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Royal Oak : « Audemars m’a tuer »

On vous parlait il y a peu de temps de la maitrise des proportions, créatrice de montres icônes et de mythes. La quintessence même de cette maitrise se révèle au coeur d’une montre devenue un symbole au fil du temps : la Audemars Piguet Royal Oak. Mais avant de nous pencher sur certaines évolutions qui nous attristent et qui selon nous ne rendent pas service aux origines de cette création mythique, rapide retour en arrière sur la montre et l’homme qui ont conçu cette icône.

Avis au lecteur averti, cet article n’a pas la prétention d’énumérer toutes les versions et déclinaisons Royal Oak depuis la création du modèle, mais bien d’effectuer un gros plan sur celle qui représente notre icône de la collection Royal Oak, la Jumbo et de ses évolutions majeures jusqu’à la l’égarement, la perte de l’essence… 

La naissance d’une légende

Tout d’abord, pourquoi Audemars Piguet a t-il bouleversé les esprits en imaginant une montre radicalement différente ? On se souvient que les années 1970 ont été terribles pour l’industrie horlogère suisse, avec l’arrivée des montres à quartz sur le marché mondial. Un grand nombre de manufactures anciennes et récentes ferment leur portes et d’autres tentent de survivre tant bien que mal. On pense souvent à Zenith qui avait arrêté sa production de montres mécaniques en 1975. Mais Audemars a aussi bien souffert.

Il fallait donc, pour « survivre », sortir une montre révolutionnaire, à la fois simple, élégante, et sportive. Complexe donc. C’est pourquoi on fait appel à Gerald Genta, déjà réputé à l’époque pour avoir conçu des pièces remarquables pour Patek Philippe, Universal Genève, etc. La légende raconte qu’il aurait reçu un appel du directeur commercial de l’époque, Georges Golay, et qu’il aurait passé sa nuit à concevoir la montre. Belle légende, on veut y croire.

Pourquoi « Royal Oak » ? C’est le moment pour un petit point d’histoire durant lequel vous pourriez bien apprendre quelque chose… On voit bien que la forme Octogonale de la lunette rappelle les hublots de certains navires de haute mer ou les casques des scaphandriers. Fair enough. Le nom « Royal Oak » vient en fait du nom des vaisseaux de combat de la Royal Navy, maîtresse des mers, en souvenir du « Chêne de Charles », arbre qui avait servi a protéger les troupes de Cromwell après la bataille de Worcester en 1651. Charles II est alors roi d’Ecosse, avant de devenir roi d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, d’où le nom « Royal Oak » donné à cet arbre et aux navires de guerre par la suite.

Un bel héritage dans une seule et même pièce.

1972 et le début de production de la Royal Oak « Jumbo »

Audemars Piguet - Royal Oak Serie A 1972

Les premières montres produites le sont sous la référence 5402 série « A », et c’est aujourd’hui cette montre qui est la plus recherchée. Par rapport aux autres Royal Oak, son signe distinctif est la présence du « AP » à six heures, et au dos de la montre, il n’y a aucune lettre (pour les 1000 premières seulement). La lunette octogonale est présente, scellée par huit vis en or blanc, et on reconnait aussi la marque de fabrique de cette Royal Oak avec son cadran motif « Petite tapisserie ». Elle est souvent nommée « Jumbo » en référence à sa taille assez imposante pour l’époque, avec 39mm.

D’autres séries « B, C, D » existent aussi en plus de la série A. Les trois premières séries présentent le logo AP à six heures, et la ligne « Audemars Piguet » et gravée sur le fermoir. Pour la série D, le logo se situe à midi, et la gravure de la boucle mentionne uniquement « AP ».

Le cadran de cette 5402 est d’abord uniquement anthracite. Les aiguilles, tout comme les index, sont fines, et le motif « Petite tapisserie » possède un gaufrage plutôt fin, le tout donnant une montre vraiment subtile et élégante malgré l’apparente sportivité du design et de l’alliage utilisé : l’acier.

On oublie souvent de parler de la 15002, la Royal Oak produite entre 1990 et 1998, qui est une forme de ré-édition de la 5402 série D puisque le logo « AP » se situe à midi. Sa spécificité par rapport aux autres références (or 5402) est la présence d’un fond de boîte en acier plein.

Audemars décide de marquer l’année 1992 avec une Royal Oak Jumbo en édition limitée à 1000 pièces, comme la toute première 5402. Toujours le boitier fin propre à une Jumbo, mais un fond transparent laissant observer la masse oscillante ajourée spécialement pour l’occasion, en or, évidemment.

Depuis les années 2000, c’est la référence 15202 qui fait foi, reprenant le sigle AP à six heures, et existe uniquement avec un fond Sapphire.

Audemars Piguet - Royal Oak 37mm

Depuis 1972, la montre est animée par le même Calibre 2121, dérivé d’un mouvement Jaeger LeCoultre 920, et qui plaît toujours autant. Il est doté d’une très grande finesse, et présente, sur les dernières versions, une magnifique masse oscillante travaillée, en or.

Une des signatures de cette montre est aussi le bracelet à « chutes », très souple, qui épouse merveilleusement bien les formes du poignet, à la manière d’un tissu que l’on viendrait délicatement poser sur celui-ci.

Enfin, ne l’oublions pas, le but de cette Jumbo, en rapport avec ses origines, est de supporter un peu les fonds marins. Ainsi l’étanchéité est parfaite grâce à un boitier en deux parties (à la manière d’un scaphandrier), le fond de boite et la carrure sont en une seule partie, et maintenues par la lunette et ses vis. Même si la couronne était d’abord non vissée, les années 1970 voient l’apparition de cette caractéristique supplémentaire. À l’eau Messieurs.

Les variations par rapport au modèle originel

Les années 1980 vont voir l’apparition de Royal Oak Jumbo dans des matières différentes, avec des mouvements quartz aussi. On quitte ensuite notre « Jumbo » favorite, pour l’apparition de complications tout au long des années qui suivent, avec une dual-time (que nous aimons beaucoup), un quantième perpétuel, une réserve de marche, une équation du temps, etc, et même d’une collection Royal Oak « Offshore »  qui présente des boitiers très massifs et sportifs aux pans coupés. Je ne vous le cache pas, nous sommes un peu perdus, forcément cela nous touche moins…

Mais plus récemment, des complications exclusives Audemars Piguet sont venues habiter le boitier de la Royal Oak, et dénaturer d’une certaine façon l’esprit originel de finesse de celle-ci. Je pense par exemple à la Lap Timer Michael Schumacher, dernier né des Royal Oak « Concept ». Ne vous méprenez pas, la complication est très interessante, elle permet, tel un « chronographe à mémoire », de mesurer et comparer le temps des tours de façon consécutive, mais est-ce réellement dans l’esprit « Royal Oak » d’avoir positionné une telle complication au sein de cette collection ? A voir…

Nous comprenons les rythmes imposés par les salons horlogers et le besoin des marques de suivre certaines tendances, d’évoluer avec son temps et ses clients, et croyez-moi, nous ne sommes pas contre les évolutions, bien au contraire. Il nous semble simplement que l’essence d’une pièce et d’un design comme celui de la Royal Oak ne se résume pas à huit vis sur un cadran et à un bracelet intégré, et que parfois, à trop s’éloigner, on se perd…

Il aura fallu une nuit à Gerald Genta pour concevoir une montre qui au départ n’était pas très appréciée, ni pour son design ni pour son prix pour une montre en acier et qui au fil du temps s’est imposée comme l’une des montres les mieux pensée et dessinée. D’ailleurs, Gerald Genta, avant de nous quitter en 2011, avait toujours pour habitude de porter une Royal Oak 5402, avec pour la sienne, une spécificité,  une lunette en or. Un signe ? Possible…

6 réponses à “Royal Oak : « Audemars m’a tuer »”

  1. Antiglio dit :

    Le titre est de très mauvais goût. C’est limite honteux !!!
    À partir de là, je ne lis même pas l’article.

    • Jérôme dit :

      Bonjour Benny,
      Une petite pique amicale, un point de vue, un trait d’humour qui n’est pas forcément du goût de tous, je le conçois.
      Je vous encourage néanmoins à lire l’article, si un jour vous avez un instant, vous verrez, nos coeurs sont remplis d’amour ! 😉
      Cordialement,

  2. Aeromariner dit :

    Intéressant mais il y a une faute ici, « en souvenir du « Chêne de Charles », arbre qui avait servi a protéger les troupes de Cromwell après la bataille de Worcester en 1651 ».

    En fait, le Royal Oak a servi à protéger en les cachant (dans son tronc ou entre ses racines, c’est selon) d’une patrouille, non pas Cromwell (son adversaire), mais Charles II et certains de ses hommes.

  3. Jeremy dit :

    Bonjour, a noter qu’il n’a jamais existé des numéros de série sans lettres sur la 5402 en acier (2000A, 1000B, 1000C et un peu moins de 1000D)

    Très bon article en tout cas

    Jérémy

  4. Fabien dit :

    Hello les rhabilleurs, excellent papier..comme à l’accoutumé.
    J’ai une question pour vous, j’envisage de plus en plus de franchir le pas pour une 14790st, sa cote a quasi doublé en trois ans..vous sentez la suite comment ? on va encore prendre 20% encore chaque année, on a pas atteint un palier selon vous ?
    La question n’est pas aisée mais votre réponse m’intéresse grandement, je suis en ballotage avec une 1675 ( ce qui n’a pas grand chose à voir) et concrètement l’avenir de leur cote respective pourrait faciliter mon choix immédiat..
    Merci par avance de vos éclairages.
    Fabien

    • Bonjour Fabien,
      Deux produits effectivement très différents, la vraie question est donc d’abord, à mon avis de vous demander laquelle de ces deux références aurez vous le plus de plaisir à porter au quotidien. Après, côté investissement, voilà de toute manière deux produits qui ont de beau avenirs devant eux, n’ayez crainte. Je ne peux m’exprimer sur des rentabilités précises étant donné que cela dépend grandement de la qualité de la pièce. Encore une fois, ce sont deux très bon choix 🙂

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