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Rencontre : Mike Horn, l’art de suivre ses rêves

Jérôme
Le 13 décembre 2018
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On dit souvent que les voyages forment la jeunesse. Je le pense sincèrement, à condition bien sûr de porter en soi l’envie de se confronter à l’inconnu et à une certaine intériorité que la vie moderne ne donne à beaucoup plus vraiment le temps de découvrir. Quiconque a déjà voyagé seul pendant un certain temps le sait bien.

Peu de monde incarne avec autant de force cette soif d’aventure qui fait littéralement faire le tour du monde, gravir les sommets, traverser les océans, les déserts et les continents hostiles que Mike Horn. Il est tout simplement l’un des plus grands explorateurs de tous les temps, à une époque où beaucoup pensent qu’il n’y a plus rien à découvrir. D’autant plus admirable.

Mike Horn - Portrait - ©DmitrySharomov

Que se passe-t-il lorsqu’on se retrouve face à face avec le héros bien réel dont on a lu les aventures, tel un enfant nourri aux romans de Jules Verne rencontrant le Capitaine Némo ? Lorsque cette personne s’appelle Mike Horn, on s’assoit et on discute, on parle “franglais” avec un accent suisse et on rit. On parle de montres, un peu et de la vie, beaucoup. On se retrouve surtout très vite pris à nouveau d’une furieuse envie d’espaces, de solitude et d’être dès demain une personne un peu meilleure que celle d’aujourd’hui…

Mike Horn : Portrait d’un homme ordinaire…

Il le dit lui-même et il insiste. Et il a raison : il n’est physiquement ni plus fort, ni plus grand, qu’un autre. Il fut même souvent beaucoup moins expérimenté, dans bien des périples qu’il a entrepris, et dont il est arrivé à bout. On ne peut effectivement pas affirmer que naître en Afrique du Sud, au niveau du tropique du Capricorne, conditionne réellement à faire le tour du cercle polaire arctique, à traverser le Pôle Nord de nuit sur des plaques de glace mobiles ou à gravir des sommets de plus de 8000 mètres, sans apport d’oxygène, sans sherpa ni corde, dans le style alpin le plus pur.

Ce qui différencie celui qui modifie depuis plus de 20 ans les certitudes établies en matière de possible, c’est une force de caractère et une envie de réussir bien plus forte que la crainte d’échouer. Un mental qui ne se laisse ébranler ni par la nuit arctique et ses températures de -60°C, ni par les 40.000km de l’équateur, ni même par les tumultueux quelque 7.000km du fleuve Amazone parcourus sans assistance.

Mike Horn - Amazone

Des accomplissements certainement moins ordinaires et bon nombre de records battus ou créés par la même occasion. Même si évidemment, il n’aime pas le mot “record” et parle plus volontiers d’une envie de relever des défis jamais tentés et de savoir s’il est capable de les réaliser. Tous ses “records”, qu’ils soient petits ou grands font en effet tous partie d’un plan bien plus vaste, d’une envie de connaître et de se découvrir qui semble ne pas avoir de limite.

“If your dreams don’t scare you, they’re not big enough!”

Ainsi parlait son père, directeur d’école, professeur de sport et rugbyman : “Si tes rêves ne t’effraient pas, ils ne sont pas assez grands.” Mike, enfant, regarde son héros et le croit dur comme fer. De sa mère, professeur d’économie, il reçoit rigueur et autonomie. Liberté d’agir et de penser, curiosité, autant d’armes de tout premier choix pour se confronter à l’école de la vie.

Des armes qui l’emmèneront au bout du monde là où peu d’autres, parfois aucun autre, ne s’étaient encore aventurés.

Mais nous n’avons pas tous les mêmes rêves, nous avons tous, comme il le dit souvent, “notre propre montagne à gravir” et ce n’est pas forcément un sommet de 8.000m sans apport d’oxygène. Une montagne qui peut revêtir bien des formes mais transforme toujours celui qui la domine. La plus belle vue n’est-elle d’ailleurs pas toujours depuis le sommet ? Une démarche qui fabrique des êtres humains heureux et inspirants pour les autres, peu importe leur domaine. Il suffit de ne pas perdre le sens des priorités, ce contact avec soi-même qui s’amenuise à mesure que l’homme s’éloigne de la nature et que la société dans laquelle nous vivons ne semble plus tenir en si haute estime.

Un modèle pour les siens… et beaucoup d’autres

Sammy Davis Jr  disait souvent que la réussite d’un homme ne se mesure pas sur scène, mais bien à la maison, en tant qu’être humain. Il avait, évidemment, profondément raison. Même si Mike Horn, par son besoin viscéral d’aventure, devenu un métier, a souvent été éloigné de son foyer et ses filles élevées par leur mère Cathy, l’un n’empêche pas l’autre. Lorsqu’on voit la relation qu’il entretient aujourd’hui avec Annika et Jessica, cela prouve encore une fois que l’amour inconditionnel a besoin de liberté pour s’épanouir et qu’il ne se nourrit non pas de quantité et de proximité forcément immédiate, mais bien de qualité et d’authenticité.

Jessica, Mike et Annika Horn

Il a sûrement été compliqué pour les filles, petites, de comprendre et d’accepter les départs répétés de leur père et le retour d’un homme à la barbe hirsute, méconnaissable après des mois et des mois, parfois des années, de solitude. Mais lorsqu’on partage avec ce même père, dès l’âge de dix ans, des jours et des jours de marche au Pôle Nord, lorsqu’on est recueilli par une famille inuit et que l’on assiste à ses côtés aux plus beaux spectacles que la nature a à offrir, cela vaut alors tout l’or du monde. C’est bien dans ces contextes devenus aujourd’hui si peu communs que la mascarade cesse et que les vraies relations humaines peuvent reprendre place.

Pangaea in Antarctica. Princess Astrid Coast. Dronning Maud Land. 69-40 S 009 E . Kameneva bukta. Lazarev Sea. Mike Horn starts his 5000 km trip of crossing Antarctica continent .

Cathy les a quittés récemment, emportée par la maladie. Un évènement incompréhensible pour celui qui aurait dû mourir mille fois. Mais le socle familial qui l’accompagne à chaque pas depuis si longtemps n’est pas brisé, au contraire. Les filles ont aujourd’hui pris naturellement leur place aux côtés de leur père, tant d’un point de vue logistique et organisationnel qu’au niveau de sa communication.  Et surtout, elles n’attendent plus qu’il rentre à la maison mais partent le rejoindre aux quatre coins du monde, entre retrouvailles dans la baie de Hong Kong, ascension en famille d’une montagne au Laos ou traversée du Pakistan.

Autant de nouveaux souvenirs qui viennent enrichir une existence déjà chargée en moments incroyables, partagés avec leur aventurier de père. Une richesse inestimable qui les unit aujourd’hui et que Mike m’explique d’ailleurs très simplement : “C’est en donnant la liberté à tes enfants que tu leur donnes la vie – Si tu enlèves la liberté, tu ne protèges pas. La vraie protection, c’est au contraire d’encourager l’enfant,  de lui dire : vas-y ! Fonce !”

Mike Horn - Expedition Pole2Pole on sailing vessel Pangaea, Sailing from Cape Town to Antarctica.

Si les exploits, l’humanité et l’authenticité de la vie de l’aventurier résonnent aujourd’hui dans le monde entier pour quiconque est sensible à ces valeurs universelles, ses fans numéro 1 et 2 se nomment bien Annika et Jessica.

Les héros d’aujourd’hui sont indéniablement beaucoup plus virtuels qu’hier. Mais si les grandes découvertes ont eu lieu et que les jeux vidéo ont remplacé les romans de cape et d’épée, cet homme continue d’aborder l’aventure comme avant et de vivre ce que Ernest Shackleton ou Edmund Hillary ont pu vivre avant lui. Ils ne sont en effet vraiment pas nombreux dans ce club très privé.

Des défis vécus comme des chemins de sagesse depuis plus de trente ans au travers desquels Mike Horn nous délivre ses messages humanistes qui traduisent toute la force de ses valeurs et de son mental.

“Connaître l’inconnu, voir l’inimaginable, faire des choses que personne n’a jamais faites et découvrir si, moi, je suis capable de les faire… si ces raisons-là ne sont pas suffisantes, alors, je ne sais pas ce qui l’est.”

 

Et les montres dans tout ça ?

C’est vrai, j’aurais certainement dû vous parler un peu de montres, même si en cette période de fêtes, après une telle rencontre, les priorités de cet article ont bien vite changé. J’aurais pu vous dire que son père lui a transmis ce degré d’appréciation des outils qui donnent l’heure et qu’il est fidèle à Panerai depuis bientôt 20 ans.

Panerai Luminor Submersible ARKTOS - Mike Horn

Pas n’importe laquelle évidemment, une montre conçue spécialement pour lui sur base de Luminor Submersible avec quelques transformations bien sûr au niveau de sa construction. Une pièce baptisée naturellement ARKTOS, du nom de l’expédition éponyme, non seulement étanche à 300m, amagnétique, mais qui résiste aussi gentiment à des températures de -70°C et s’utilise facilement comme boussole.

Des spécifications foncièrement exagérées pour 99,9% de la population mondiale, mais absolument nécessaires à la survie de Mike lors de ses expéditions. En effet, à -60°C, en plein hiver arctique, tout s’arrête et la vie disparaît. Tout s’arrête sauf Mike Horn, et une certaine Panerai Arktos…

POLE2POLE expedition. Pangaea sailing in Antarctica.Mike getting ready for his Antarctica expedition. Mike started his crossing. Dronning maud land. Kameneva bukta ( buhta). Panerai watch .