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ETA, Valjoux & Co : Peu importe le calibre, tant qu’il y a l’ivresse

Petite mise au point suite à de nombreux échos traînant dans la boue de fidèles compagnons mécaniques produits par la confédération helvétique. Certains « amateurs » d’horlogerie, jeunes ou moins jeunes qui débutent apparemment sur ce long, périlleux mais merveilleux chemin qu’est celui de l’apprentissage horloger, sont en effet de plus en plus rapide à « expertiser » des pièces à coup de « pour du ETA? », « un Valjoux à ce prix là?! » et autres commentaires affutés débutant souvent par « lorsqu’on connaît le prix d’un mouvement Sellita ».

Minute papillon ! Prenons d’abord un instant pour revoir ensemble quelques bases qui changeront, je l’espère, ce jugement hâtif et rétabliront tout le respect que l’on se doit d’avoir pour ces vieux sages avant que les amateurs de demain ne se transforment en enfants gâtés qui refusent de goûter la ratatouille de mamie car elle n’y a incorporé aucune espuma d’algues wakame, fève tonka ni zeste de yuzu…

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Parce que plus c’est simple et plus on a de recul, plus c’est fiable

Parce que simplicité est souvent gage de pérennité, pour une raison évidente : plus un mouvement devient complexe et plus nous y ajoutons de probabilités de dysfonctionnement. Cet équilibre complexe composé de roues, de pignons, de micro vis, d’un barillet et d’un spiral est en effet un écosystème fragile auquel on demande beaucoup : fonctionner en continu, sans repos, afin de toujours nous donner l’heure exacte. Ce n’est pas rien.

Hamilton Khaki Field Mechanical - New 2018

Ensuite parce que l’architecture de ces tracteurs, qu’ils soient à remontage manuel ou automatique, est éprouvée depuis déjà de nombreuses décennies. Si les plus grandes marques les ont choisis pour équiper leurs montres-outils pour lesquelles la fiabilité était la notion maîtresse du cahier des charges, ce n’est pas par hasard.

Ils sont robustes et on peut leurs faire confiance. Deux qualités qui méritent rien qu’à elles deux déjà beaucoup de respect. D’autant plus lorsqu’on sait que l’industrie horlogère à toujours fait appel à des fabricants de mouvements et que l’utilisation de calibres « génériques » n’a jamais été une insulte jusqu’à l’appropriation marketing du concept de manufacture…

Parce qu’on saura le réparer demain

La relative simplicité de ces « tracteurs » garantie également une tenue dans le temps incomparable. Pour la simple et bonne raison qu’ils sont déjà présents depuis une cinquantaine d’année, voir bien plus pour certains, et partie intégrante de l’apprentissage de tout horloger. La profusion des pièces disponibles facilite également grandement l’entretien de ces mouvement et les délais de réparation. Que du bonus.

Parce que le coût d’un calibre ne fait pas le prix de la montre

Il est à mon avis très important de comprendre, avant tout jugement de valeur, que le prix d’un composant, mouvement y compris, ne fait pas le prix de la montre. Le cours de l’acier ne définit après tout pas la valeur d’une Royal Oak, ni celui du sucre brut celle d’un Mont-Blanc de chez Angelina.

Tudor OysterDate

C’est exactement pareil. Une  vieille Tudor Submariner utilise le même mouvement ETA 2824 qu’une Longines Legend Diver, une première génération de Tudor Black Bay ou Ranger ainsi qu’un grand nombre de montres Sinn, Stowa, Certina et bien évidemment beaucoup de marques du Swatch Group aussi bien que des micro-marques.

Ces calibres sont d’ailleurs disponibles en différentes finitions et réglages allant jusqu’au chronomètre. Cela confirme donc que la performance dépend donc moins du calibre de ce que l’on en fait, de l’attention portée au réglage et à l’emboîtage et au contrôle qualité de la chaîne de production.

Oris Chronoris Date - Cadran

Parce qu’il y a horlogerie & haute-horlogerie

Si l’on critique ces vénérables tracteurs pour leur simplicité et leur manque de décoration malgré leur robustesse et fiabilité, c’est une remarque que j’entends. Elle est d’autant plus fondée pour celui qui a déjà eu la chance d’admirer et même de posséder une pièce de haute horlogerie de chez A. Lange & Söhne, Patek Philippe et autres grandes manufactures que l’on connaît.

Ce n’est pas la même chose et il est complètement insensé de les mettre en compétition tant l’approche dans la création d’un calibre développé pour l’armée et celui d’une grande complication qui sert de support à l’expression d’un artisanat d’art ne sont pas comparables.

Conclusion

Tout comme la même tomate, qu’elle soit travaillée par un chef étoilé et servie dans un lieu incroyable et raffiné ou fourrée dans un kebab à Châtelet à 2h du matin n’aura pas la même saveur, toutes les montres qui utilisent les même calibres ou les même bases ne se valent pas non plus.

Patek Philippe Nautilus Référence 5711

Le temps passé au développement, les caractéristiques de la boîte qui viendra accueillir ce mouvement, évidemment les finitions et matériaux utilisés ainsi que la communication mise en oeuvre pour se faire connaître et pour nous faire rêver sont autant d’éléments qui rentrent en compte dans la construction du prix d’une montre.

Rolex Cosmographe Daytona - Paul Newman

De cette manière, le même Valjoux 72 pourra se retrouver très légitimement dans un Rolex Daytona à 150.000EUR, un Nivada Chronomaster à 3.000EUR ou la montre de votre voisin horloger que ce dernier aura assemblé avec des composants génériques achetés sur Ebay pour moins de 500EUR. J’imagine que vous comprenez aisément qu’il s’agit tout de même de montres très différentes.

Nivada Grenchen Chronomaster Aviator Sea Diver Chronograph

Pour toutes ces raisons simples que j’espère avoir su traduire avec parfois plus ou moins de tact, il convient donc sans doute de réfléchir un peu plus avant de s’offusquer du prix d’une montre ou de la « banalité » d’un mouvement. Non ? 

13 réponses à “ETA, Valjoux & Co : Peu importe le calibre, tant qu’il y a l’ivresse”

  1. Michael dit :

    Vous comprenez aisément que ce sont des montres très différentes…en tous cas, vos explications évasives ne nous aident guère…une daytona Paul Newman, achetée par mon père 300 francs suisses à l’époque, et qui vaut une fortune aujourd’hui…va comprendre Charles… Rare ? Non ! Boîtier exceptionnel ? Non ! Mouvement exceptionnel ? Non ! Alors quoi ? Une très belle montre certes…mais surtout un marketing tapageur de revendeurs en tout genre…Le luxe, chers amis, ne se justifie pas, il est totalement déraisonnable par définition :))

    • Jérôme dit :

      Bonsoir Michael,

      Vous le dites vous même, un vieux Daytona Paul Newman vaut aujourd’hui une fortune sans être une pièce de haute-horlogerie et c’est effectivement tout à fait déraisonnable. L’histoire, un acteur de cinéma et la spéculation d’autres ont pourtant décidé que ce serait le destin de cette montre qui n’a connu aucun succès lors de son lancement.

      Je ne pense sincèrement pas que l’on peut réduire cette « magie », ce destin hors du commun, aux fruits d’un « marketing tapageur ». Mais ça n’engage que moi 🙂

      Pour ce qui est de cet article, mes « explications évasives » n’ont pour simple but que d’essayer d’expliquer pourquoi tous ces vénérables calibres qui ont sauvés des vies au combat, sur terre et dans les airs, ne sont pas à prendre de haut simplement parce que leurs ponts ne sont pas décorés et que leurs angles rentrants ne sont pas polis au noir 🙂

      Bonne soirée et bon weekend,
      Cordialement,
      Jerome

  2. LUDOSTER dit :

    Bonjour Les Rhabilleurs!

    Oui et non! Bien sur il ne faudra pas prendre que le mouvement pour comparer deux montres, comme on ne comparera pas un 2824 grade 4 avec un copie Chinoise de mauvaise qualité de ce dernier, ou une excellente copie du Chinois Dangdong Peacock aux Sellita emboîtés chez Tag Heuer non plus…

    Toutefois je pense que certains mouvements sont plus nobles que d’autres, techniquement parlant, pour exemple un calibre El Primero (le 400 classique disons) ou un mouvement Heuer02 resteront plus intéressant qu’un sandwich module Dubois Depraz et mouvement 3 aiguilles dates pour un chrono.

    Quand on achète une montre « de luxe » (je n’aime pas le terme, mais passons) neuve, on achètent également un travail artisanal (là aussi ça se discute), des matières nobles, une conception minutieuse et précise. Mais au delà d’un certain prix, on recherchera un savoir-faire émotionnel, sensoriel, mais pas du rationnel, on achète aussi du rêve et l’exclusivité! Pour rationaliser mon sentiment, pour moi une base 7750 retravaillé restera très bonne dans une Hamilton Intra-Matic Auto Chrono à 2000 euros mais ne correspondra pas à ce que j’attend à trouver dans une IWC Portugaise à 8000 euros…

    Vous citiez Tudor, ayant acheté la BB 58, je trouve qu’elle en offre plus pour son argent que la première version BB à calibre Eta, le calibre interne est donné plus précis, à une meilleur rdm (70 vs 48 h), des matériaux plus moderne (silicium, etc). L’exemple est intéressante puisque les qualités de la montre hors mouvement reste les mêmes.

    Un mouvement dit de manufacture fiable et qui ne coûte pas un bras à entretien par rapport à des classiques à emboîter se trouve aussi, pour exemple chez Tudor, Frédérique Constant, etc. Franchement vous préférer regarder un Eta 2824 ou un FC-710? J’aime les fonds transparents pour voir certains mouvements de mes montres, c’est aussi un plaisir, mais il faut qu’il y ait quelque chose à voir!

    Je n’ai donc rien contre les classiques mouvements à emboîter, j’en ai, certain sont même finalement des classiques dont il serait dommage de ce passer (pour ne pas dire qu’il faut en avoir dans sa boite), à une autre époque les fabricants de mouvement était très répandu et dissociés des fabricants de montres, des cadraniers, etc. Mais je trouve qu’il faut un équilibre et une cohérence, j’achète aussi un rapport prix/émotion, au delà d’un certain prix je cherche de l’exclusivité et puisqu’on achètent pas juste un mouvement, on achètent pas juste un cadran et un boitier non plus, l’ensemble doit faire sens! Je trouve que la Hamilton a tapé fort par exemple avec la Khaki Field mécanique et qu’une Hublot Classic Fusion a peu d’équivalent dans son rapport prix/mouvement!

    (humour on) De toute façon je n’ai pas tort puisque je suis consommateur et donc une cible! (humour off)

    Donc pour moi, oui et non!

    En tout cas, très bonne idée que cette article, je pense même que vous avez eu du courage de vous lancer dans ce thème, mais je n’en attendais pas moins, j’apprécie vous lire et je trouve qu’il y a eu une bonne évolution depuis le début de votre création! Je reste étonné que vous n’ayez pas meilleur presse sur les forums horloger, vous êtes plus agréables à lire (pour moi) que la grande majorité des sites/blogs horloger. Je trouve simplement que vous dites souvent beaucoup de bien des modèles essayés et peu de mal ou critiques, peut-être ne réalisez-vous que des essaies de modèles qui vous plaisent? Je sais bien-sûr qu’il faut rester à minima « cool  » également vis-à-vis des marques pour ne pas être mis de coté, cela reste complexe, mais je ne ressens pas non plus de bride/censure de ce côté à la lecture.

    • Jérôme dit :

      Merci Ludovic d’avoir pris le temps de ce long commentaire avec lequel je suis pleinement en accord.

      Cet article n’ayant en effet pas pour but de faire l’apologie de tous ces vénérables tracteurs mais simplement de rappeler que comme on ne juge pas un livre à sa couverture, il serait dommage de se limiter à une étroite vision d’un mouvement pour juger d’une montre. Mais vous m’avez compris 🙂

      Ne fréquentant pas les forums horlogers, je vous avoue personnellement ne pas être au courant de notre « réputation »… vous m’intriguez, et je serais même tout d’un coup curieux de savoir ce qui nous est repproché ! Peut-être est-ce le fait de ne pas aimer « que les montres », ou « toutes les montres »? Peut-être. Nous continuerons en tous les cas à exprimer le fond de notre pensée de passionnés, qui je vous le confirme n’est nullement bridée !

      Pour répondre à votre interrogation, à laquelle vous avez d’ailleurs déjà deviné une partie de la réponse : c’est exact, nous écrivons et partageons sur les sujets qui nous plaisent et choisissons les marques et modèles que nous pensons intéressants. Voici peut-être notre dernier luxe, nous ne sommes pas dans « l’actualité » et n’avons donc aucune obligation de parler de tout ce qui se passe dans ce petit monde horloger.

      Je ne le souhaite évidemment pas, mais de toute manière nous n’aurions pas le temps d’écrire sur ce que nous n’aimons pas. Il y a bien assez de belles choses à partager et j’ai personnellement toujours préféré l’approche positive 🙂 Merci à vous de le comprendre.

      Excellente soirée,
      Bien à vous,
      Jerome

  3. Hugues "Sigma" Janssens dit :

    Vous avez remis les pendules à l’heure! Bravo!

  4. claude anfossi dit :

    bonsoir, mon sentiment est également mitigé à la lecture de cet article, je penses que certaines marques vendent leurs montres avec des marges importantes en faisant des efforts surtout sur la boite et le packaging alors que d’autres comme Pequignet arrivent à sortit des montres avec des mouvements manufactures très innovants à des prix corrects, j’ai acheté dernièrement une plongée avec mouvement calibre royal pour 3500 euros. Accessoirement pouvez vous me dire ce que vous pensez de ce calibre. cordialement

    • Jérôme dit :

      Bonjour Claude,

      Merci pour ce commentaire, intéressant, auquel je répondrai de façon nuancée.
      Tout d’abord, les marges pratiquées par l’industrie, si elles paraissent parfois importantes, sont nécessaires à la survie de ces maison, surtout lorsqu’elles décident de rester indépendantes.

      L’exemple de Pequignet est d’ailleurs un cas d’école en la matière. Le Calibre Royal de Pequignet est un très beau mouvement, et aujourd’hui le seul et unique calibre de manufacture fabriqué en France. Je ne peux donc que l’apprécier et en souhaiter la pérennité. Le soucis pour la compagnie étant qu’il coûte très cher à produire surtout en comparaison d’un prix de vente « gentil ». Beaucoup de montre pour 3.500EUR, c’est certain, mais un manque de marge qui a mis à mal la santé financière de la maison française.

      L’appréciation et le plaisir que procure une montre font pour moi partie d’un tout indissociable composé d’histoire, de savoir faire technique et de design. Je choisis donc les pièces de ma petite boîte en conséquence.

      Pour revenir à nos mouvements, à la question de savoir si pour 3.500EUR j’opterai pour un Calibre Royal ou une vieille Submariner Tudor, je crois bien que mon coeur fera le choix du poids de l’Histoire et d’un design iconique au détriment du calibre de manufacture.

      Ce choix est évidemment très personnel et n’engage que moi, même si encore une fois, je vous rejoins quant à l’aboutissement technique du Calibre royal et ses 88h de reserve de marche.

      Bien à vous,
      Jerome

  5. Michael dit :

    Merci beaucoup, Jérôme, pour votre éclairante réponse.

    Le marketing tapageur n’est en effet qu’un terme de l’équation…heureusement :))

    Vous avez parfaitement raison, ces vénérables mouvements tiennent une place privilégiée dans le monde et l’histoire de l’horlogerie. Ceci étant, est-ce que certaines manufactures n’essairaient pas de nous vendre parfois des vessies pour des lanternes ? Alimentant ainsi une certaine incompréhension, voire un certain malaise ? Je m’interroge…

    Au grand plaisir de vous lire vendredi prochain,

    Très cordialement,

    Michael

    • Jérôme dit :

      Je vous l’accorde, le rapport montre / marketing, qu’il s’agissent de manufactures ou d’assembleurs n’est aujourd’hui pas toujours optimal.
      La culpabilité à une époque qui veut cela, ou à des financiers qui recherchent, de par leur formation, toujours plus de rentabilité, au détriment parfois du produit ? Peut-être…

      Dans tous les cas, c’est certain, ça ne fait que renforcer l’importance de bien « faire ses devoir » et de s’informer au préalable sur l’horlogerie que nous aimons afin d’acheter en connaissance de cause des pièces source de plaisir pendant longtemps 🙂

      Excellente journée,
      Bien à vous,
      Jerome

  6. Thierry dit :

    Bonjour!
    Pourriez vous me dire quelle est le site qui vend le NATO militaire de la première photo en couverture?

    Tous mes encouragements pour la continuation de votre site que je check quotidiennement.

    Bien écrit, magnifiques photos!

    Merci

    • Nicolas dit :

      Bonjour Thierry,

      Merci pour votre message et vos encouragements, heureux que cela vous plaise !

      Pour le Nato, il s’agit d’un bracelet de la marque Tudor. Je crois bien qu’il est difficile de s’en procurer un sans la montre, mais qui sait, vous trouverez peut-être votre bonheur chez un gentil distributeur !

      Excellente journée et à bientôt,

      Nicolas

  7. Micic dit :

    Merci pour cet article

  8. Antoine dit :

    Merci pour cet éclaircissement, si nécessaire et opportun. Il y a quelques jours je me trourvais dans une soirée horlogère à la présentation d’une collection d’une grande marque. Lors du dîner, quelqu’un près de moi à commencé à critiquer les marques qui ne fabriquent pas leur propres mouvements. Alors, je lui ai dit que les calibres in-house ne garantissait aucunement la qualité et que les mouvements Eta et Sellita pourront être maintenus même si la marque disparaît. Il a dû admettre que ce genre de mouvement peuvent être considérés comme un avantage.

    Dans le même ordre de choses, je me demande jusqu’à quel point un mouvement in-house est vraiment fabriquer en entier par la Maison, étant donné qu’il est courant de commander, auprès d’autres entreprises, des pièces difficiles à fabriquer soit en raison du matériel ou du savoir faire nécessaire.

    Merci encore,

    Antoine

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