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Horlogerie et Frustration(s) : Psychanalyse du quotidien

Chers amis, un peu de psychanalyse aujourd’hui, je vous prie. Étendez-vous sur ce canapé, fixez le blanc immaculé du plafond, détendez-vous et parlez moi. Je veux aujourd’hui discuter d’un terme qui revient souvent lorsque l’on parle « horlogerie » : la frustration.

Mon objectif est justement de vous faire entendre que la frustration, même si elle résonne comme négative dans nos esprits, ne saurait se réduire à cela. Vous êtes prêts ? Allons-y…

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Mais qu’est-ce que cette fameuse « frustration » ?

Je viens de vous le dire, la frustration s’entend tout d’abord comme sensation négative. C’est le mari frustré de ne pas avoir rendue sa femme heureuse qui tue l’amant de sa femme, avant de se tuer. Pas très gai, je le conçois. 

Horlogerie et frustration

Mais c’est aussi celui, qui, frustré de ne pas avoir connu l’enfance heureuse dont tout enfant peut rêver, se battra toute sa vie pour faire de ses enfants les plus heureux. C’est une étape, en somme.

Et si nous avions trop de fois vu la frustration comme un état de conscience négatif ? Finalement, l’accepter, vivre avec pour sortir de son emprise est peut-être une belle idée. Qu’en pensez-vous ?

Plus que jamais, c’est un mot que j’entends souvent associé avec le monde de l’horlogerie. Parce que « trop inaccessible », des gens se sentent frustrés, et alors que certains nous le communiquent gentiment, d’autres sont au contraire très agressifs, irrespectueux, voir même insultants. Comment l’expliquer ? Essayons un peu…

L’horlogerie génère t-elle de la frustration ?

Auparavant, il était normal pour un homme ou une femme de porter une montre. Il s’agissait d’un objet du quotidien. Nécessaire même. Au même titre qu’un téléphone portable de nos jours. Nos grands-parents en ont souvent possédé, nous les ont éventuellement transmises et nous tacherons de les transmettre à notre tour. Si tant est que nous les portions, ce qui est loin d’être le cas pour tout le monde. 

Joseph Bonnie Heritage - Universal Geneve

Aujourd’hui, le concept même de possession d’une montre est différent.

D’un côté, les effets de mode avec des marques comme « Daniel Wellington », de l’autre la quête d’un objet plus pérenne. Attention chers amis, aucune critique du premier cas, bien au contraire. Il est même agréable, finalement, que ces marques aient vu le jour car un nombre toujours plus important de personnes se met à reporter des pièces au design assez élégant. Et sont très heureux avec.

D’un autre côté, donc, un grand nombre de personnes se découvre un bel intérêt pour ce vaste monde horloger dit « traditionnel ». Nous en faisons ici tous partie. Nous possédons déjà quelques montres, qui ont pu nous demander de faire des sacrifices, aussi surmontables soient-ils.

Malgré cela, qui ne s’est jamais dit une fois en parlant de sa « Dream Watch » : « Mais autant hypothéquer mon appartement si je veux pouvoir la voir à mon poignet un jour » ?

En effet, l’explosion des prix du vintage et même des garde-temps modernes peut parfois nous faire passer l’envie de mettre autant d’argent dans une pièce que nous désirons pourtant plus que tout. Et l’on reste sur notre faim. Malgré cela, nous pouvons jouir d’une ou plusieurs montres déjà en notre possession, tout en conservant cette frustration à peine palpable au sein de notre esprit.

Mais il y a d’autres personnes chez qui la frustration est bien trop grande, et qui n’hésitent pas à l’extérioriser. D’une mauvaise manière malheureusement…

Eux ne veulent absolument pas dépenser d’argent, ce que l’on peut comprendre aisément, et – allez savoir pourquoi – se donnent un faux rôle de « donneur de leçons », voire même en devenant irrespectueux à l’égard d’autrui. Je ne dis pas cela par hasard, nous le voyons tous les jours ici et ailleurs. C’est à ce moment alors que l’on se rend compte que le monde horloger génère des esprits frustrés. Problème majeur…

Ne pas posséder est vécu comme une « privation » qui alimente donc largement la frustration. Nous ne pouvons satisfaire cette « pulsion » de posséder l’objet désiré, il est alors plus simple de s’acharner sur ceux qui possèdent, ou qui veulent posséder.

La frustration va trop loin alors, et la personne en arrive au refus, à la renonciation. Et doit par conséquent vivre avec ce fardeau. #VDM

Les alternatives à la frustration.

Nous avons tous des rêves lointains… Heureusement, nous avons décidé de ne pas les refouler.

Omega Speedmaster Automatic Reduced, 1988

En attendant, nous défendons corps et âme qu’avant d’accéder à ces graals, nous avons largement de quoi nous faire plaisir, sans forcément hypothéquer nos enfants. Nous faisons quelques acquisitions, puis nous en revendons quelques-unes. En ajoutant un petit billet nous pouvons alors nous permettre d’acheter une plus jolie pièce, à la manière de cette légende urbaine du trombone qui se transforma en maison.

Dans le futur, peut-être, tu possèderas.

C’est ici que tout prend son sens. Si vous m’avez correctement suivi, la frustration, qu’elle soit fortement ressentie ou non, a trop de fois été perçue comme négative, une fin en soi. Mais si nous considérons la frustration comme une étape, tout fait alors sens. C’est une des étapes d’un plus long cheminement vers ce que l’on désire.

Patek Philippe Nautilus Référence 5711

Ne pas posséder aujourd’hui ce que l’on désire n’a jamais été une mauvaise chose. C’est un moteur pour avancer. Soyons heureux avec les objets qui nous font plaisir et organisons-nous pour un jour obtenir ce qui nous anime.

Je ne peux m’empêcher d’avoir un sentiment de pitié pour tous ceux qui sont agressifs envers les personnes qui veulent atteindre leurs objectifs. On ne niera jamais que le marché est assez difficile d’accès pour certaines pièces, évidemment. Mais se fermer cette porte, y renoncer totalement et de surcroît insulter ceux qui réagissent par la positive c’est très clairement avoir raté quelque chose. Mais rien est perdu. Seules les c… ne changent pas. N’est-ce pas ?

Laissons les gens prendre du plaisir, peu importe ce qui concerne l’objet de celui-ci, peu importe s’il est accessible ou non. Et, de nôtre côté, ne renonçons jamais ! Car lorsque la frustration se transforme en désir, la vie est tout de suite bien plus belle…

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8 réponses à “Horlogerie et Frustration(s) : Psychanalyse du quotidien”

  1. D. Renard dit :

    « Si tenté que nous les portions »… »une fin en soit »…

    De grâce, relisez-vous ! Le plaisir de vous lire est à ce prix.

  2. Comnt1 dit :

    Beau texte, qui ne s’applique pas qu’à l’horlogerie.

  3. Nico dit :

    Belle analyse et joli point de vu que je partage amplement !
    J’ajouterai que le plaisir de porter un garde- temps à son poignet est totalement indépendant du prix de celui-ci … Si la personne associe le prix de la montre au plaisir éprouvé en la portant … cette personne est vraisemblablement plus en recherche d’une reconnaissance sociale que d’une belle pièce !
    Le bonheur ne passe pas forcement par le quantième perpétuel de chez Patek les amis ! ???? Ne dit t’on pas qu’on le trouve dans les petits plaisirs simples de tous les jours ?

    Merci pour ces articles, tous plus sympas les uns que les autres !
    Keep up the good work.

  4. Vassili dit :

    Bonjour, article intéressant, merci.
    Une autre source de frustration qui mériterait un développement : le complexe du collectionneur. J’entends par là la frustration que l’on ressent à ne porter qu’une seule montre à la fois, lorsque l’on en possède plusieurs.
    Je me sens ici particulièrement concerné : je possède quatre belles montes, que je porte en alternance, certaines plus souvent que d’autres qui, elles-mêmes, attendent sagement leur tour dans la fraîcheur bienfaisante du coffre, à la banque.
    Le problème est que lorsque j’en porte une, je regrette systématiquement de ne pas pouvoir porter les 3 autres. Il s’agit là de considérations bien futiles, j’en conviens, mais cela génère tout de même une frustration, celle de ne pas pouvoir profiter de tous ces objets de passion en même temps, avec à la longue la crainte de diluer l’intérêt que l’on porte à chacun d’eux.
    Dès lors, le sujet du graal refait surface :
    1. l’amateur de montres est-il davantage satisfait à ne possèder qu’une montre, auquel cas la quête du graal horloger reprendrait tout son sens, quitte à y aller par étapes, ou à monter progressivement en gamme, mais en ne se concentrant que sur un seul objet de désir,
    2. ou au contraire, vaut-il mieux posséder quelques garde-temps, représentatifs chacun à sa manière des styles que l’on apprécie dans la paysage horloger, pour satisfaire tous les aspects de cette passion qui nous anime, quitte à connaître la frustration de ne pouvoir profiter autant qu’on le voudrait de chacun d’eux?

    Le trop est-il l’ennemi du bien? Savoure-t-on davantage un objet lorsque l’on en possède peu? Doit-on rester épicurien dans l’âme, même en matière de passion?

    A vous lire.

    • Emmanuel dit :

      Je porte régulièrement 2 montres (1 à chaque poignet) sous des manches longues. Je divise ainsi par 2 ma  » frustration » de ne pas pouvoir porter toutes mes montres !

  5. François dit :

    Très intéressant, merci ! Je voulais vous dire que le concept de frustration m’est un peu étranger car je ne porte (depuis 25 ans) que des montres vintage de marques inconnues, à la valeur presque nulle (valeur qui n’augmente pour moi qu’au fur et à mesure de ce que je vis avec elles), ou bien des montres neuves à la valeur très faible (une Seiko SKX013 par exemple). Une montre est pour moi un peu un outil, un peu un bijou, mais que je veux pouvoir porter sans m’inquiéter de les perdre ou de les abîmer. Cela me fait penser que cette frustration vient, je crois, de l’évangélisation du public à la beauté de la mécanique, a fortiori ancienne, ce qui est très bien, mais elle génère des effets pervers du type « j’ai besoin, absolument, de cette speedmaster pour être heureux ». En conclusion, je pense que les gens frustrés le seront toujours -si ce n’est pour une montre, ce le sera pour une voiture ou une maison- mais que l’immense majorité du marché, à l’exception des frustrés « par nature » et des collectionneurs compulsifs et passionnés, est représentée par des gens heureux de leur petite collection sans grande valeur autre qu’affective, et heureux d’avoir, de plus en plus, accès à une offre large de belles montres mécaniques ne nécessitant pas de casser sa tirelire. Peut-être votre lectorat est-il plus constitué de passionnés pointus, mais je peux témoigner qu’il n’est pas besoin de posséder ni même de désirer le modèle le plus rare de Rolex vintage pour apprécier de lire un article qui en parle (j’aime toujours autant ce que vous écrivez), puis d’enfiler sa Seiko avec autant de plaisir pour aller bosser. Alors oui, certes, si un jour le financement de mes nombreux projets non horlogers me laisse dégager quelques milliers d’euros pour une GS snowflake, pourquoi pas ? Mais je n’y penserai pas dans l’intervalle, ce ne sera pas un moteur pour moi.

    • Jérôme dit :

      Merci François pour votre commentaire qui reflète un intérêt très sain pour l’horlogerie et de ce qui apparaît selon nous comme « les bonnes raisons ». Un état d’esprit que nous partageons complètement et qui permet d’être heureux sans grande complication !
      Excellente journée et au plaisir de vous lire.
      Jerome

  6. Râmdâs dit :

    bonjour, aujourd’hui j’ai pu avoir la SEIKO kinetic 3M22 de mes rêves , c’est une des montres que j’adore !! et que je la met avec un grand plaisir !!! oui , maintenant je ne suis plus frustré !!

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