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BREITLING NAVITIMER Quelque chose dans l'air

L’année 1952 commença un mardi et se termina un mercredi. Elle verra la naissance de Thierry Le Luron, de Martin Bouygues, ou encore la montée sur le trône d’Elisabeth II en Angleterre. Est-ce que cela a un lien avec notre sujet du jour, pas vraiment ! Si vous ne l’avez pas deviné, c’est en effet de la Navitimer dont nous allons parler car Breitling fête cette année 2022 le soixante-dixième anniversaire du lancement de ce modèle qui n’a jamais quitté leur catalogue depuis.

Afin de comprendre d’où vient la Navitimer, il faut se pencher sur l’histoire de Breitling et ses liens avec l’aviation, l’automobile, le cyclisme, le sport en général et toute activité nécessitant une mesure précise des performances. 

La fin du 19ème et surtout le début du 20ème connurent une accélération de l’usage des moyens de transport, une accélération de la vitesse de déplacement et une grande appétence pour la mesure du temps sous toutes ses formes.

Dès le début de son activité, Breitling mis l’accent sur la production de compteurs et de chronographes avec ou sans rattrapantes mais une obsession, mesurer avec précision les performances sportives, les courses automobiles, les exploits des premiers aviateurs. 

L’histoire du chronographe-bracelet chez Breitling commence en 1915. Dès cette date, Breitling dote son garde-temps d’un poussoir de chronographe indépendant, une révolution pour l’époque. 

Dès 1923, une amélioration technique voit le jour sous la forme de la séparation des fonctions de mise en marche/arrêt et de remise à zéro, ce système breveté va permettre d’additionner plusieurs temps successifs.

La concrétisation physique de cette innovation apparait en 1934 avec l’apparition d’un second bouton poussoir qui caractérise la montre chronographe que nous connaissons tous aujourd’hui.

Très vite, Breitling verra son nom de plus en plus associé à l’aviation du fait de sa présence dans les cockpits de nombreux avions. Les cahiers des charges pour les instruments de bords seront liés à la robustesse, la fiabilité, la légèreté, la lisibilité…toutes ses qualités que Breitling gardera à l’esprit dans le développement de ses montres destinées à un usage professionnel.

Afin de donner un maximum de garantie à ses clients du monde aéronautique, Breitling crée en 1938, Breitling HUIT Aviation, le huit étant une allusion aux huit jours de réserve de marche dont était dotée les instruments de bord de l’époque.

Ce département doté de moyens de test exceptionnel pour l’époque va torturer les différents équipements de bord afin de les soumettre à des températures allant de -40° à plus 100°, à des tables de vibrations, des tests d’étanchéité, de lisibilité de jour comme de nuit……

La réputation des instruments de bord Breitling lui permettra d’attirer l’attention des clients les plus exigeants comme l’armée de l’air Anglaise. A l’approche de la guerre, la RAF commandera à Breitling un très grand nombre de chronographes pour équiper ses avions qui s’illustreront pendant la bataille d’Angleterre et pendant toute la seconde guerre mondiale.

Les instruments de bord c’est bien mais les montres de poignet doté d’un chronographe c’est mieux, c’est certainement ce que Willy Breitling a déclaré mais cela n’a pas été documenté. En tout état de cause, 1942 voit l’apparition du Breitling Chronomat suivi en 1944 du Breitling Duograph, du Breitling Datora en 1945, du Breitling Unitime en 1951.

Il ne faut pas oublier en 1947 la création de la Breitling Watch Company of America en collaboration avec le distributeur américain Wakmann qui apparaitra sur de nombreux cadrans Breitling vendus sur le sol Americain. En 1947, c’est aussi l’année ou le pilote américain Chuck Yeager brisa pour la première fois au monde le mur du son, faut-il voir ici une coïncidence entre les deux événements ?

Au début des années 50, l’aéronautique est en plein développement, c’est l’âge d’or des voyages au long cours en avions de ligne à hélices dont les fabricants les plus célèbres comme Lockheed, Convair, Douglas et Boeing se disputent âprement le marché. L’un des plus beaux sinon le plus bel avion jamais construit à l’époque prends son envol en Octobre 1950, c’est le Lockheed L-1049 Super Constellation.

Breitling est à cette époque un acteur majeur des instruments de bord dans l’aviation civile et militaire mais Willy Breitling veut plus. Il souhaite équiper les pilotes d’un ordinateur au poignet, ce sera la Navitimer.

Marcel Robert mathématicien de génie, réussit à présenter à Willy Breilitng, ceci après de nombreux essais et améliorations, ce qui fut une révolution dans le monde des montres de pilotes, la Navitimer 806.

Breitling Navitimer 806 LIP

Capable de permettre aux pilotes d’effectuer directement à leurs poignets les tâches essentielles requises au pilotage et la navigation comme la vérification de la distance, la vitesse, la consommation de carburant, la dérive due aux » jet-streams ou bien le temps de vol, la Navitimer 806 va s’imposer comme une évidence et devenir l’outil de référence indispensable.

Il ne faut jamais oublier que les pannes et avaries étaient beaucoup plus courantes qu’aujourd’hui et qu’il n’était pas rare que les pilotes aient recours à leur montre pour compenser la défaillance d’un ou plusieurs équipements.

Du point de vue des pilotes, la sécurité est le point essentiel et pour arriver à ce point il faut un temps de vol respecté et des paramètres de vol justes et contrôlés. Le mouvement Venus 178 de la Navitimer sera une des clefs du succès de Breitling sur ces sujets.

Un des autres points importants pour les pilotes est l’accès rapide aux informations essentielles par un rapide coup d’œil à leur poignet. Pour cela le mouvement Vénus va animer en position centrale sur le cadran trois aiguilles heures, minutes et secondes. Un ensemble de trois sous compteurs plus petits donnera les informations complémentaires telles que les minutes sur une demi-heure, les minutes sur une heure et enfin un totaliseur des heures sur 12 heures.

Chaque sous compteur a sa fonction propre qui couvre les temps de procédure d’approche, celle de départ et enfin les informations nécessaires pendant le vol.

Breitling Navitimer 7806

La touche finale de ce véritable ordinateur au poignet est la règle à calcul circulaire sur une lunette tournante cannelée qui va permettre la comparaison des informations disponibles sur les instruments de bord avec le plan de vol calculé au sol. Cette comparaison se fait grâce à la conversion des paramètres de vitesse « MPH » (miles per hour) indiqués sur les cadrans des cockpits avec ce fameux plan de vol et d’ainsi mesurer les décalages éventuels.

La couleur noire du cadran va aussi permettre un meilleur contraste avec le tritium qui recouvre les chiffres des heures qui sera lui aussi bien contrasté avec les chiffres extérieurs de la règle à calcul qui sont eux de couleur blanche. Tout ces détails permettront aux pilotes de lire les différentes informations de vitesse de façon optimale permettant à la Navitimer de décrocher le logo de l’AOPA, la plus puissante des associations de pilotes de l’époque, la légendaire Association Américaine des Pilotes et Propriétaires d’Avions.

Le succès est tel que Breitling se trouve très vite face à des problèmes d’approvisionnent de ses fameux mouvements Venus 178. C’est donc en 1954 que Breitling dotera ses Navitimer du mouvement Vajoux 72 afin de satisfaire une demande toujours plus importante.

La Breitling Navitimer va rester pendant de nombreuses années cette montre que les pilotes possèdent pour toutes les qualités de robustesse, de fiabilité et de lisibilité. Elle connaitra une exposition mondiale grâce à son vol dans l’espace au poignet de l’Astronaute Scott Carpenter lors de la mission spatial Mercury, cette mission de préparation au programme Apollo qui emmènera les Américains sur la Lune avec une autre marque Suisse au poignet mais c’est une autre histoire.

Dans le courant des années soixante, Breilitng opte pour le mouvement Vajoux 7740 afin d’offrir à sa clientèle une Navitimer proposant la date. L’accueil est à la hauteur des espérances, la date est une complication qui séduit beaucoup de clients à cette époque.

Breitling Navitimer Chrono-Matic

Il faudra attendre 1969 pour voir une évolution majeure sur le mouvement de la Navitimer qui va passer du remontage manuel au remontage automatique grâce au trio d’entreprises Buren, Dépraz et Breitling. Ce mouvement Chronomatic dont le nom commence à apparaitre sur les cadrans va aussi proposer une invertion de la place des boutons sur les côtés du boitier de la montre. Les poussoirs qui ne sont plus que deux sur la droite tandis que la mise à l’heure, le réglage la date et lancement du mouvement se situent sur la gauche.

La Navitimer va connaitre de nombreux cadrans aux dimensions hors normes pour l’époque, jusqu’à 48 mm aux couleurs très années 70. Ces cadrans très plats et immense seront qualifiés de cadran Pizza, ils sont aujourd’hui toujours appelés comme cela par les collectionneurs.

Les années soixante-dix sont des années difficiles pour les fabricants de montre mécaniques partout dans le monde et particulièrement en Suisse. Le Quartz devient très vite un concurrent redoutable qui ringardise les garde-temps du fait de ses possibilités technologiques presque illimitées et de son très faible cout de production et très vite son faible prix de vente.

Breitling Navitimer Jupiter Pilot

Une lente descente aux enfers se produit pendant ces années 70 voyant même James Bond troquer au fil du temps sa Rolex pour une Pulsar LED Astronaut et très vite pour une succession de Seiko à Quartz qui accompagneront Roger Moore «Bond» jusqu’en 1985.

1979 verra la faillite de Breilitng , les « Navitimer » sauce Allemande seront produites et le sont toujours aujourd’hui sous la marque Sinn basée à Francfort. Vous pouvez encore aujourd’hui trouver au catalogue de cette marque deux modèles Sinn 903 très inspirés des Navitimer. Helmut Sinn avait acheté les droits d’utilisation du design des Breitling 806 et 809 ce qui explique la ressemblance entre les modèles Sinn et Breilitng. La 903 Sinn n’est en aucun cas un hommage à la Navitimer car la maison Sinn possède toujours les droits lui permettant de produire ces montres. Le nom Navitimer appartient cependant toujours à Breitling et Sinn ne peut disposer de cette appellation.

Sinn - 903ST B E

1979, c’est aussi le rachat de la marque Breitling et de son modèle mythique Navitimer par Ernest Schneider. Ingénieur, militaire de carrière, meneur d’hommes, Ernest Schneider rejoint le monde horloger au début des années soixante lorsqu’il reprend les rênes de l’entreprise Sicura situé à Granges, ceci à la suite du dècès de son beau-père, Theodore Sfaellos. 

Breitling pendant les années Schneider ne cessera d’innover et de cultiver son ADN aviation avec de nombreux modèles comme la Chronomat, l’Aerospace ou l’Emergency. La Navitimer ne quittera jamais le catalogue et bénéficiera de toutes les avancées technologiques de la marque comme la certification COSC en 1999 ou bien le premier calibre manufacture Breitling, le B01, un chronographe à remontage automatique.

De nombreuses éditions limités  de Breilitng Navitimer verront le jour au cours de ces années et arboreront sur leurs cadrans les logos de la Patrouille de France, La Patrouille Suisse. Le Chronomat aura lui aussi droit à ses éditions limitées pour ces patrouilles mais aussi la Frecce tricolori ou encore la Breitling Jet team.

Les années 80 verront le Chronomat prendre le lead sur la Navitimer , même si on continuera à voir cette dernière au poignet de Gainsbourg, de Belmondo ou de nombreux pilotes d’avions civil ou militaire.

Les années 80 à 2010 seront propices à de nombreux partenariats avec des marques comme Bentley ou bien des stars comme John Travolta, acteur mais aussi pilote professionnel. De nombreuses aventures comme le tour du monde en ballon Breilitng Emergency Orbiter 3 avec Bertrand Piccard et Brian Jones, les différents shows et démonstrations aériennes de la Breitling Jet team dirigée par Jacques Bothelin maintiendront vivante et présente la marque ailée durant toute cette période.

2017 Breitling devient la propriété de CVC Capital Partners et nomme en qualité de CEO, Georges Kern. Ce dernier fort de ses succès et d’une solide expérience dans le groupe Richemont, qu’il avait rejoint en 2000, décida dès son arrivée chez Breitling de resserrer l’offre produits et de revisiter le catalogue et l’histoire de la marque.

Les débuts de la nouvelle équipe en ce qui concerne la Navitimer ne furent pas un réel succès et le modèle 8, fut vite rebaptisé Aviateur afin de ne pas polluer le navire amiral de la marque. La disparition des ailes sur les Navitimer traditionnelles provoquent aussi de nombreuses réactions négatives des amoureux du modèle qui voit l’entreprise s’éloigner du monde aéronautique.

Breitling Navitimer 8

Le concept «Modern Rétro», les univers Land, Air and Sea, l’arrêt de la Jet team, la disparition de la décoration très pop aviation de l’artiste Kevin T. Kelly furent mal acceptés par les puristes de la marque et mirent aussi fin à la vision macho et ultra viril que celle-ci affichait depuis des années.

En 2019, le coup de génie est de confier à Fred Mandelbaum, l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand connaisseur et collectionneur Breilitng le pilotage de la ré-édition de la Navitimer 806 de 1959. Présentée à Baselworld en 2019, la montre en édition limitée est un succès gigantesque aussi bien médiatique qu’au niveau commercial.

Depuis l’arrivée de Georges Kern aux commandes, Breitling est plus visible, plus dynamique, plus présent sur de nombreux secteurs et a réussi à percer dans des marchés comme celui de la montre dédiée plus spécifiquement aux femmes.

Les nouveautés sont désormais présentées de façon plus régulières tout au long de l’année ce qui permet à la marque de maintenir un lien fort avec ses clients.

La Navitimer fête ses soixante-dix ans cette année, il y a donc de l’impatience et de la fébrilité de la part de nombreux clients qui souhaitent tous revoir un modèle frappé d’un B ailé sur le cadran ou d’un signe d’appartenance au monde de l’aviation. Encore quelques semaines à attendre, les Co Pilot présentés il y a peu et les nouveaux Avenger laissent à penser que Breitling revient en force dans le monde aérien.

Une réponse à “BREITLING NAVITIMER”

  1. Jérôme dit :

    Bonjour, merci pour cet article très intéressant.
    Je suis sur le point d’acheter une Navitimer date, exactement la même que celle qui illustre votre article en photo tout en haut de la page en début d’article. Est-ce un modèle intéressant? Connaissez vous le numéro de référence, le mouvement et l’année de ce modèle en particulier ? Et une idée de la valeur pour une montre révisée et vendue chez un horloger? La lunette a jaunie avec le temps et le cadran un vieillie mais offre une belle patine.
    Merci pour vos conseils.
    Jerome

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