L’histoire d’Apollo 13 et de la Omega Speedmaster Houston, we've had a problem
Pour peu que vous vous intéressiez à l’horlogerie en général, et à Omega en particulier, vous n’avez pas pu passer à côté : la Speedmaster est la première montre de l’histoire à avoir été portée sur la Lune. Mais la carrière spatiale du chronographe ne s’arrête pas là. Car en tant que montre officiellement certifiée par la NASA, la Speedmaster a connu bien d’autres missions. Et toutes ne se sont pas passées comme prévu…
3, 2, 1… ignition !
Le 11 Avril 1970, la fusée Saturn V décolle du Centre Spatial Kennedy en Floride, avec à son bord les différents modules de la mission Apollo 13.

Il s’agit de la septième mission habitée de la NASA, et de la troisième programmée pour atterrir sur la lune, après la fameuse Apollo 11 (“one small step for man, one giant leap for mankind”) et Apollo 12. L’équipage est composé par trois astronautes : Le Commandant James Lovell, le pilote du module principal Jack Swigert, et le pilote du module lunaire Fred Haise.
Une Speedmaster au poignet, bien évidemment
Mais revenons d’abord un peu en arrière. Rapidement après le lancement du programme Apollo en 1961, la NASA se rend compte qu’elle a besoin d’équiper ses astronautes de montres fiables, résistantes et précises. Juste au cas où… Alors la NASA envoie des demandes à plusieurs fabricants de montres et seulement quatre répondent à l’appel : Omega, Rolex, Longines-Wittnauer et Hamilton. Le modèle envoyé par Hamilton est immédiatement disqualifié car il s’agit d’une montre de poche (la NASA exige une montre-bracelet) et sur les trois restants, seule la Speedmaster résiste à tous les tests soumis par la NASA. Après avoir été exposée à des températures extrêmes, aux changements de pression atmosphérique, aux tests d’accélération et de décélération, ainsi qu’aux tests de résistance aux chocs, la Speedmaster est la seule à avoir survécu. Ainsi en 1965, la Speedmaster est la première -et seule- montre certifiée par la NASA pour ses missions habitées. Le modèle en question est une Speedmaster référence 105.003.


Mais en 1970, pour la mission Apollo 13, les trois astronautes portent le modèle suivant, la ref 105.012. C’est la première référence dite “professionnelle”. La principale différence entre les deux modèles est l’ajout de protège-couronne sur le flanc droit de la montre, qui donne à la Speedy ce boîtier asymétrique que l’on connaît désormais. La ref 105.012 est animée par le calibre 321, qui oscille à 2.5Hz et délivre 55 heures de réserve de marche.



“La montre constituait un outil essentiel« , explique James Ragan, l’ingénieur de la NASA qui a approuvé la Speedmaster pour un service extra-terrestre en 1965. « Si les astronautes ne pouvaient plus communiquer avec les équipes au sol ou s’ils perdaient leurs horloges de bord, la seule chose sur laquelle ils devraient compter serait les montres à leurs poignets. Il fallait qu’elles soient là pour eux s’ils avaient un problème.” Et en parlant de problème…
“Houston, on a eu un problème”
Le 13 Avril à 22h08 (heure côte Est), avant même d’avoir atteint la Lune, un réservoir d’oxygène du module de service explose, lors d’une manœuvre de routine. L’explosion disperse dans l’espace une grande partie des réserves d’oxygène, et endommage de nombreux systèmes de survie. S’ensuit la fameuse phrase, ou devrait-on dire l’incroyable euphémisme, du commandant Lovell adressée au centre de commandement de Houston : “Houston, we’ve had a problem” (tout l’extrait audio est à retrouver sur la page Wikipedia associée). La mission est annulée.


Mais reste le plus important : rentrer en vie sur Terre. À Houston, toutes les équipes planchent sans relâche sur une solution. Mais le temps est compté, et si l’on ne fait rien, la mission Apollo 13 sera condamnée à errer dans le grand vide pour toujours. À bord aussi, la survie s’organise. Dans des conditions effroyables, avec un air humide et froid, descendant jusqu’à 3°C, l’équipage est contraint de déménager dans le module lunaire, le seul à être encore intact. Problème : ce module est conçu pour un alunissage, pas pour ramener trois astronautes sur Terre. Et surtout, il n’est pas fait pour accueillir autant d’équipage pendant le temps qu’il faudra pour rentrer. Les astronautes choisissent donc d’arrêter tous les systèmes non essentiels pour économiser l’énergie, y compris les horloges de bord.
Que feriez-vous en 14 secondes ?
Après avoir paré aux problèmes les plus urgents, un nouvel objectif est assigné à l’équipage : remettre l’appareil sur une trajectoire correcte. En effet, à cause de l’explosion, il a lentement dérivé dans l’espace, d’environ 60 ou 80 miles nautiques (entre 110 et 150 kilomètres), pendant que les trois astronautes préparaient le module lunaire. Un écart qui signifie une seule chose : un mauvais angle de pénétration dans l’atmosphère terrestre, avec des conséquences… fatales. La solution est apportée par le centre de commandement de Houston : il faut utiliser les propulseurs du module lunaire pour faire orbiter l’appareil autour de la lune et le catapulter vers la Terre.

Et pour cela, il faut une poussée de 14 secondes exactement. Ni 13, ni 15. Mais 14 secondes. Les équipements à bord étant en mauvais état ou carrément éteints, l’équipage ne peut se fier qu’à ses propres moyens… et à ses montres. Ainsi, le pilote Jack Swigert mesure les 14 secondes de poussée sur son Omega Speedmaster, pendant que le commandant James Lovell actionne les manettes. Comme le commentera plus tard Lovell : “Nous avons utilisé la montre Omega que Jack avait au poignet et je devais contrôler le vaisseau spatial. Jack a chronométré la combustion du moteur pour effectuer cette correction et nous ramener à la maison en toute sécurité.” Et ça marche ! Le module retrouve une trajectoire optimale et peut envisager -presque- sereinement un retour sur Terre.
Arrivés sains et saufs !
L’équipage retourne sur Terre sain et sauf, et amerrit dans l’Océan Pacifique Sud, le 17 Avril 1970, après exactement 142 heures 54 minutes et 41 secondes d’une mission qui entrera dans l’histoire de la conquête spatiale comme l’un des plus extraordinaires sauvetages jamais réalisés. Et tout ça, grâce à la Speedmaster… enfin, en partie.
Ce que l’histoire ne raconte pas
En réalité, il y eut d’autres poussées correctrices que celle de 14 secondes, dont une qui dura 4 minutes et 24 secondes. Et l’on ne sait pas si elles furent mesurées également avec la Speedmaster. Mais sans doute parce que c’était la première, la poussée de 14 secondes est celle qui marquera les esprits. De même, les mauvaises langues pourront toujours arguer que n’importe quel chronographe digne de ce nom aurait pu mesurer 14 secondes avec suffisamment de précision. Certes. Mais c’est bien la Speedmaster qui était à bord. Et elle n’a pas volé sa place, en remportant la “compétition” organisée par la NASA pour sélectionner la montre qui accompagnera ses astronautes dans leurs missions. Alors même si d’autres montres auraient certainement pu en faire autant, il est normal que toute la gloire reviennent au chronographe de la maison de Bienne.
Les Silver Snoopy Awards
Dès 1968, la NASA inaugure les Silver Snoopy Awards : des récompenses honorifiques destinées à celles et ceux qui, dans l’ombre des astronautes, font le succès des programmes spatiaux. Et le 5 Octobre 1970, Omega se voit décerner le Silver Snoopy Award, pour avoir aidé les pilotes d’Apollo 13 à rentrer chez eux. Une récompense qui trône aujourd’hui dans le musée d’Omega, à Bienne.


Et il y a de quoi : Omega est la seule maison horlogère à avoir reçu le Silver Snoopy Award, parmi les 15.000 distribués par la NASA.
Les Speedmaster Snoopy AwardS
Pour célébrer cette distinction, Omega a sorti 3 Speedmaster dites “Snoopy Award ». La première est dévoilée en 2003 et porte la référence 3578.51. Il s’agit d’une édition limitée à 5441 exemplaires, en références aux (142 heures) 54 minutes et 41 secondes que dura la mission Apollo 13. Elle est reconnaissable à son Snoopy dans le compteur de la trotteuse à 9h, ainsi qu’au dos du fond de boite, avec un Snoopy en couleurs et l’inscription : “Eyes on the Stars”.
La deuxième génération de Speedmaster Snoopy voit le jour en 2015, pour les 45 ans de la mission. C’est une édition limitée à 1970 exemplaires, en référence à l’année de lancement d’Apollo 13. Elle porte la référence 311.32.42.30.04.003 et possède un cadran blanc, avec un Snoopy dans le compteur à 9h, et une citation de Gene Granz, alors directeur du vol à la NASA : “Failure is not an option”. De plus, les 14 premiers index de la minuterie se distinguent par leur forme carrée, et non en bâton, et sont surmontés de la phrase : “What could you do in 14 seconds?”, en hommage à la fameuse poussée de 14 secondes. Au dos, on retrouve une gravure argentée de Snoopy sur fond noir.



Enfin, la troisième Speedmaster Snoopy sort en 2020, pour les 50 ans d’Apollo 13. Elle arbore un magnifique cadran blanc avec des sous-compteurs bleus. Elle porte la référence 310.32.42.50.02.001 et n’est pas en édition limitée… même si sa production famélique en fait une pièce extrêmement rare. Le Snoopy est toujours dans le compteur de 9 heures, mais le véritable spectacle se trouve au dos : une animation déclenchée par le chrono, où un Snoopy en fusée parcourt un ciel étoilé, avec l’inscription “Eyes on the Stars”. Absolument hypnotisant.
Une séance de rattrapage ?
Enfin, comment terminer cet article sans parler du film qui retrace tous ces évènements ? Alors, autant pour votre culture horlogère que pour votre culture cinématographique, prenez le temps de voir ou de revoir le film Apollo 13 de Ron Howard en 1995, avec un casting presque aussi incroyable que la mission elle-même : Tom Hanks en Lovell, Kevin Bacon en Swigert, Bill Paxton en Haise, et Ted Harris en Granz, le directeur de vol. “Per aspera ad astra”, comme on dit à la NASA.
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