menu
search

Rolex Daytona : une histoire de passion & de grands garçons

On raconte que les plus anciens mythes et légendes grecs se transmettaient oralement pour perdurer et ne jamais sombrer dans l’oubli. L’aède (poète des temps anciens) était donc celui qui faisait ne jamais s’essouffler les mythes fondateurs. Quand je ferme les yeux, j’arrive à imaginer cet homme, entamant  le récit de la Rolex Daytona aux plus jeunes afin qu’ils le transmettent à leur tour. Enfin presque…

La Rolex Daytona, c’est un peu comme le Coca-Cola, tout le monde en a entendu parler, et la raison est assez simple, la montre est une réussite sans nom, possède une histoire et une évolution hors du commun liées à des personnalités exceptionnelles. La messe est dite, enfin, l’introduction de la messe.

La préparation du mythe Daytona : la Rolex « Oyster Chronograph »

Les premiers chronographes Rolex remontent aux années 1930 (la référence 4113 en particulier), et ils sont d’une rareté extrême. On est sur un type chronographe Bi-Compax (deux compteurs, une petite seconde à neuf heures, le totalisateur des 30 minutes à trois heures), mais la première montre qui va apporter l’esprit de la Daytona sera sans aucun doute la référence 6234, dite « Oyster Chronograph ». Elle incorpore un troisième cadrant à six heures, faisant office de totalisateur des 12 heures du chrono, un premier pas vers la Daytona que l’on connaît. Même si les sous cadrans restent relativement discrets.

Rolex Oyster Chronographe pré-Daytona

La 6234 est à remontage manuel, c’est une autre différence sur laquelle on reviendra. L’aïeul de la Daytona sera produit entre 1955 et 1961.

L’héritage « Pre-Daytona »

Le début des années 60 est le berceau des chronographes Rolex qui seront appelés « Pre-Daytona », et qui tout en reprenant des éléments de la référence précédente, commencent à s’en détacher et vont réellement former le « réel » esprit Daytona. Une montre qui sera tout d’abord Au service de sa Majesté… portée par George Lazenby (aka James Bond en 1969). Il s’agit ici de la Rolex Chronograph référence 6238.

Publicité

Les index sont différents, les sous compteurs également (le totalisateur des 12 heures à six heures ne possède pas d’index intermédiaires toutes les demi heures, mais simplement toutes les heures). De plus, les indicateurs (« Units per hour ») que l’on retrouvera sur la lunette de la Daytona se trouvent ici à l’intérieur même du cadran. Certaines références (la 6236 en particulier) offre une triple date, loin de la Daytona (mais non pas moins l’objet de désirs ardents).

La naissance du mythe

Commençons par un paradoxe. En 1963, Rolex sort son premier modèle, que l’on aimerait par dessus tout appeler « Daytona ». Mais hélas, non. Il s’agit bien de la Rolex Chronograph « Le Mans ». Oui comme la ville des 24 heures et des rillettes. Même si il est une certitude que cette famille de chronographe devait s’inspirer des courses de vitesse, nous qui connaissons la Daytona en référence aux courses américaines sommes étonnés d’entendre cela.

Publicité Rolex Chronograph "Le Mans" from 1964
Source : www.rolexmagazine.com

Mais n’ayez crainte, Rolex revient vite sur cette décision et présente en 1964 la Rolex Daytona. Il est tout de même important de signaler que cette référence 6239 sortie en 1963 a tout de la Daytona, sauf le nom.

Mais d’où proviennent les inspirations qui ont fait naître notre Daytona ? Du sport automobile, certes, mais surtout de grandes personnalités qui ont brillé sur les circuits. Sir Malcolm Campbell est un nom évocateur pour vous ? Né en 1885, il a incarné la course de vitesse à merveille, et s’est illustré à de nombreuses reprises sur la piste de Daytona Beach en Floride pour des records de vitesse (482 km/h en 1935, au même endroit mythique), sur le sable en particulier.

Sir Malcolm Campbell
Source : www.moonphase.fr

Rolex l’utilise pour de nombreuses publicités dans les années 30 pour l’avènement de l’Oyster résistant à toutes les situations. Daytona était véritablement « The place to be » pour les coureurs automobiles dans les années 30, si bien qu’un circuit y fut construit, pour les « stock cars », de type Nascar aujourd’hui. Junior Johnson (plus de 50 victoires en Nascar, avant de manager ses propres coureurs) remporta la course du Daytona 500 (pour 500 miles) en 1960, avec une Rolex Zephyr (une pièce très épurée) au poignet. La présence de Rolex dans ce milieu est donc indéniable et ne date pas d’hier.

Passion Daytona

Rolex Cosmographe Daytona - Paul Newman

1963. La montre est là, sans le nom iconique cependant, Il s’agit d’une « Cosmograph ». Les indicateurs sont sur la lunette, et surtout, les sous compteurs sont d’une couleur différente du cadran, inversée de manière générale. Pour vérifier si vous êtes en présence d’une des premières Daytona, il faudra vérifier à six heures que vous avez deux fois la mention « Swiss » (en dessous du sous-compteur et en dessous du chemin de fer). Pour les puristes du détail, on remarque également une fine ligne horizontale en dessous du « Cosmograph » sur les toutes premières pépites Daytona.

Paul Newman - Rolex Daytona

Les années 1964 et 1965 voient le baptême de la Daytona par Rolex. Une nouvelle génération de références 6239 apparaît. Je me dois donc de parler de Paul Newman. Pourquoi a t-elle revêtu ce surnom ? Tout simplement car l’acteur aux yeux bleus légendaires, l’une des très rares star hollywoodiennes qui aurait pu voler le surnom de « King of Cool » à Steve McQueen, était un réel aficionado et  n’en possédait d’ailleurs apparemment pas moins de cinq. Une légende urbaine raconte qu’il en porta une pour le tournage du film Winning, dans lequel il incarne de surcroît un pilote de course, et que le mythe serait né de cette pellicule. Je ne pense pas. Une théorie les plus plausible tend à penser que Rolex aurait sponsorisé certains livres sur la vie de l’acteur, livres dans lesquels on le voit évidemment porter cette icône à multiples occasions. Ces publications auraient eu un effet déclencheur sur de l’élan de folie autour de cette référence que l’on surnomme désormais la « Paul Newman ».

Rolex Cosmographe Daytona - Paul Newman

Qu’est-ce qui fait d’une Daytona une Paul Newman ? Le cadran. Jetez un coup d’oeil attentif. Et surtout à ces petits carrés très Art déco à l’intérieur des sous-compteurs qui terminent certains index. Même la police utilisée pour les chiffres est différente. Plusieurs références 6239, 6241, 6262, 6263 (Le Saint Graal, en configuration « Panda »), 6264, 6265 possèdent un cadran « Paul Newman », mais également certaines variations au niveau des boutons poussoirs (vissés ou non), de la lunette (noire ou non), au niveau du mouvement (un Valjoux 722 ou 727) ou encore au niveau de la mention Daytona au dessus du compteur à six heures, présente ou absente. Mais ne nous perdons pas tout de suite dans un but d’exhaustivité. Restons concis et précis. Je vais prendre une aspirine.

Parmi cette multitude de Daytona, certaines, vous m’aurez compris, sont plus rares que d’autres, et elles sont toutes différentes, j’ai en tête la référence 6240 dite « Solo » car sans autres mentions que « Rolex ». Une configuration d’une extrême pureté, donc. La lunette noire et les boutons poussoirs vissés annonçaient déjà clairement la suite de l’histoire…

La pérennité Daytona

C’est seulement en 1988 que la Daytona a effectué un changement majeur dans sa longue vie : le passage à un mouvement automatique. Pour quelle raison ? La crise du quartz, et la lassitude d’une majorité pour le remontage manuel, principalement. C’est la première référence 16520, qui utilise un mouvement Zenith (le calibre 400, El Primero), bien évidemment modifié par Rolex, pour y ajouter un meilleur échappement, retirer la fonction date du calibre et diminuer le nombre d’alternances (de 36’000 à 28’800). Cette référence 16520 perdurera de 1988 à 2000, avant que Rolex ne manufacture elle même le mouvement dans son intégralité (on passe donc du calibre 4030 au calibre 4130 qui équipe la référence 116520 dès les années 2000). Quoi de plus logique ?

Évidemment, les changements sont multiples par rapport à celle que tout le monde s’arrache. Le boitier et certains éléments internes du cadran ne sont clairement plus tout à fait dans le même esprit, en particulier les épaulements de couronne massifs ainsi que le  diamètre qui évoluera de 37 à 40mm. De plus, à partir de 2000, la petite seconde se trouve à six heures, en lieu et place des neuf heures traditionnelles.

Rolex Daytona Or Jaune cadran nacre

Pour autant, cette 16520 fut encore un véritable succès pour les amateurs et collectionneurs, et Rolex jouait et joue encore sur cette demande pour créer de belles listes d’attente. Il faut savoir être patient…

Nombre de collectionneurs en 2013 ont eu une larme à l’oeil, lorsque pour le cinquantième d’anniversaire de la toute première Daytona, pas même un petit clin d’oeil de la part de la manufacture. À la place, une Daytona fond bleu avec une lunette en céramique marron. Pas de quoi s’enflammer, surtout que son prix, affiché à plus de 70.000€ (oui, j’ai oublié un détail, la montre est en platine), est assez dissuasif. Cette référence reste cependant une montre prestigieuse…

Rolex Cosmographe Daytona - Platine

La dernière évolution venant remplacer cette 116520, est la référence 116500LN, sortie en 2016, vient encore modifier notre perception de la Daytona. Enfin le retour d’une lunette noire en Cerachrom (une céramique moulée à très haute température pour une résistance optimale), et surtout certains détails des plus plaisant au niveau de la finition du cadran. Des cadrans laqués, blanc ou noir, le retour d’une ligne de texte rouge qui coiffe la petite seconde à six heures et un joli contraste noir sur blanc ou blanc sur noir pour les trois sous-compteurs qui sans être réellement « Panda » en reprennent clairement le concept pour une belle lisibilité.

Comme vous avez pu le constater, les changements furent de taille, des origines de ce chronographe à aujourd’hui, mais le succès est toujours au rendez-vous.  Nous aurions presque envie de dire que peu importe les évolutions initiés par Rolex, surtout sur ces modèles iconiques, les amoureux de la marque suivront… et ils auront sûrement raison. Ils connaissent l’histoire de la Maison et les grands noms qui ont fait et continuent d’écrire la saga. Ils connaissent la qualité impressionnante de toutes leur pièces et l’engouement qu’elles suscitent. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain, ou après demain.  Oui, la demande est élevée et les files d’attente explosent. Oui, c’est un investissement, c’est certain, qu’il s’agisse de neuf, d’occasion ou de vintage, mais le bonheur de regarder une Daytona s’épanouir à son poignet et partager nos aventures ne s’explique pas. C’est la légende qu’il faudra transmettre, tel l’aède grec, et tenter de faire comprendre aux plus jeunes générations.

 

2 réponses à “Rolex Daytona : une histoire de passion & de grands garçons”

  1. Gianni51 dit :

    Merci pour ce très bel article !

  2. Courtier Jean-Paul dit :

    Bel article, pour une légende, bravo..!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

DIRECTEMENT CHEZ VOUS

TOUTES LES SEMAINES

expand_less