BREGUET EXPÉRIMENTALE 1 La recherche & développement dans une montre-bracelet
Les amateurs d’horlogerie ont peut-être parfois l’impression que nous sommes arrivés à la fin d’un cycle. Un moment où tout a été fait, tout a été vu. Les grands horlogers du passé sont partis, nous ont laissé des inspirations mais nous ne parvenons pas à en sortir. La Breguet Expérimentale 1 à mon sens, c’est un peu la pause du cycle. Des montres qui portent les innovations en matière de recherche et développement de la marque, pour une montre qui aujourd’hui se dote du tout premier tourbillon à échappement magnétique à haute fréquence (10 Hz) et avec une force constante transmise au balancier.
Il a été choisi la collection Marine pour cette nouveauté, tout simplement parce que Abraham-Louis Breguet a été nommé horloger de la Marine par Louis XVIII en 1815.
Commençons par l’esthétique, avant de rentrer dans la technique. Le dessin de cette nouvelle Experimentale nous fait songer à différents garde-temps Breguet. A commencer par une certaine montre de poche numéroté 3448 qui présente les secondes à midi et les heures excentrées à six heures, et qui avec cet affichage régulateur place l’axe des minutes non loin du centre. Plus récemment, l’autre clin d’œil de Breguet s’est porté sur la référence 1747, qui n’est autre que la première montre bracelet de la marque à affichage régulateur. Une pièce anniversaire sortie pour commémorer la naissance du fondateur en 1747, 250 ans plus tard en 1997.


Le cadran, totalement ajouré et en disque saphir, présente trois découpes circulaires blanches, comme la montre de poche historique. À midi la large « petite » seconde, dont l’axe est directement relié à la cage de tourbillon. À six heures, l’affichage des heures avec des index chiffres Breguet, et enfin un peu en-dessous du centre les minutes, qui elles pointent sur le plus large des trois disques. Le verre saphir nous offre les superbes finitions du dos de la platine, entre ponts en or Breguet et ponts à la finition brossée bleuie de toute beauté.
La Breguet Expérimentale présente un boitier de 43,5 mm réalisé dans le désormais célèbre or Breguet. On retrouve les formes de la Breguet Marine, les cannelures obtenues par écrouissage sur la tranche, les cornes ici ajourées à l’angle tranchant, dévoilant un contour de tranche délicatement poli.

La technique se déroule juste là, devant nos yeux. Elle répond à un impératif de précision constante, que l’horlogerie a essayé d’approcher de toujours plus près.
Avant toute chose, il faut noter que Breguet a de son vivant déposé peu de brevets, ce qui était tout à fait normal alors. Trois nous ont davantage marqué que d’autres pour notre exposé du jour : le premier concerne la force constante le 9 mars 1798, le deuxième le tourbillon, le 26 juin 1801, et le troisième le dispositif de Pare-chute. Ce sont ces deux éléments qui sont mis au coeur de cette Expérimentale 1.
La force constante nous amène à la constance d’amplitude du balancier. Ce dernier se place en aval du barillet (ici au nombre de deux et montés en série, avec une construction telle que le couple déployée est de tenue excellente tout le long de la réserve de marche), dont le couple diminue à mesure que la réserve de marche se réduit. Il est donc difficile pour le balancier de conserver une amplitude constante si l’énergie qu’il reçoit ne l’est pas. L’échappement à force constante est un des grands défis de l’horlogerie relevé depuis longtemps par Breguet, et ici mis en place avec du magnétisme !



Le tourbillon nous parle évidemment de l’influence de la gravité terrestre, qui touche particulièrement le balancier et son spiral, et qui permet par la rotation de l’ensemble balancier-spiral et échappement dans une cage, de lisser les erreurs dues à la gravité sur une partie du balancier.
Le Pare-chute évoque la résistance aux chocs. Toute montre contemporaine subit des accélérations et des chocs qui peuvent venir perturber l’oscillateur et qu’il convient donc de réduire à « néant ». Une solution parmi d’autres revient à mettre de la haute-fréquence dans l’équation pour contrôler davantage les mauvais effets de nos rudes vies !
C’est une innovation plus récente, l’introduction de magnétisme au sein du mouvement (pivot magnétique, 2010), qui va ici nous permettre de répondre aux problèmes expliqués un peu plus haut. Avec la Expérimentale 1, le magnétisme est utilisé d’une autre façon au niveau de l’échappement. Dans notre cas, on observe deux roues d’échappement dotées chacune d’une piste magnétique, au centre desquelles bat de manière classique une ancre dont les palettes en rubis synthétiques ont été remplacées par des aimants. C’est cet échappement et son magnétisme maîtrisé qui vont garantir la force constante. Si vous l’associez à un système de tourbillon et une haute-fréquence, tout prend sens.

Les autres composants du tourbillon sont, pour la plupart, amagnétiques, afin d’éviter toute interaction pouvant perturber le bon fonctionnement de celui-ci. Ainsi, le spiral est en silicium ; la roue de seconde fixe en LIGA (et alliage Nickel Phosphore) ; les autres composants, en titane (grade 2, grade 5) ou nivagauss.
C’est la combinaison du couple des barillets, de la haute-fréquence du balancier au sein du tourbillon et de l’échappement magnétique, entre autres, qui offrent à la Breguet Expérimentale 1 sa certification du poinçon Breguet, dans catégorie “Scientifique”, soit avec une précision de marche garantie sur 24 heures de +/- 1 seconde.
C’est à mon sens ce qu’il faut retenir de cette Expérimentale 1. Une montre de recherche et développement, présentant une innovation technique répondant aux problèmes classiques de l’horlogerie traditionnelle, pour à la fin remettre au centre l’important à savoir la chronométrie et une déviation quotidienne comprise entre -1 et +1 seconde. Le « projet » Expérimentale n’en est qu’à ses débuts, et il faudra surveiller attentivement les mois à venir les autres innovations proposées par Breguet.



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