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Collectionner les montres : L’art d’être malin et de se faire plaisir

Jérôme
Le 19 décembre 2018
J

Je vous propose de nous recentrer en cette fin d’année autour d’une réflexion qui revient fréquemment dans notre entourage ces derniers mois. Nombreux sont autour de nous les amis ou parents collectionneurs, parfois simplement amateurs qui ont dans leurs boîtes ce que j’appellerais du tout premier choix : des montres iconiques qui se font rares et dont les cotes ont littéralement explosé ces dernières années. Il y a aussi de jeunes amis, moins expérimentés et logiquement moins fortunés qui voient certains prix devenir délirants et se demandent comment ils pourront un jour acquérir celles qui les font rêver.

Vous vous posez cette question ? Voici quelques éléments de réponse à ne pas ignorer…

Ayez du nez, n’achetez pas ce que tout le monde s’arrache !

Peu importe le domaine d’expertise et de collection, à partir du moment où il y a rareté, où s’applique la loi simple de l’offre et de la demande, une règle universelle s’applique toujours :

“Si l’on souhaite se procurer ce que tout le monde désire au moment où ce facteur de désirabilité est au plus haut, on paiera le prix fort.”

Un prix fort, qui en horlogerie peut rapidement signifier devenir hors de portée pour 95% des amateurs de beaux petits objets qui donnent l’heure et racontent des histoires. Il est donc bon de parfois savoir se faire une raison, de prendre un peu de recul et de se demander pourquoi désire-t-on tant cette référence ? La plupart du temps, vous verrez que d’autres pièces peuvent vous rendre heureux, nous n’avons pas tous besoin d’un vieux Dayto Panda, d’un 6542 pour connaître l’heure de New York ou d’une Nautilus 3700. Evidemment, il s’agit pourtant de très belles montres, loin d’être ostentatoires, que l’on aurait tous énormément de plaisir à porter…

Vente Antiquorum Rare Watches - Patek Philippe Nautilus 3700/1

Et en même temps, a-t-on véritablement le même plaisir à porter sa montre au quotidien lorsque sa valeur excède 100.000€ ? La crainte d’abîmer, de perdre ou de se faire dérober ne prend-elle pas le dessus ? Un dilemme auquel j’ai aujourd’hui peu de chances d’être exposé, c’est vrai, mais une question à laquelle on peut réfléchir. Serions-nous vraiment heureux avec de telles pièces ?

Nous avons la chance d’être confrontés à un domaine d’une richesse incroyable, autant d’un point de vue historique qu’en terme de design, de couleurs, de formes et de matériaux. L’adage “une de perdue, dix de retrouvées” pourrait bien ici finalement faire sens. L’époque et les spéculations ne nous permettent plus d’accéder à telle ou telle pièce ? Ce n’est pas si grave…

 

Rolex Submariner 5510

Prenons un exemple simple qui nous amènera naturellement à la section suivante : vous rêvez de votre vieille Submariner mais les prix devenus “un peu” déconnants sur les 6538, 5510, 5512 et autres 5513 ne vous permettent plus de décemment songer à en acquérir une ? Je comprends, nous en sommes tous là. La bonne nouvelle est bien qu’il n’y a plein d’autres Submariner, pas inintéressantes non plus et qui comme leurs aïeux prendront elles aussi de la valeur. Les productions s’étant arrêtées depuis longtemps et la demande devenant toujours plus importante, c’est inexorable.

Une Tudor Submariner ? Une 16800 ou une 14060 ? autant de références qui disposent de bien des qualités et dont les cotes sont nettement moins excessives. Vous pouvez encore vous les payer aujourd’hui, peut-être plus demain…

A vous de trouver votre équilibre entre investissement et plaisir

Plus les montres sont anciennes, plus elles deviennent rares. Plus les marques sont historiques et les designs iconiques et plus les prix deviennent fous tant ces montres apparaissent sur tous les radars et attisent les passions. Voilà pour les faits. La vraie question maintenant consiste à se demander comment se faire plaisir, car tel est bien le véritable but de l’opération : avoir systématiquement ce léger sourire en coin, celui de l’enfant, lorsqu’on regarde l’heure, ou simplement la patine de son cadran. Touché.

Noms différents, mais qualités similaires…

La première option consiste à faire ses devoirs, étape toujours nécessaire, et à rechercher les marques oubliées de la même époque, les modèles disposants de caractéristiques similaires. Vous aimez les Daytona et les vieilles Speedmaster ? Ce ne sont pas les seuls Chronographes des années 1960. Beaucoup sont déjà sur les radars, mais pas tous de la même manière.

Prenez par exemple un Chronomaster Nivada Grenchen, qui gagne il est vrai de plus en plus en popularité. Il n’est pas encore inaccessible et on vous les jetait au visage pendant les foires il n’y a encore pas si longtemps. Un design pourtant extrêmement abouti, une belle histoire et des proportions et finitions totalement comparables à ce qui se faisait de mieux à l’époque. Mieux encore, une aiguille de heures “Broad Arrow”, des fonctionnalités inégalées et des calibres qui eux aussi ont une belle histoire.

Nivada Grenchen Chronomaster Aviator Sea Diver Chronograph

Il ne faudra pas s’y intéresser dans 5 ans… encore moins dans 20 ans.

Mais ce n’est évidemment pas le seul, nombreux sont les chronographes mécaniques des années 1960 à jouer d’équilibre et de multiples fonctions pour aventuriers, médecins, pilotes et plongeurs et qui offrent patines et proportions d’une vie déjà longue.

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Mêmes noms, mais codes différents

La deuxième approche consiste à regarder les montres moins vintage et qui le deviendront forcément. Même si beaucoup ne jouent pas avec les mêmes codes, il y en a de très intéressantes. Des montres nées dans les années 1990, voir 2000, provenant de très belles maisons et dont l’offre est encore supérieure à la demande. Elle sont encore abordables et n’intéressent pas encore forcément grand monde. Tout est dit.

Il faut donc simplement, dans cette démarche, trouver l’équilibre entre un investissement qui ne vous ruinera pas et son pur plaisir horloger. Si c’est un vieux type XX Bréguet qui vous fait  profondément vibrer, n’allez pas acheter une Corum Bubble car “il y a un coup à faire”, elle ne comblera pas le désir de l’enfant qui rêve des voyages de Saint-Exupéry.

Collectionner les montres, ou simplement s’y intéresser, est un voyage. Un voyage au travers duquel on en apprend chaque jour un peu plus sur ces petits objets et leurs histoires et durant lequel on rencontre parfois aussi des gens magnifiques. Un voyage pendant lequel on en apprend aussi beaucoup sur soi-même, on évolue et nos goûts changent. On finit parfois même par se détacher complètement du matériel pour un jour ne conserver que celles que l’on aime vraiment et avec lesquelles on partage de vrais souvenirs de vie. Un chemin qui diffère selon chacun de nous et le long duquel on se croise, on se sépare et on se retrouve. Un chemin de vie, tout simplement.

Nombreux sont les “Sempaï” à avoir parcouru ce chemin avant nous, à une époque où l’accès à l’information était bien moins aisé qu’aujourd’hui, il est donc en quelque sorte normal qu’ils aient pu profiter des meilleures années de chasse à “petit prix”. Ils ont également du mérite, ne soyons pas aigris. Ils ont parfois acheté des pièces aujourd’hui inaccessibles, réjouissons-nous simplement de les savoir entre les mains de passionnés qui  partagent avec ces pièces de nombreux souvenirs.

Je crois que le message d’aujourd’hui est finalement très simple, sachons prendre du recul et jouer avec les cartes que nous avons, les budgets disponibles, petits ou grands et l’époque qui nous a vu naître. Si l’on s’y prend correctement, je suis intimement convaincu qu’il y a pour chacun une montre pleine de sens prête à nous accompagner longtemps et à nous faire sourire le long du chemin.

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Encore une fois, petite ou grande, n’oublions jamais que c’est l’Homme qui fait la montre, et jamais l’inverse…