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Collectionner des montres : Cette activité cyclique

Nicolas
Le 13 juin 2017
C

Cycle. Cycle par ici, encore par là. La vie est faite de cycles, séparés par des intervalles de temps plus ou moins longs. Et collectionner des montres n’échappe pas à cette règle. Pour le meilleur, et pour le pire. Ces cycles dans notre vie de collection permettent justement de rythmer les passions qui nous déchainent, et d’apporter toujours un élan de vie dans notre activité. Laissez-moi vous expliquer ce que j’entends par là.

Joseph Bonnie - Heuer Monaco 1133B

L’amour dure trois ans

Le titre est évocateur. Merci Frederic. L’idée de l’article m’est apparue, quand j’ai pris conscience que certaines montres sont des vampires. Oui. Elles vampirisent l’utilisation des montres que l’on pouvait posséder auparavant. Depuis que vous avez trouvé le gros coup de coeur, ou celle que vous cherchiez depuis un long moment, votre vie a basculé. Vous ne voyez plus qu’elle, et quand vous revenez à ce que vous portiez auparavant, le plaisir n’est que de très courte durée.

Tout le cycle est ici même. Il y a souvent une pièce de notre collection que nous privilégions, même pendant un court moment. Comment cela se déroule ? C’est plutôt simple. Vous avez des montres dans votre collection, et le turnover est plutôt bon. Vous changez de temps à autre de modèle, et toutes vous plaisent. Jusqu’au moment où vous tombez sous le charme d’une nouvelle pièce, faute au hasard. Ou que vous trouvez enfin, après cette course de longue haleine, votre conception du Saint-Graal. Et cette pépite que vous venez de trouver, vous la portez plus que les autres, et vous sentez un léger déchirement au niveau du coeur quand vous la reposez. Mais vous vous sentez si bien quand vous la reprenez.

CWC 1970 Chronograph

C’est cette sensation que je veux décrire. Elle rythme nos achats, nos envies. Mais il y a de fortes chances pour que celle qui met du feu dans votre vie soit remplacée, rapidement ou non, par une autre pièce, qui provoque encore plus d’émotion. Cycle quand tu nous tiens. Aussi bien que l’on s’est vite attaché, le détachement pour une de nos montres peut être rapide et sans appel. La faute à notre condition d’Hommes qui se lassent. Ou parce que l’on a trouvé une nouvelle pièce qui nous submerge sous les sentiments.

Il y aurait probablement un parallèle intéressant à faire avec les sentiments humains. Combien de fois est-il arrivé que dans l’Histoire, Hommes ou Femmes qui pensaient être tombés sous un charme foudroyant, ne jettent leur dévolu vers une autre personne ? La foudre tombe rarement deux fois au même endroit. Les favorites de feu nos rois auraient pu vous en parler longuement.

Ça s’en va et ça revient

Mais nuançons. L’inverse est à même de se produire. Et nous sommes nombreux à pouvoir en témoigner. Vous commencez déjà à posséder quelques montres sympathiques, et certaines que vous portez moins. Puis, un beau jour d’automne, en vous levant d’une humeur certaine, et contemplant cette collection que vous n’avez pas forcément l’occasion de voir entière sus vos yeux, vous songez.

Vous songez que cette montre, que vous portez moins, et que vous voyez moins, possède finalement un charme fou. La passion renaît, et la montre reprend une belle légitimité à vos yeux, et prend la part belle au reste. Vous l’aviez mise de côté pour porter d’autres montres, ou parce que une de vos pièces monopolisait votre attention.

Une fois encore, chers lecteurs, prenant comme témoin les relations humaines “chaleureuses”, quel homme ou quelle femme dans l’Histoire peut nier avoir eu, quelques temps après être passé à autre chose, un regain soudain d’affectivité pour un ancien de ses coups de coeur ?

Ô fatale erreur

Évidemment, comme les sentiments humains, l’addition horlogère et la collection nourrissent le cycle. Nous pouvons tous témoigner. Il nous est déjà tous arrivé de nous séparer d’une pièce sur un coup de tête. Soi parce qu’elle ne nous plaisait plus, soi parce que, finalement, cette nouvelle pépite que nous avons trouvé vaut bien cette vente. Mais le temps, hélas, est toujours présent quand il s’agit de nous rappeler nos erreurs, et les plaies ne se referment que rarement…

Combien d’amis passionnés me rappellent souvent cette montre dont jamais ils n’auraient dû se séparer. Certains ont eu la chance de la retrouver, par recherche ou par hasard. D’autres pleurent encore. Mais la vie de la collection continue, et l’esprit s’affute, on fait attention à ne pas répondre immédiatement à ces pulsions, à prendre un peu de recul. Pour parvenir à la sagesse. Qui, spécialement concernant l’addiction horlogère, est particulièrement difficile à atteindre, vous le savez mieux que moi. J’arrêterais ici le parallèle amoureux, mais vous me suivez j’en suis certain. 

Omega Speedmaster ref 145.012 et 105.012

Vous saisissez donc que la collection, comme toute autre activité humaine, n’est pas un long fleuve tranquille. On s’attache, on se détache, on se fâche, on regrette, on désire, on vénère. Et on recommence. Il est normal, et je dirais même primordial, de douter et d’être traversé par des pulsions diverses. Rien de grave, c’est en cela que l’on apprend tout au long de la vie, et que l’on peut partager autour de nous ces expériences. Et c’est sûrement bien cela, le plus beau des retours.