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Le Tour Auto en Moretti Sportiva ?

Le Tour Auto en Moretti Sportiva ? Le prendre à la légère

Séduisante et élancée, une rare petite auto italienne aux galbes aguicheurs est venue taquiner cette année les grands bolides engagés au Tour Auto Optic 2000 : une Fiat 850 Moretti Sportiva de 1968. 

La surprise était de taille : la voiture est minuscule. Rangée entre les Dino et une Abarth Zagato, un coupé sport rouge vif de moins de 4 mètres de long attirait l’attention sous les verrières du Grand Palais, lors du cocktail d’inauguration de la 29ème édition du Tour Auto, le 31 août dernier. Masque sur le nez, une visiteuse doit se pencher à l’équerre pour regarder l’intérieur. Du haut de ses talons aiguilles, le toit de la voiture ne lui arrive pas au nombril. De quoi piquer la curiosité. Quelle est donc cette berlinette sanguine, aux faux airs de proto miniature ? Son petit nez mutin et retroussé, exempt de grille de calandre, ne porte même pas de badge. Tesla n’a rien inventé. Aucun marquage sur la poupe tronçonnée nette ne trahit ses origines. Quelle insolence … 

Fiat 850 Moretti Sportiva - Crédits : Mathieu Bonnevie

Des amis Italiens emploieront volontiers le terme sprezzatura. Intraduisible littéralement, cette forme d’élégance recherchée, mais désinvolte, si typique des esthètes de la péninsule, est d’avantage une attitude qu’un état de fait. Dans le cas de Thomas de Chessé, ce n’est pas une posture mais une forme d’engagement. Collectionneur averti, pilote amateur expérimenté, ce fin connaisseur de l’histoire automobile avoue volontiers préférer les petites autos, surtout lorsqu’elles sont italiennes et singulières. Sous les couleurs de sa « Scuderia Classic » il a déjà engagé dans le Tour Auto une pimpante Fiat 600 bleu clair ou une élégante et aristocratique Lancia Flavia Coupé de 1963. Cette fois, il s’agît d’un rare coupé sur base de Fiat 850. 

Un acte de rébellion ? 

Faut-il être un peu rebelle pour se frotter à l’une des courses phares du calendrier international des amateurs de sport automobile en version ancienne avec une si modeste monture ? L’idée plairait peut-être à la marque horlogère Rebellion, partenaire du Tour Auto Optic 2000 organisé par Peter Auto. Pour Thomas de Chessé, il s’agit d’avantage de témoigner de la dimension multiple de la passion pour le sport automobile. Une discipline plus ouverte qu’il n’y parait.

Si, aujourd’hui, le « plateau » réunit par Patrick Peter se compose essentiellement de modèles rares et prestigieux, de sportives des grandes marques ou de puissants modèles d’exception, feuilleter l’album de photos du Tour de France automobile originel permet de constater que l’épreuve a toujours attiré des véhicules très divers et beaucoup de voitures modestes ou populaires. En 2020, en marge du bel hommage rendu aux grands prototypes Porsche, avec la participation de rares 904 et 906, la Fiat 850 Moretti Sportiva avait bien toute sa place. 

Une Fiat en tenue de sport

Avec ses lignes racées et aguicheuses, le petit coupé dénommé « Sportiva » a bien des atouts de séduction. Des louvres d’aération sur le capot arrière permettent de comprendre que le moteur est en position arrière. La mécanique en question s’avèrera être le moteur le plus puissant de la gamme Fiat 850, C’est-à-dire le 4 cylindres 850 cc de 51 chevaux, tournant haut dans les régimes, entre 5 et 6000 tr/min.

Présentée au Salon de Turin en 1965, la Sportiva connaîtra l’adrénaline de la course, engagée à la Targa Florio en 1967 et 1968, en version 1 000 cc, et même au Rallye Monte-Carlo en 1969. Des heures de gloire parlantes pour les connaisseurs mais qui semblent échapper à la visiteuse haut perchée toujours en quête d’une marque. Le seuil de porte en aluminium patiné par les années garde pourtant fièrement la trace du concepteur de ce véhicule rare : Moretti. 

Signée Moretti

Les marques automobiles aujourd’hui disparues gardent un charme exotique teinté d’ingratitude ; celle de l’oubli de leurs gloires passées. Tombé en désuétude, le nom des établissements Moretti était pourtant l’un des plus fameux d’Italie durant près de six décennies. L’entreprise turinoise, fondée en 1926 par Giovanni Moretti, deviendra même le quatrième constructeur le plus important dans son pays. Il faut dire que sous l’impulsion du patron, un touche-à-tout survolté d’énergie, le petit constructeur se sera essayé à bien des aventures, produisant des motocyclettes et des engins à trois roues, concevant une audacieuse voiture électrique pendant la seconde guerre mondiale, ou des véhicules modulaires de loisir tout-chemins, précurseurs des SUV contemporains, dès la fin des années 50.

Mais ce sont surtout les liens étroits entretenus avec Fiat qui passeront à la postérité et feront de Moretti un carrossier reconnu. De nombreux modèles Fiat seront ainsi revu (et souvent corrigés) par les établissements Moretti pour en faire de jolies petites sportives. « Rien n’était standard » souligne Thomas de Chessé, heureux de célébrer cette forme particulière d’artisanat. « Toutes les pièces d’origine Fiat étaient retravaillées par Moretti. Pour le coupé Sportiva, par exemple, si la structure globale est celle de la Fiat 850, presque toutes les pièces sont spécifiques ou bénéficient d’ajustements spéciaux. C’est du fait main ». Du sur-mesure automobile. Moretti ne se contentait pas de faire des robes pour les belles italiennes signées Fiat, mais proposait aussi à une clientèle de connaisseurs des aménagements spéciaux et des finitions intérieures à la demande. Ainsi la voiture de Thomas de Chessé bénéficie-t-elle, par exemple, d’un tableau de bord en bois vernis à l’aspect flatteur, et d’une sellerie noire raffinée, magnifiquement recréée dans l’esprit exact de Moretti par la société Automobile Spécialiste Sellerie Automobile (ASPI) lors de la restauration de la voiture.

Des travaux spectaculaires qui se sont même d’avantage apparentés à une résurrection qu’à une simple restauration tant l’auto, laissée à l’abandon, était en mauvais état. Les ateliers de carrosserie Bernard, aux Loges-en-Josas, se sont pour leur part chargé de redonner forme aux lignes imaginées par Dany Brawand, styliste de Moretti, pour ce coupé Fiat 850 qui ne sera produit qu’à 300 exemplaires environs, en incluant ses évolutions, y compris une version partiellement découvrable aux panneaux de toit amovibles. Parmi les plus belles réussites du carrossier turinois, qui fermera définitivement ses portes en 1989, figurent aussi un très élégant modèle, sur base de Fiat 2300, décliné en coupé et en cabriolet ou un coupé sport de 1967 baptisé Moretti 1500 SS. 

Plaisante en liaisons

Course d’endurance durant cinq jours, le Tour Auto alterne les liaisons sur routes ouvertes, les épreuves spéciales sur routes fermées et les compétitions pures sur circuit. Laissant les bolides s’ébrouer en catégorie « compétition » – celle dans laquelle la rapidité compte- Thomas de Chessé a préféré s’engager dans l’autre catégorie : la « régularité ». L’exercice suppose de la maîtrise dans la conduite et de l’application dans la tenue des moyennes, des allures et des chronométrages.

Fiat 850 Moretti Sportiva - Crédits : Laurent Picard

L’aventure commence donc dès la sortie du Grand Palais avec la prise en main sur la route. Assis très bas dans l’habitacle exigu, le pilote a la bonne surprise de faire immédiatement corps avec la machine et d’avoir une vision panoramique grâce à un vitrage généreux. La position de conduite laisse surtout apparaître, saillantes, les deux ailes avant. « De manière très surprenante, le conducteur se sent comme au volant d’un prototype de course avec cette vision très spécifique » se délecte Thomas de Chessé. A l’usage, sur plus de 1500 km, allant cette année de Paris au circuit du Castellet, en passant par le Limousin, Toulouse, le Pont du Gard et le Mont Ventoux, la voiture se révèle plaisante sur route. Bien que spartiate, l’intérieur offre un confort très acceptable et une habilité plus convenable qu’il n’y paraîtrait de prime abord. La sonorité ronflante du moteur, placé juste dans le dos des deux occupants, n’est pas stridente et n’interdit en rien les conversations. La berlinette italienne a décidément bien des atouts. 

Agile en spéciales 

Mais qu’en est-il lorsque les affaires sérieuses commencent, c’est-à-dire dans les épreuves spéciales ? La difficulté majeure sera bien sûr d’arriver à se loger à bord une fois casqué. Moretti n’a pas songé, comme son confrère Zagato, à agrémenter le toit d’un bosselage. Il faudra se montrer souple.

Fiat 850 Moretti Sportiva - Crédits : Mathieu Bonnevie

C’est également le comportement de l’auto lorsqu’elle est malmenée sur les étroits lacets des spéciales à la chaussée incertaine. Joueuse, la voiture pique du nez au freinage en s’exécutant gaillardement. Très légère, avec moins de 700 kg, la Fiat spéciale se montre agile et, en dépit de sa faible cavalerie mais grâce à un rapport poids-puissance très correct, elle est capable de ré-accélérations franches. 

Joueuse sur circuit 

« L’un des atouts majeurs de cette voiture, c’est son train avant. Fin et précis, il permet de placer la voiture avec exactitude et de prendre des virages très courts, très serrés » apprécie Thomas de Chessé.

Fiat 850 Moretti Sportiva - Crédits : Marie de Chessé

Le pilote a dû se frotter aux manches sur circuit, notamment sur la piste légendaire de Charade. Il a donc pu tirer parti de cette bonne conception structurelle du véhicule pour tirer son épingle du jeu au milieu de la meute des sportives vitaminées. Le caractère joueur de la voiture lui permet de s’en tirer avec adresse et de se glisser dans la course poursuite ou d’échapper aux algarades. Il faut savoir rester à sa place et la Moretti Sportiva est une abeille au milieu de l’essaim de guêpes. Elle ne prétend pas au podium. Elle le prend à la légère. Loin du classement officiel, en participant au Tour Auto Optic 2000, la Fiat 850 Moretti Sportiva a démontré qu’elle a avant tout l’esprit sportif. 

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