TAD KOZH Quand la transmission devient création
Il y a des projets qui naissent d’une frustration, et d’autres d’une conviction. Tad Kozh appartient résolument à la seconde catégorie. Derrière ce nom breton — qui signifie tout simplement « grand-père » — se cache une idée à la fois évidente et rare dans le monde de l’horlogerie : et si l’on remettait l’artisan exactement là où il n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire au centre ?
C’est la question que se sont posée Baudouin et Alix van Es, les fondateurs du projet. On les connaît peut-être déjà : depuis 2019, ils font vivre le média Tourbillon Watch, consacré précisément à ces hommes et ces femmes qui façonnent le temps dans l’ombre des grandes maisons. Sept ans à raconter des gestes, des ateliers, des vocations. De quoi finir par avoir envie de passer de l’autre côté du récit.

UN NOM QUI DIT TOUT
Avant de parler de montres, parlons du nom. Tad Kozh. Grand-père, donc, en breton — une langue à laquelle Baudouin est attaché par ses racines. Le choix n’est pas anodin. Il ne s’agit pas de nostalgie bon marché ni de marketing de terroir. Il s’agit d’une image : celle du savoir qui passe de main en main, de génération en génération, et qui prend de la valeur précisément parce qu’il traverse le temps. Dans un secteur qui célèbre volontiers l’héritage tout en laissant parfois ses artisans dans une relative invisibilité, c’est une déclaration d’intention assez claire.
Tad Kozh est une association suisse à but non lucratif. Précision importante : on n’est pas ici dans la logique d’une marque qui cherche à capter de la valeur, mais dans celle d’un collectif qui cherche à en créer — et à la redistribuer là où elle fait sens.
LE MODÈLE : UN CERCLE VERTUEUX
Le fonctionnement de Tad Kozh repose sur deux piliers qui s’alimentent mutuellement, et c’est là que réside toute l’intelligence du projet.
D’un côté, des éditions limitées. Chaque année, deux collaborations entre une maison horlogère et un artisan des métiers d’art — avec une contrainte de départ aussi simple qu’exigeante : la technique mise en œuvre doit être nouvelle pour la maison. L’artisan ne vient pas exécuter une commande. Il analyse l’ADN de la marque, propose des pistes créatives, et c’est un vrai travail à quatre mains qui en résulte. On parle de séries de 5 à 10 pièces chacune, proposées en souscription directe — ce qui crée un lien rare entre le collectionneur et celui qui a fabriqué ce qu’il porte au poignet. Acheter une de ces montres, c’est connaître son histoire dans les détails, et connaître son auteur.



De l’autre côté, le Tad Kozh New Talent Award. Les bénéfices générés par ces éditions limitées financent intégralement ce prix annuel, qui récompense deux jeunes horlogers — entre 18 et 35 ans, diplômés ou autodidactes avec un portfolio convaincant — souhaitant s’établir en indépendants. Et là, l’association ne se contente pas de remettre un chèque et de lever son verre. La dotation est concrète, matérielle, opérationnelle : un Tour 70, une pointeuse type Hauser, des formations avancées dispensées par Luc Monnet — Meilleur Ouvrier de France — et un mentorat technique et business assuré en 2026 par Jean-François Mojon et Pietro Tomajer.
Le jury, présidé par Marc-André Deschoux, réunit des figures de l’horlogerie indépendante telles qu’Alexandre Ghotbi, Roy Davidoff, Guillaume Tetu, Hervé Schluchter ou encore Emilien Reverchon. Autant dire que les candidats ne seront pas jugés par des amateurs.
LA SÉLECTION : LA TECHNIQUE ET LA VISION
Le processus mérite qu’on s’y arrête. Les candidats ne se contentent pas de soumettre un CV et quelques photos de leurs pièces. Ils précisent leur projet professionnel et les techniques de finition ou d’usinage qu’ils entendent mettre au cœur de leur futur travail. Une première sélection a lieu en juillet. Les finalistes sont ensuite convoqués en Suisse pour une journée d’épreuve pratique : usiner et décorer un composant, devant le jury. L’évaluation porte sur la qualité du geste autant que sur la maîtrise technique.
C’est, nous semble-t-il, ce qui distingue Tad Kozh d’un prix d’encouragement classique. On n’est pas là pour célébrer un potentiel sur dossier. On est là pour identifier de vrais créateurs capables de porter un savoir-faire et de le réinventer — pas de simples exécutants formés à reproduire.
2026 : UN LANCEMENT EN DEUX TEMPS
L’année 2026 marquera les débuts concrets de l’association. Une première édition limitée est prévue avant l’été, une seconde sera présentée lors des Geneva Watch Days. Les candidatures au New Talent Award ouvrent le 4 mars, avec une clôture fixée au 15 juillet et une finale en septembre, en Suisse.
Il y a quelque chose d’assez beau dans cette temporalité. Pendant que les collectionneurs découvrent les premières pièces de Tad Kozh, deux jeunes horlogers quelque part — peut-être en France, peut-être ailleurs — sont en train de préparer leur dossier, de peaufiner leur geste, de se dire que peut-être, cette fois, l’indépendance est à portée.
CE QU’ON EN PENSE
Soyons francs : les projets qui prétendent « remettre l’humain au cœur » de leur secteur, on en voit passer. La différence avec Tad Kozh, c’est que le modèle est concret, le cercle vertueux est réel, et les gens derrière le projet ont passé sept ans à construire la légitimité qui leur permet aujourd’hui de se lancer. Ce n’est pas une belle histoire de communication. C’est une belle histoire, tout court.
On suivra avec attention les premières éditions limitées — et surtout les premiers lauréats du New Talent Award. Parce que dans dix ans, si l’un d’eux signe une pièce remarquable depuis son atelier indépendant, on aimera bien se souvenir que tout a commencé ici.
Candidatures ouvertes à partir du 4 mars 2026 sur tadkozh.com



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