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Alfa Romeo Giulia 1600 TI

Alfa Romeo Giulia 1600 TI La performance au carré

Se fier aux apparences serait un piège. Avec son moteur généreux et vif, l’Alfa Romeo Giulia 1600 TI a ouvert la voie aux berlines sportives de gamme intermédiaire, dès le milieu des années 60. Une familiale joueuse et vitaminée qui se joue des idées reçues.

Lancer le nom Alfa Romeo est souvent comme prononcer une formule magique chez les sorciers. L’imprécation semble fantastique. Soudain, les yeux s’éclairent d’une flamme inhabituelle.

Alfa Romeo Giulia 1600 Ti

Le « virus Alfa » : le flacon et l’ivresse

Tout était pourtant écrit. L’automobiliste était prévenu, par voie de campagnes publicitaires : « Virus Alfa : virus complexe et rarissime, n’agit que sous certaines conditions et sur un échantillon relativement restreint de population dont le dénominateur commun semble être un goût prononcé pour la passion et la conduite automobile. La tension, l’excitation que ce virus provoque ne paraissent se satisfaire que dans la possession d’une Alfa Romeo. Le sujet présente alors tous les symptômes d’un profond contentement … et, dès ce moment, devient redoutablement contagieux ! ». Bas les masques : parmi les agents de propagation du virus Alfa, il y a eu bien sûr de désirables coupés et de délicieux cabriolets, mais aussi la redoutable berline Giulia.

Dès son lancement, sur le circuit de Monza, en 1962, la Giulia détonne. Epaules carrées, habitacle rationnel, coffre pratique : cette auto semble avoir été soufflée aux ingénieurs par un diable du stylisme. Soufflé, c’est bien le mot, puisque les lignes ont été étudiées dans une soufflerie aéronautique, selon les standards aérodynamiques de l’époque. Une esthétique de « boîte de savon » qui sera adoptée par divers modèles populaires à succès, comme la Renault 8, la Simca 1000, la Fiat 124 ou la NSU Printz. Du coup, outre ses mensurations (4,14 m de long pour 1,56 m de large et 1,43 m de haut), la marque vante une nouvelle statistique : son Cx record de 0,34. Un tel coefficient de pénétration dans l’air est une prouesse. Pour les amateurs de chiffres, il faut ajouter les 4 cylindres du moteur double arbre à cames de 1600 cm3 développant 92 chevaux au début, et jusqu’à 104 au gré des évolutions. Mais aussi les 5 vitesses de sa boîte parfaitement synchonisée. Et encore, bien sûr, les 170 km/h promis par le constructeur italien. Promesse tenue, puisqu’une Giulia sera même chronométrée à 177,154 km/h en 1965 par les essayeurs du fameux magazine Quattroruote.

De quoi tenir la dragée haute à la concurrence. D’autant qu’il n’existe, dans cette catégorie intermédiaire de berlines familiales quasiment aucune alternative à l’époque. Seule la fantastique et révolutionnaire Rover P6 peut porter la contradiction. Car l’italienne joue aussi la carte de l’innovation avec des zones de déformation intégrées à la carrosserie pour une meilleure sécurité passive, des suspensions avant indépendantes triangulées, un essieu rigide avec ressorts hélicoïdaux à l’arrière, des amortisseurs hydrauliques télescopiques, ou, à l’intérieur, une console centrale et un levier de vitesse au plancher – dispositif que la marque milanaise sera l’une des premières à largement démocratiser en Europe.

Dolce velocita

Les lecteurs de Paris Flash connaissent bien les berlines Alfa Romeo TI (pour « Turismo Internazionale »). En effet, Jean-Loup de la Batellerie et Walter Rizotto, les deux reporters lancés à la chasse au scoop dans l’affaire des Bijoux de la Castafiore, ne jurent que par leur jolie berline Giulietta jaune citron. Rapide et efficace, c’est alors la monture favorite des paparazzi. Avec la Giulia, produite dans la toute nouvelle usine d’Arese, Alfa Romeo pousse le curseur plus loin. Le succès sera largement au rendez-vous puisque, toutes versions confondues, 224 597 berlines Giulia seront produites entre 1962 et 1977.

Alfa Romeo Giulia 1600 Ti

Mais, parmi cette flotte, les désirables versions TI ne représentent qu’une petite escadrille d’environ 4000 exemplaires. La police italienne, en particulier les brigades d’interventions rapides, les fameuses Squadra Volante, s’en équipera. Dans leurs livrées kaki ou blanche et bleue, ces autos sont passées à la postérité au cinéma avec d’innombrables courses poursuites dans lesquelles elles donnent du fil à retordre aux bolides des gangsters. A titre d’exemple, il ne sera pas inutile de revoir quelques bonnes scènes de L’Or se barre (The Italian Job), avec les petites Mini Cooper aux prises avec les Alfa dans les rues et les canalisations de Turin. Mais, malgré son prix assez élevé, la Giulia TI n’était pas réservée qu’aux officiels. Les séducteurs et les bons pères de famille craquaient aussi.

Une familiale sportive ? Non : une sportive familiale

Avec ses quatre portières largement ouvrantes, la Giulia est spacieuse et accueillante. Le modèle 1962 proposait même une banquette à l’avant, offrant donc 6 vraies places à bord. De quoi en faire une vraie familiale, surtout avec son coffre généreux. La berline a bien des atouts. Y compris pour les célibataires qui trouveront bien des idées pour profiter de la souple banquette arrière, même s’ils ne sont pas golfeurs. De quoi faire oublier les coupés exigus et les roadsters spartiates. Certains se disent amateurs de vins et n’ont dans leur cave que du Bordeaux, comme certains amateurs de montres ne jurent que par une plongeuse en acier. Affaire d’ouverture d’esprit, sans doute. Mais, il y a tout de même la question des performances. Un gros moteur dans une sage berline de gamme moyenne ? Alfa Romeo avait peaufiné cette théorie bien avant d’autres. Les constructeurs allemands s’y rallieront à la fin des années 70, notamment BMW, et Mercedes-Benz en fera l’une des clefs du succès de sa 190. La Giulia, en version TI, avait une belle longueur d’avance.

Une fois encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes et attestent de la vivacité du moteur dessiné par Giuseppe Busso, ce fameux 4 cylindres en ligne double arbres à cames tout en aluminium dérivé d’un moteur Alfa Romeo Aviation dont la sonorité rauque et métallique est si caractéristique. Souple et rageur, il se révèle lorsque le chauffeur se fait pilote et va chercher la cavalerie un peu haut dans les tours. Les chevaux sont alors lâchés et la petite berline se montre vite joueuse. Elle ne s’embarrasse pas toujours de considérations secondaires comme la tenue de route. La garder dans le droit chemin est l’affaire du conducteur. Privés d’assistance, les quatre freins à disques ralentissent l’auto sans vraiment l’arrêter. A vive allure, il ne sera pas interdit d’avoir de bons réflexes et le mollet assez franc. Ferme, la direction se montre précise et il ne faut pas se laisser décontenancer par les habituels craquements du boîtier. Ils font partie de l’ambiance à bord, tout comme le pédalier décalé ou le minuscule comodo des clignotants, escamoté derrière le grand volant concave à la mince jante de bakélite noire que rien n’interdit de saisir les mains parées de jolis gants de conduite. Pour un peu, on se laisserait tenter de porter un casque et des lunettes, d’oublier le sous-pull ou la cravate tricot pour une combinaison de coton bleu. Aux commandes de la Giulia TI, chaque virage devient un jeu, chaque rond-point un tour de manège, chaque ligne droite une cavalcade.

Mariage à l’italienne

Il n’est pas difficile d’imaginer la joie que devait éprouver Rosario Barone sur les petites routes de Sicile, brûlées de soleil, au volant de son bel exemplaire couleur Verde Muschio. Un mariage d’amour qui durera 47 ans. La voiture d’une vie. Une route à deux, longue de 75 000 km. Rosario Barone est décédé en 2014, mais sa rare Giulia 1600 TI est toujours là. Aujourd’hui, elle se repose en Provence, près des Alpilles, chez Asphalt Classics, le spécialiste des anciennes de caractère. Elle ne demande qu’à reprendre du service, comme à la faveur de cet essai aussi émouvant que grisant.

Alfa Romeo Giulia 1600 Ti

Magnifiquement préservée, l’auto est extrêmement touchante. Méticuleusement entretenue mais jamais restaurée, elle a échappé aux rides et aux affronts du temps. Ni ses chromes ni sa carrosserie n’ont laissés prises à la corrosion. Seules les pièces d’usure ont été remplacées et le moteur révisé afin de lui garantir une vigueur intacte. L’ouverture des portières exalte l’odeur caractéristique de l’habitacle de ces berlines, avec ses sièges élégamment tendus de velours, préféré au skaï. Dans un coin de la lunette arrière, le petit autocollant triangulaire de l’Automobile club d’Italie, apposé il y a presque un demi-siècle est à peine fané par le soleil. Même le disque de stationnement est dans la boîte à gants. Mais son prochain propriétaire en aura-t-il l’usage ? Une telle auto n’est pas vouée à l’immobilité réglementée mais au mouvement en toute liberté. Rouler, c’est la vie.

Merci à Asphalt Classics, et à Roman Raetzke pour ces photos, une magnifique automobile disponible au garage.

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