BAUME & MERCIER Une histoire intense qui se poursuit en 2026

Il y a des marques que l’on oublie jamais. Baume et Mercier en est indéniablement une puisqu’elle a toujours fait partie du paysage horloger et elle a produit des montres classiques et bien faites tout au long de son existence. Aujourd’hui j’aimerais revenir sur une histoire singulière, politique, anglaise et italienne, avant de vous présenter une petite nouveauté Baumatic qui me permet de parler d’un mouvement toujours aussi intéressant.

Tout commence « simplement » avec le nom Baume. 

L’histoire de Baume & Mercier a commencé au milieu des années 1830, lorsque les frères Louis-Victor et Pierre Joseph Célestin Baume ont ouvert un magasin de montres aux Bois, un petit village de la région suisse du Jura.

En 1847, Pierre Joseph Célestin s’est déplacé à Londres dans le but d’étendre l’entreprise au-delà du marché suisse et de se rendre indépendant de ses distributeurs. En 1851, Baume Brothers est fondé à Clarkenwell, un quartier de Londres existant encore aujourd’hui. L’entreprise s’est rapidement développée au Royaume-Uni et dans le Commonwealth, acquérant une solide réputation pour la précision et la fiabilité de ses montres, remportant de nombreux prix et récompenses internationaux.

En 1876, alors que la seconde génération s’installe à la direction, Frères Baume a déjà acquis une grande renommée à l’international pour ses montres simples, à chronographes ou à grandes complications, répétitions minute, autres calendriers et tourbillons. Et ce sont à nouveau deux frères, les fils du fondateur Louis-Victor, qui se partagent la direction de l’entreprise : Alcide Baume à la production aux Bois, Arthur Baume à Londres pour la commercialisation internationale. La maison possèdera bientôt des succursales à Genève et à Philadelphie, aux États-Unis.   

Les montres Baume établissent également des records de précision aux concours de chronométrie, en particulier celui de l’observatoire de Kew près de Londres. Lorsque la maison Baume se présente pour la première fois en 1885, trois de ses montres figurent parmi les sept meilleures. L’année suivante, quatre d’entre elles sont primées. En 1892, sa montre chronomètre sans clef avec échappement à tourbillon triomphe avec un total de 91,9 points, le record absolu de toute l’histoire du concours, qui restera inégalé pendant dix ans. Jusqu’au début du XXe siècle, la marque est constamment primée pour ses montres simples ou à complications.

Ces réussites consacrent également les deux frères : aux Bois, Alcide Baume, que l’on surnomme « le millionnaire », est une personnalité très sollicité et un acteur politique influent. Il participe au développement des routes régionales et fait modifier le tracé de la nouvelle ligne de chemin de fer entre La Chaux-de-Fonds et Saigneleigier juste à côté de ses ateliers, afin de pouvoir plus facilement acheminer sa production.

A Londres, la trajectoire est similaire pour son frère. Arthur Baume devient une personnalité de premier rang. Il sera nommé chevalier puis officier de la Légion d’honneur et décoré par deux fois par le président français Poincaré. Le roi des Belges le fit Grand Membre de l’Ordre de Sa Majesté Léopold II. Il est reçu au dîner officiel donné en l’honneur du roi d’Angleterre George V et de la reine Mary. Il est nommé président en 1922 du Bristish Horological Institute de Londres.

L’après première guerre mondiale apporte avec lui l’avènement de la troisième génération. William Baume reprend de son père Alcide la direction de l’entreprise aux Bois, tandis que son frère Alexandre seconde Arthur Baume à Londres. Visionnaire et horloger talentueux, le jeune William Baume entend profiter des nouvelles opportunités offertes par l’époque, mais il se heurte à l’incompréhension et à la rigidité de son oncle à Londres. Dès lors, les deux entités se séparent et William Baume transfère l’entreprise des Bois à Genève, qui est devenu ces dernières décennie la capitale cosmopolite de l’horlogerie de luxe. Il s’associe à un personnage crucial pour l’avenir de la marque, Paul Tchereditchenko, qui prendra le patronyme de sa mère française pour s’appeler Paul Mercier. De père russe, né à Odessa, Paul Mercier est un homme passionné et raffiné qui aime les arts, parle sept langues et possède un sens du commerce hors du commun. Après une carrière à Paris et à Londres, il dirige à Genève le magasin d’horlogerie de la maison Haas Neveux, manufacture genevoise de grande renommée.

Les deux hommes s’associent en 1918 pour créer Baume & Mercier. William Baume s’occupe des aspects techniques et Paul Mercier du design et de la partie commerciale. Ils établissent à Genève une véritable manufacture horlogère, qui fabrique des montres de la plus haute qualité ainsi que des mouvements qui sont exportés aux États-Unis.

En 1919, un an à peine après la création de l’entreprise, les mouvements Baume & Mercier reçoivent la certification rigoureuse du «Poinçon de Genève». Un an et demi plus tard, Baume & Mercier était même devenue la marque horlogère produisant le plus grand nombre de mouvements certifiés par ce prestigieux synonyme de qualité. Le 21 mars 1921, Le Département du Commerce et de l’Industrie de la République et Canton de Genève délivrait à «Messieurs Baume et Mercier, fabricants d’horlogerie à Genève», un diplôme « attestant que leur maison vient en premier rang pour le nombre de pièces poinçonnées au Bureau officiel de l’État pour le contrôle facultatif des montres de Genève au cours de l’année 1920 ».

La période de la fin des années 1930 aux années 1950 est marquée par le passage de témoin à une nouvelle personnalité forte à la tête de Baume & Mercier, le comte Constantin de Gorski. En effet, William Baume se retire en 1935 pour raisons de santé, et Paul Mercier vend ses parts en 1937 à la famille Ponti. 

Une célèbre famille d’orfèvres piémontais, spécialisés dans les boîtes de montres (peut-être avez-vous déjà entendu parler de Ponti & Gennari) et les bijoux et possèdent des succursales à Gêne, Genève, Zurich et Lyon. Puissant industriel, Ernesto Ponti est par ailleurs consul d’Italie à Genève, et Constantin de Gorski a épousé l’une de ses petites-filles. Aristocrate polonais, richissime propriétaire terrien et fils de diplomate, Constantin de Gorki a dû fuir la Pologne devant l’avancée des Bolchéviques durant la guerre soviético-polonaise de 1920 et s’est réfugié dans la famille de son épouse à Genève. Les connexions italiennes des Ponti ouvrent à Baume & Mercier les portes du marché italien, qui restera longtemps le plus important de la marque et influencera son orientation vers des montres « tendance ». Dans les années 1940 et durant la Seconde Guerre mondiale, Baume & Mercier s’illustre en outre par ses chronographes, des pièces aujourd’hui appréciées par les collectionneurs. Au sortir de la guerre, Constantin de Gorski délègue toujours plus les affaires à son directeur, Marc Beuchat, et s’adjoint les compétences d’André Juillerat, un dynamique horloger neuchâtelois établi à Genève et membre du comité directeur de la Fédération horlogère. Celui-ci, avec le soutien de Constantin de Gorski, sera un acteur prépondérant de l’un des grands succès de Baume & Mercier, et en particulier de la Marquise. Cette montre-bijoux, insérée dans un bracelet rigide de type «esclave» à ressort s’impose comme une montre féminine de premier plan pendant l’après-guerre, et restera un best-seller de la marque jusqu’au début des années 1960.

En 1952, Baume & Mercier se dote d’un nouvel appareil de production pour ses mouvements chronographes en acquérant la manufacture C.H. Meylan Watch au Brassus, à la Vallée de Joux. En 1958, à la mort de Constantin de Gorski, Marc Beuchat devient actionnaire majoritaire. André Juillerat quitte Baume & Mercier en 1963. Marc Beuchat cherche alors à vendre. Après des manœuvres d’investisseurs allemands et américains cherchant à acquérir ce fleuron de l’horlogerie suisse avec un héritage de plus de 130 ans déjà à l’époque, Marc Beuchat cède Baume & Mercier à Piaget pour que la marque reste en mains suisses. Le destin de Baume & Mercier va dès lors être lié à celui de Piaget pour les 25 prochaines années. On s’en rend d’ailleurs compte en regardant les productions de cette époque, où les formes, certaines typographie et d’autres détails convergent entre les deux noms.

Baume & Mercier bénéficiera sous le règne de Piaget d’un nouvel essor nécessaire et surtout de la force industrielle d’une grande manufacture. Piaget n’est pas perdant non plus puisque le réseau de distribution de Baume & Mercier est important et sa créativité débordante ! C’est à ce moment là, dès 1964 que s’impose le nouvel emblème de la marque avec la lettre grecque Phi, synonyme de perfection des proportions. Il s’installera durablement sur les cadrans des montres en production.

C’est à ce moment de son développement que la marque va aussi prendre le tournant du « luxe abordable », aujourd’hui encore part de son identité. En 1971, Baume & Mercier est l’une des premières marques à adopter les nouveaux mouvements électroniques à diapason, précurseurs du quartz et présentés depuis quelques années déjà avec Accutron chez Bulova. À la fin des années 1970, on pense évidemment à la Riviera, qui compte parmi les premières montres de la « vague » des montres de sport en acier à bracelet intégré. Cette dernière deviendra rapidement un best-seller de la marque. Les années 1970, et puisque la part de créations féminines est toujours aussi importante, seront aussi le moment de présentations de montres pour dames, on pense notamment au modèle «Stardust» au cadran en onyx avec son boitier serti de diamants.

En 1988, la vie de Baume & Mercier connait une nouvelle étape quand le groupe de luxe alors tout fraichement appelé Richemont acquiert Piaget et Baume & Mercier. Ce rachat permet à la marque une indépendance nouvelle. Profusion de modèles à succès apparaissent alors : Catwalk (1997), Capeland (1998) ou encore Hampton (1994).

Dès 2002 Baume & Mercier fait un pas de plus vers l’autonomie avec l’ouverture de ses propres ateliers aux Brenets, et signe ainsi son retour dans le Jura.

Si je vous ai parlé de cette histoire assez fabuleuse à mon goût, c’était aussi pour vous signifier que l’Italie a toujours été d’une grande importance pour la marque. Vous n’aurez alors pas manqué le récent rachat de la marque par le groupe italien Damiani, dirigée par la troisième génération d’une famille de joaillier, et qui apportera nous l’espérons tout l’avenir d’une marque qui comme vous l’avez vu, possède un bagage d’une grande qualité.

BAUME & MERCIER BAUMATIC

Lors du Salon International de la Haute Horlogerie en 2018, Baume & Mercier nous avait largement surpris en présentant son calibre Baumatic, et les Clifton Baumatic pour l’accueillir.

Le nom Baumatic apparaît en décembre 1955, moment où il est déposé par Baume et Mercier. Il apparaîtra sur quelques cadrans, sans grande innovation, plutôt pour caractériser des montres Baume et Mercier automatiques contemporaines.

Baume & Mercier Clifton Baumatic

Il s’agit du calibre Baumatic BM12-1975A développé grâce à la manufacture de mouvement Val Fleurier. Et ses performances se résument à quatre points cruciaux : la résistance magnétique, l’autonomie, la précision chronométrique et la durée de vie et d’entretien. La résistance magnétique par u spiral et un échappement réalisés en silicium, l’autonomie grâce à une modification de la taille du barillet délivrant ainsi 120 heures de réserve de marche, et enfin la précision chronométrique grâce aux bons services du Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres.

La nouvelle Baume & Mercier Clifton référence 10870, reconnaissable par son joli cadran glacier reprenant des motifs guillochés (obtenus par pression) que nous apprécions beaucoup, est animée par le calibre Baumatic manufacture (BM13-1975 A), qui rejoint la collection dans un format de 39 mm, contrairement au modèle original de 40 mm. Ce choix de réduction de proportion nous plait toujours ! Un boitier à l’épaisseur très agréable de 11,2 mm, et qui reprend des finitions simples mais remarquables, notamment une tranche de carrure polie, tout comme le dessus des cornes, mais laissant de la place pour un large chanfrein poli tout le long de la montre.

Avez-vous remarqué le léger enfoncement de la couronne dans la carrure ? On trouve sur le cadran en périphérie au niveau de la minuterie une finition azurée, ainsi que des index des heures flèches facettées, allant de concert avec les aiguilles de style alpha. Un des détails qui me plait le plus se rapporte à la date très lisible à six heures, et nous remercions Baume & Mercier d’avoir choisi un disque bleu et des chiffres noirs pour la laisser discrète.

Au dos, on trouve un fond saphir nous laissant observer les jolies finitions du calibre, notamment côté de Genève, perlage et autres soleillages.

Pour terminer, on trouve un bracelet interchangeable (facilement) à 3 rangs de maillons majoritaire satinés, avec une boucle double déployante.

La nouvelle Baume & Mercier Clifton Baumatic est proposée au prix de 3700€ montée sur son bracelet acier. Ce nouveau chapitre ouvert par la maison Damiani augure je l’espère un avenir heureux pour Baume & Mercier, dont je voulais aujourd’hui rappeler l’histoire plus que passionnante, les enjeux stratégiques, et des collections qui présentent aujourd’hui son identité, avec qualité et finitions.

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