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La Manufacture horlogère : entre mythes et réalités.

Qu’est-ce qu’une Manufacture Horlogère ? La question est plus que légitime aujourd’hui. La raison est simple : un grand nombre d’entités se revendiquent « manufacture », et ont toutes des procédés de fabrication et d’innovation différents. Et les consommateurs et divers observateurs s’y perdent quelque peu. C’est pourquoi il suffit de revenir à la véritable définition du mot manufacture, pour y voir plus clair.

De la Manufacture en veux-tu en voilà

Si l’on se pose dans une bibliothèque deux minutes, et que l’on recherche les diverses étymologies et sens du mot « manufacture », deux éléments se dessinent clairement. Le latin médiéval nous parle de « construction »,  de structure et d’assemblage. Mais si l’on remonte aux racines du mot, on remarque qu’il est le mélange entre « Manu » et « Facere » : fait à la main. Une manufacture serait donc un atelier où l’on construit et assemble des objets à la main.

Évidemment, aujourd’hui, pour des raisons de volume et d’autres raisons d’efficacité, parfois les hommes côtoient les machines, et pour des raisons financières, chacun ne peut avoir le même niveau d’équipement. La notion de manufacture a donc évolué au fil des années, et on peut dégager plusieurs points pour la définir.

Un élément d’une importance récente

Il faut mentionner que c’est une notion très récente. En effet, la plupart des horlogers, au début du XXème siècle, se fournissaient pour leurs boitiers et sous traitaient nombre des pièces qui formaient leurs montres. Pour quelle raison ? Simplement parce que chaque sous traitant était spécialisé dans son domaine, pour lequel on lui faisait pleinement confiance.

Aujourd’hui, il semble que le mot « manufacture », qui résonne comme la voie d’une sirène dans notre oreille, soit utilisé à des fins marketing, car il rime avec artisanat, savoir-faire, passion, délicatesse, et j’en passe. Un moyen pour le consommateur de s’accrocher à quelque chose de traditionnel, apportant un éclat certain dans ses yeux. Mais si aujourd’hui il existe peu de manufacture, elles n’ont pas dit leur dernier mot.

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Ne soyons pas aveugles, il a été plus simple pour certaines marques de devenir manufactures que d’autres. Certains grands noms ont pu se permettre de racheter leurs fournisseurs historiques, là où d’autres (rares) sont partis du néant.

Première approche

Parmigiani Manufacture

Tout d’abord, quand on parle de manufacture, on fait référence à ce qui se fait de mieux. On fait référence à un travail de qualité, qui côtoie l’artisanal, et où l’expertise de l’homme et son travail à la main ont encore une place décisive dans le processus de fabrication. Et ce qui rime avec qualité, rime bien souvent avec la maîtrise de ces procédés de fabrication, de A à Z, pour un contrôle toujours plus poussé. 

Ainsi, un grand nombre de marques qui ont explosé leur processus de fabrication et qui font fabriquer des pièces à l’extérieur de leur atelier avant de les assembler, ne peuvent pas vraiment être appelées des manufactures. Mais divers degrés existent.

Afin d’y voir plus clair, nous allons, avec un trait d’esprit, découper le mot manufacture selon le niveau d’intégration de production en interne.

La véritable Manufacture

Pequignet montre felle

Tout d’abord, le plus haut degré de manufacture serait celle qui incorpore tout le processus de production au sein de ses ateliers. De la conception des mouvements, des boitiers, à leur fabrication et leur assemblage en interne. Le fait de posséder sa propre fonderie pour fabriquer son métal et son or ne rentre pas vraiment en ligne de compte, sachant que cela n’est pas tenable pour une petite production, et que bien souvent les boitiers conçus en interne doivent être fabriqués à l’extérieur.

Au delà de ce point, une marque qui fait fabriquer ses pièces au même endroit (mouvement, aiguille, cadrans…)  avant de les assembler à la main mérite pleinement le nom de manufacture. Si elle fait fabriquer les mouvements à l’extérieur, l’appellation n’est selon nous pas pleinement méritée. Par contre, si certains de ces mouvements sont réalisés en interne, on les appellera mouvements « manufacturés » avec raison.

Nous allons tout de même  au sein de cette catégorie distinguer Manufactures artisanales et manufactures industrialisées.

La Manufacture artisanale, pense et réalise l’intégralité d’une très faible production in-house. Ce sont de véritables Maîtres horlogers qui possèdent encore à eux seuls tous les secrets de la réalisation d’une pièce de A à Z. Nous pensons bien évidemment ici en tête de file à des grands noms comme Philippe Dufour, Vianey Halter ou encore Kari Voutilanen.

Si l’on veux produire plus de 5 pièces par an cela dit, la Manufacture s’industrialise et investit dans des machines-outils de haute précision. Cela ne remet absolument pas en question la qualité des pièces produites ni l’appellation de Manufacture. Je vois venir à l’horizon les commentaires  « si il y a des machines, ce n’est pas une vraie manufacture ». La réponse à cette question est évidemment Non. Ce n’est pas parce qu’une Manufacture s’équipe en machines qu’elle automatise entièrement sa production. 

Alors Oui, que ce soit chez Rolex, Jaeger LeCoultre, Blancpain, Seiko ou ailleurs, il y a des machines. Mais il y a encore et surtout toujours des hommes. Ces machines sont loin d’être indépendantes. Il faut parfois deux jours de réglages d’une infinie précision, réalisés par un homme, pour étalonner une machine qui elle complètera sa tâche en seulement 20min . Le mal n’est pas partout, la main de l’homme est encore et toujours centrale. 

La « Nufacture »

La « Nufacture » comme nous allons l’appeler, conserve cet aspect de manufacture, tout en ayant externalisé des pans importants de sa confection, comme certaines parties de leurs mouvements. On évoque souvent ce fameux « spiral », pièce extrêmement complexe à réaliser que seules les vraies manufactures ont la capacité de produire en interne.

IWC Schaffhausen - Manufacture

La Nufacture conçoit et investit beaucoup dans la recherche et développement tout en se servant du tissu industriel environnant pour atteindre ses ambitions, parfois poussées à l’extrême. À titre d’exemple, Richard Mille qui pense des mouvements impressionnants tout en en faisant fabriquer certaines pièces par d’autres.

La « facture »

Place à la « facture« . Encore une fois pas de jugement de valeur ici, mais un simple éclaircissement. Ces « factures » sont ce que l’on appelle des assembleurs. Les pièces leur parviennent d’endroits divers et variés (ce n’est pas forcément la provenance qui nous intéresse ici), avant qu’ils les assemblent dans leurs ateliers. Nombre d’étapes de production sont sous-traitées.

Cela ne pose aucun problème de qualité ni de clarté tant que certains de ces ateliers ne s’auto-déclarent pas « manufacture », sans en avoir ni le mérite, ni la légitimité.

Assembler des pièces peut être extrêmement bien fait et déboucher sur la création de très belles pièces, très fiables. Là n’est pas la question. La question reste celle de la légitimité à se revendiquer « manufacture ».

La « Ure »

La « Ure » a perdu sa « Manufact« . Elle est dispersée sur plusieurs localisations, et rien n’est réellement fait ni pensé au même endroit. Elle n’assemble parfois qu’une partie du produit final, quand elle ne se contente pas de monter les boîtes sur leurs bracelets. Cela peut donner des montres plaisantes, certes, qui restent légitimes lorsque ces dernières ne se revendiquent pas manufactures.

Conclusion

Les différents niveaux d’intégration de la production horlogère des marques en interne n’est absolument pas un jugement de valeur, ni forcément un gage de qualité ni de précision ou encore de fiabilité. L’industrie horlogère à très longtemps fonctionné avec de nombreux sous-traitants spécialisés qui excellaient dans leurs domaines pour produire les icônes d’hier dont nous sommes toujours et encore sous le charme.

La montée de la valorisation marketing du mot « manufacture » depuis une quinzaine d’années a semé un certain trouble dans la compréhension de cette notion et des réalités qui se cachent derrière. Certaines marques capitalisent depuis  à outrance sur cette appellation sans souvent en avoir la pleine légitimité.

Soyons honnêtes et rendons à César ce qui appartient à César. Laissons aux entreprises qui ont vraiment investi du temps et de l’argent dans la formation d’horlogers et d’artistes qualifiés et dans  l’acquisition de machines et de structures extrêmement coûteuses, garder leur grade de « manufacture » et se distinguer de leurs pairs.

 

2 réponses à “La Manufacture horlogère : entre mythes et réalités.”

  1. Stéphane dit :

    Intéressant, mais subjectif. Dommage que vous ne soyez pas allés au bout de la démarche en citant le nom des marques concernées. Mais bon, j’imagine que c’est trop polémique. Cela étant, ça permettrait de justifier des prix parfois stratosphériques que le commun des mortels ne s’explique pas.
    Pour information, une manufacture selon le Larousse: établissement industriel de grande taille, qui regroupait dans un même atelier différentes machines, conduites chacune par une seule personne, effectuant différentes opérations en vue d’une même production. (L’organisation sociale de la manufacture disparut avec la parcellisation des tâches, créée par le taylorisme et le travail à la chaîne.)

  2. Sonnycrook dit :

    Intéressant article dans le sens ou une réflexion en découle!
    Où le sens même du mot « Manufacture » est remis en question?
    Pour faire simple on peut résumer le terme de « Manufacture » ,en définissant une entreprise qui conçoit, réalise, produit, assemble, règle en interne ses produits?
    Maintenant une marque comme « Tissot » avec calibre du groupe maison « ETA » est en quelque sorte une Manufacture?
    D’où le terme « Manufacture » perds peut être son sens?
    Bonne réflexion!

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