière) – ce qui permet d’effacer les marquages militaires et autres gravures qui pourraient aider à identifier la montre. Cette technique condamne malheureusement la pièce car il est ensuite impossible de la faire authentifier par la maison Breguet. Bien évidemment, cela avait peu d’importance à l’époque, il s’agissait simplement de chronographes. De plus, un des pilotes avec qui j’ai eu la chance de discuter m’a simplement dit qu’au moment de rendre sa montre (lors de son départ à la retraite) la personne en charge de l’équipement lui a proposé de la garder – sinon elle aurait fini détruite à coups de marteau. 

A ce stade il est important de vous dire la vérité. Les pilotes utilisaient généralement leurs outils de bord afin de mener à bien leurs missions. Le cockpit était quasiment toujours doté d’un chronographe de bord, ce qui fait que la montre était peut être plus utilisée comme un support annexe en cas de défaillance du chronographe principal. La montre restait toutefois un élément obligatoire au sein de l’équipement du pilote. De plus, en cas de d’éjection ou de mission sur le terrain la montre était d’une aide précieuse au pilote.

A présent, j’espère avoir pu vous donner quelques éclaircissements sur les montres militaires et la genèse des Breguet Type 20. Il reste encore beaucoup de choses à dire dans un prochain article sur les différentes versions de Breguet Type 20 et Type XX. Plusieurs variations ont été créés par la maison Breguet afin de fournir des chronographes à l’armée de l’air, la Marine Nationale ainsi qu’au Centre d’Essais en Vol (CEV). Je vous donnerai quelques détails techniques sur ces modèles. La suite au prochain numéro. 


Retrouvez l’épisode 1 sur les tribulations du collectionneur, par Christophe (@toiche)

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