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Le reveil de voyage japy

Le reveil de voyage japy Dans le tiroir de... Frédéric

Après une vie de voyage, il a dû batte en retraite. Sa mission de globe-trotteur a été bien remplie. Né dans le pays de Montbéliard, cette région nord-est de la Franche-Comté, adossée aux premiers contreforts du Jura, à moins d’une vingtaine de kilomètres de la Suisse, il connaîtra des horizons plus lointains. Le bon air des montagnes se changera vite en rude chaleur africaine.

Le confinement ne lui est pas totalement étranger : il garde le souvenir des longues journées de mer, enfermé dans la cabine d’un paquebot des Messageries Maritimes, lors des liaisons régulières entre Marseille et Abidjan, où mes grands-parents étaient établis dans la culture du café et du cacao avec des plantations. Ce réveil de voyage du tout début des années 1950 a été acheté par mon grand-père chez un horloger proche du Vieux-Port. L’échoppe existe-t-elle encore ? Mystère.

Avec sa minuterie bien dessinée, ses chiffres arabes à la typographie typée, appuyés sur de petits index en matière luminescente, et dans ses tons d’or rose encadrés d’une boîte à système, en tôle laquée noire pour préserver la glace des chocs dans les malles ou les valises, ce réveil adopte tous les codes esthétiques classiques de la période Art Déco, avec un léger tropisme orientaliste. Il est pourtant bien Français, comme l’affiche clairement la mention « Made in France ».

L’autre indication présente est la signature « Japy ». Tombée en désuétude, elle a pourtant été synonyme de réussite industrielle durant plus d’un siècle et demi. Précurseur, Frédéric Japy sera le premier à mettre en place la fabrication mécanique des ébauches au tout début du XIXème siècle. Il développe des machines spécifiques pour la taille les roues ou la fente des vis et déposes des brevets, comme son tour à platines de montres, pour faire de l’horlogerie une industrie. La famille développera toutes sortes d’activités liées à la micromécanique ou aux mécanismes. Les machines à écrire seront une autre de leurs grandes réussites.

Sans s’en rendre vraiment compte, le réveille-matin raconte une petite histoire intime de l’horlogerie. Combien de maisons de campagne ont conservées ces petites pendulettes intimes sur les tables de nuit ?

L’idée en revient à l’inventeur français Antoine Redier. Parmi bien d’autres brevets et innovations, il présentera en 1847 la première pendulette à sonnerie conçue pour se réveiller. En  1849, ce sera la première montre de poche à réveil. Elle lui vaudra une médaille de bronze. En pleine période de rêve industriel et de religion de la productivité, plus question de se fier au clocher de l’église ni d’attendre le petit jour pour se mettre en route pour la journée.  Ce sont précisément les Japy qui vont populariser cet objet et son usage, en modifiant la structure du mécanisme pour le rendre moins sensible aux chocs, et en corrigeant les quelques imperfections pratiques, notamment de réglages, de l’invention de Redier.

Réveil de voyage JAPY

Surtout, Japy va le produire en très grande série, avec un premier modèle phare célèbre sous le d’ « Octogone Japy ». Fort de ce succès, l’entreprise développera d’innombrables formes et modèles, rapidement imitée par les fabriques allemandes (Junghans reste l’un des spécialistes du genre et y a introduit la haute technologie avec le radio-pilotage, dans les années 70), puis suisses. Gainé de cuir, souvent bordeaux ou noir, le réveil de voyage mécanique sera longtemps aussi l’une des spécialités de Jaeger-LeCoultre. Ce réveil Japy ne fait pas de promesses d’autonomie d’une semaine.

Son mouvement mécanique se remonte aisément à la main, avec un peu de fermeté, tous les deux jours, en ouvrant la trappe arrière de la boîte articulée. Une deuxième clef, comme sur le dos d’un jouet mécanique, permet de remonter  séparément le mécanisme de la sonnerie, dont la force de la sonorité peut être ajustée. Un petit poussoir commande l’arrêt lorsque le grelot retentit. Fidèle au poste, il s’acquitte de sa tâche avec une régularité exemplaire. Quand a-t-il été révisé pour la dernière fois ? La note de l’horloger était sans doute en anciens francs.

Mais il ronronne de son bon tic-tac lancinant qui interdisait jadis la sieste. Ressorti de son tiroir, le voila « déconfiné ».

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