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Petite Explication d’une Grande Complication #12 : La Seconde Morte

Jérôme
Le 5 février 2018
N

Nous voici de retour avec un soupçon de théorie en ce lundi matin dont la froideur nous a rappelé, d’un coup, que nous étions en hiver. Nous allons revenir aujourd’hui sur une complication un peu malaimée et souvent incomprise qui en réalité mérite toute notre attention. J’ai nommé : la seconde morte.


Seconde Morte, nf :
“Complication horlogère qui permet à une montre mécanique de “battre la seconde”. L’aiguille ne se déplace plus de manière constante mais d’un saut par seconde. (Ndlr : Oui, comme un quartz.) ”


On l’appelle également “seconde sautante”, “seconde d’un coup”, “dead beat” ou “jumping second” chez nos amis anglophones, mais il s’agit toujours de la même complication. Vous le pensez tous très fort et cela vous dérange profondément, je vais donc l’écrire : oui, de prime abord la seconde morte fait passer une montre mécanique pour une montre à quartz. Vous valez mieux que ça voyons, vous savez bien qu’à l’intérieur de votre montre bat ce coeur mécanique complexe.

La seconde morte : origines

Les montres mécaniques d’il y a plusieurs siècles n’avaient pas encore de “stop seconde”, c’est à dire de mécanisme permettant d’arrêter la course de l’aiguille des secondes lors de la mise à l’heure, qu’elle se fasse sur un régulateur, un chronomètre de référence ou au grondement du coup de canon de midi. La seconde morte tire donc son origine d’une recherche de précision. Un mécanisme complexe qui requiert une grande maîtrise de l’art horloger.

Seconde Morte : A Lange Sohne SIHH 2018 Homage to Walter Lange Wrist

La précision d’une montre mécanique n’est aujourd’hui plus aussi vitale qu’elle l’a été, c’est évident, il n’en demeure pas moins qu’il est bon de connaître certaines évolutions de la seconde morte pour apprécier pleinement la chose.

La seconde morte : importance et évolution

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle sont apparues ce qu’on appelle des montres à seconde morte et à seconde indépendante. Ces montres permettent grâce à un deuxième corps de rouages, de stopper puis de ré-enclencher à volonté la trotteuse sans perturber la marche du mouvement. Cette solution permettait donc déjà de mesurer des temps courts, même si elle obligeait encore à faire un calcul, la trotteuse ne permettant pas encore d’être remise à zéro.

Seconde morte : A Lange Sohne SIHH 2018 Homage to Walter Lange Cadran

Vous l’avez compris, c’est bien l’optimisation de ce mécanisme et l’invention de la fonction de remise à zéro qui au XIXème siècle aboutira à la naissance du chronographe que nous connaissons aujourd’hui.

Longines - Chronographe Avigation Big-Eye

Conclusion du XXIè siècle

A quoi ça sert aujourd’hui ? Concrètement ? Étant donné que nous avons aujourd’hui à notre disposition le stop seconde et les chronographes les plus aboutis, à l’image notamment du Triple Split A. Lange & Söhne qui nous a gentiment laissé sans voix lors du dernier salon de Genève il y a quelques semaines.

Bonne question, et la réponse est simple : strictement à rien pour le profane, qui n’y verra que le passage du temps façon montre à quartz de bureau de tabac.

Pour l’amateur éclairé qui se gausse du regard des autres et ne regarde pas l’heure dans l’attente d’une approbation quelconque, par contre, c’est un peu comme si le summum de la classe faisait un enfant à la quintessence du snobisme.

Et peu importe si le monde entier prend cette merveille de micro-mécanique pour une montre à 10€, c’est au contraire bien là que ce plaisir si personnel prend tout son sens…