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Ferdinand Berthoud FB 1 : La Renaissance d’un Génie.

Ferdinand Berthoud. Ce nom vous dit quelque chose ? Oui ? Bravo, belle culture générale horlogère. Non ? C’est pourtant celui d’une référence, d’un Maître Horloger de génie, né en Suisse, naturellement, mais qui vécut la grande majorité de sa vie en France. F. Berthoud a joué un rôle primordial dans le développement du chronomètre de marine qui permis à la vieille Europe alors toute puissante, d’étendre son pouvoir colonial par delà les océans. Cette démonstration de pouvoir fut-elle la plus brillante des idées ? Question légitime aujourd’hui mais dont ne traitera pas cet article (#Restons légers !).

Aussi est-il que Ferdinand Berthoud, Horloger mécanicien du Roi et de la Marine (sous le règne de Louis XV), marqua à jamais l’histoire de la navigation ainsi que celle de la France. Grâce à ses chronomètres de marine capables de mesurer des longitudes à moins d’un demi degré près (oui, quand même, en 1760 ce n’était pas gagné), il permit à la France de tirer son épingle du jeu face aux Anglais, jusque-la dominants les mers.

Ferdiand Berthoud - FB1 or rose

Nous avons rencontré Karl Friedrich Scheufele (KFS), Co-Président de Chopard et père de ce projet. Lors d’un entretien il nous raconte cette aventure Horlogère et nous présente la première création signée Ferdinand Berthoud du 21ème siècle : La FB 1. Présentation.

Karl Friedrich Scheufele, un nom que l’on connaît. Héritier de l’empire joaillier allemand Eszeha, collectionneur de voitures anciennes et Co-président de Chopard qu’il dirige avec sa soeur Caroline. Il est également un grand connaisseur passionné de vins et propriétaire d’un domaine dans le Bergerac. Un homme de goût c’est certain. Très comparable à un Largo Winch sur le papier il est de prime abord bien moins fantasque à la ville. Le jeans et les tennis blancs de l’héritier milliardaire de Jean Van Hamme ont disparu au profit d’un costume croisé au revers en pointe parfaitement coupé. C’est de meilleur ton pour l’occasion, vous en conviendrez. L’homme a un emploi du temps très serré mais n’en laisse rien paraître. Le regard est franc et la poignée de main ferme, évidemment. La voix est calme et le français est parfait, à peine teinté d’un léger accent germanique, pour davantage de précision et de rigueur, c’est tout.

Ferdiand Berthoud - FB1 or rose

Les Rhabilleurs (LR) : – « Karl Friedrich Scheufele, bonsoir. Merci de prendre le temps de nous recevoir. Commençons par le commencement. Pouvez-vous nous raconter comment vous est venu cette envie, cette idée, de remettre sur le devant de la scène le nom de Ferdinand Berthoud ? Pourquoi ce choix particulier parmi tant d’autres ? »

Karl Friedrich Scheufele (KFS) : – « Ecoutez, c’est un peu, en tout cas au début, le fruit du hasard. J’étais alors occupé à étoffer notre musée à Fleurier, le L.U.C.EUM, et j’y avais une place importante pour les chronomètres de marine et les chronomètres en général. C’est en recherchant des pièces pour cette partie du musée, lors d’une vente aux enchères que j’ai découvert et acquis une première pièce de Ferdinand Berthoud. C’est en approfondissant mes recherches et en découvrant son lieu de naissance, juste à côté de Fleurier, que j’ai vraiment commencé à me passionner pour l’homme et son oeuvre que j’ai trouvé fascinants. A un tel point, que de savoir ce nom presque oublié aujourd’hui, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer une montre bracelet telle qu’il aurait pu la penser aujourd’hui.

Au cours de mes recherches, j’ai découvert que le nom de Ferdinand Berthoud avait été déposé par une personne qui souhaitait lancer la marque, mais d’une façon très classique … Ayant un tout autre projet,  j’ai donc réagi et cette personne m’a cédé les droits.

Je savais ce que je ne voulais pas faire, mais je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire, et cela m’a pris un certain temps. J’ai racheté la marque en 2006, et ce n’est qu’en 2010, après le 250ème anniversaire de Chopard que j’ai enfin pu libérer du temps et me consacrer à ce projet qui me tenait vraiment à coeur.

A partir de ce moment là nous avons vraiment pu, avec notre équipe de design, Guy Bove en particulier, et nos équipes R&D, définir ensemble les grandes lignes de ce projet et construire l’approche qui devait être respectueuse du passé mais aussi résolument tournée vers l’avenir.

Je souhaitais vraiment que l’esprit du chronomètre de marine de Berthoud communique à travers cette pièce, sans avoir besoin d’explications. Par le design de la boîte, robuste, imposant (NDLR : 44mm) mais pas ostentatoire, ainsi que par le mouvement bien entendu. Nous avons donc repris certains éléments clés de la construction des chronomètres de marine de Berthoud, que nous avons miniaturisés et modernisés.

Ce chronomètre de marine est donc équipé d’un mouvement pourvu d’un dispositif à force constante, d’une transmission de type fusée-chaîne et d’une superbe construction en piliers. 3 éléments clés, emblématiques de la construction des chronomètres de marine de Berthoud.

LR :« Est-ce donc la ligne directrice que vous allez conserver pour les futures créations Ferdinand Berthoud ? Cette alliance poussée entre héritage et modernité ? »

KFS : « Absolument, c’est vraiment la ligne directrice que nous allons conserver pour les prochaines réalisations. Ces deux modèles seront fabriqués à 50 exemplaires chacun, mais vous savez, notre capacité de production actuelle n’est que pour l’instant de 3, 4 pièces par mois, donc on n’envisage vraiment pas une très grande production pour cette marque de niche. »

LR : « Est-ce que ce sont les équipes L.U.C qui produisent ces pièces ? »

KFS : – « Non, une petite équipe Ferdinand Berthoud à été formée spécialement pour la marque. Evidemment certaines personnes ont été recrutées au sein de Chopard Manufacture, une façon également de valoriser notre savoir-faire, mais également en externe. Pour nos collaborateurs cela a été une très belle aventure au cours de laquelle nous avons vraiment du laisser de côté le contexte L.U.C pour repartir de zéro et vraiment nous imprégner du contexte et de l’esprit Ferdinand Berthoud. Croyez moi, ce n’a pas été chose facile. Un bel exercice mental.

LR : – « On connaît la relation et l’attachement très personnel entre Chopard et les voitures de collection. Ferdinand Berthoud serait-il un moyen de nous faire partager un amour caché pour la mer ? »

KFS :« Ecoutez, j’avoue très volontiers que j’ai une passion pour les beaux voiliers, depuis toujours, je n’ai malheureusement pas le temps, il m’en reste déjà si peu pour mes voitures. C’est donc plutôt avec un regard admiratif aujourd’hui que je les regarde. Même si j’ai beaucoup navigué dans ma jeunesse, sur les lacs et le long de la côte méditerranéenne, l’aventure Chopard ne m’en laisse plus le temps. »

LR :« Va-t’on retrouver Ferdinand Berthoud à Bâle ? »

KFS : – « Non, certainement pas l’année prochaine. Nous n’avons pas encore décidé s’il y avait une réelle nécessité de travail. Mais cependant si nous y allons, vous ne retrouverez pas Ferdinand Berthoud au stand Chopard, mais bien à un emplacement qui correspond à la taille de l’entreprise.

LR : – « Une dernière question pour vous ce soir, qui sort légèrement du cadre de cette interview mais que l’on aime poser chez Les Rhabilleurs :  Laquelle de ces complications choisiriez vous de porter aujourd’hui à titre personnel et à quoi l’associeriez-vous ? Je m’explique . 

Un Chronographe &  sa voiture ? Un GMT & sa destination?  et un Diver et son océan … Vous pouvez sortir du cadre Chopard bien évidemment …

KFS :‘Très bien. Pour le Chronographe mon choix serait le Chronographe  L.U.C 1963 Purists Edition que vous connaissez et pour la voiture, quelque chose de très pur également, une Porsche 911 RS des années 50.

Pour le GMT, d’abord Londres comme destination car j’y retrouve beaucoup de choses que j’aime, et pour la montre, très honnêtement j’ai toujours aimé la Rolex GMT Master II … Ce n’est pas une montre très rare mais sportive et très efficace.

En ce qui concerne le Diver : L’ocean Indien, les Maldives comme destination, surtout parce que je n’y suis encore jamais allé, j’attends toujours. Et comme montre, j’aime toujours beaucoup mon diver L.U.C. Pro One, une montre de plongée que vous n’avez sans doute même pas connue. Elle est sortie beaucoup trop tôt et en avons fait que quelques exemplaires, mais elle va ressortir, en tout cas je l’espère. C’est une montre que je porte à chaque fois que je m’approche de l’eau pour une période prolongée …

LR :« Je vous souhaite que la prochaine fois soit aux Maldives ! »

KFS :« Moi aussi ! » (rires)

LR: » Merci beaucoup pour votre temps »

KFS :« Merci à vous. »

Ferdinand Berthoud : L’avis des Rhabilleurs

Ferdiand Berthoud - FB1

Impressionnant. Surprenant. Robuste. Une pièce au design et à la conception extrêmement bien pensés et réussis. On aime beaucoup. Tout d’abord parce que malgré la modernité des matériaux utilisés, on retrouve totalement dans la forme de boîte octogonale dessinée par Guy Bove,  l’esprit des chronomètres de marine et l’esprit d’aventure qu’ils portaient en-eux. Ensuite parce que le sentiment de robustesse et de fiabilité lors de la prise en main est bel et bien présent, pas toujours le cas pour un tourbillon.

Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ce tourbillon a un sérieux côté « tool » qui le rend terriblement séduisant. Lorsqu’on s’approche d’un peu plus près, on peux découvrir au travers des hublots latéraux la transmission fusée-chaîne et sa magnifique construction en pilier, a true beauty. L’indicateur de reserve de marche est quand à lui directement gravé sur la platine que l’on peut apercevoir à travers une découpe du cadran. Quand je vous parle de robustesse …

Malgré toute cette technologie de pointe et ce travail d’orfèvre dont on prend facilement conscience, même pour des débutants, en observant cette fameuse chaîne s’enrouler minutieusement au rythme des alternations, cette montre n’a rien d’ostentatoire, bien au contraire.

Ferdiand Berthoud - FB1 focus cadran

Une accumulation de détails de bon goût qui font voyager ? Oui. La présence d’un saphir de type glassbox que j’ai tendance à un peu trop vénérer et qui participe largement à nous renvoyer visuellement dans le passé ? Oui. Un mouvement unique qui retransmet le génie français (Je ne suis pas chauvin, vous le savez, mais aujourd’hui ça me fait plaisir) et que l’on peut admirer sous toutes les coutures ? Absolument.

J’irais même jusqu’à dire que ce tourbillon est un outil auquel je confierais volontiers ma vie, navigant mon trois-mâts en regardant l’horizon se redessiner en rêvant d’aventure…

Alors merci Monsieur Scheufele de nous faire rêver avec cette création.  Merci d’avoir fait renaître le nom de Ferdinand Berthoud d’une manière aussi élégante et visionnaire à la hauteur du génie de l’homme qu’il a été et des aventures qu’il a rendues possibles. Merci d’avoir fait les choses bien, tout simplement.

Je termine cet article par quelques mots qui ne sont pas les miens, que j’emprunte à Bernard Moitessier, autre homme de mer que j’ai toujours admiré. Ils traduisent très bien cette aventure horlogère  …

« Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l’ont construit avec leur rêve… » 

Alors ne nous arrêtons pas là, continuons à rêver …

Bon vent !

6 réponses à “Ferdinand Berthoud FB 1 : La Renaissance d’un Génie.”

  1. Gilberte Ronsart dit :

    Cette rencontre avec Karl Friedrich Scheufele sonne comme un magnifique chorus qui se distingue par sa conception harmonique. L’ingéniosité de ses lignes mélodiques fait de cet interview une totale réussite. Bien cordialement, Gilberte

  2. Thomas dit :

    C’est ce qu’on appelle Exclusivité … avec un grand E ! Ultra niche et clairement pas pour tout le monde, mais quelle présence au poignet! Belles photos et quelle plume!

  3. Thomas dit :

    Merci à toi Jérôme! Ayant découvert Les Rhabilleurs récemment, tes articles sont toujours très sympas et divertissants à lire! Je suis même, grâce à toi, en train de contaminer certains de mes collègues de cette passion un peu hors norme pour les montres de luxes! Un bon moment à partager entre amis, connaisseurs et néophytes! Keep the good work!

  4. Jérôme dit :

    Thanks! Oui c’est vrai, c’est un virus qu’on attrape très vite dès qu’on s’approche d’un peu trop près … très heuresement je ne connais toujours pas de remède !
    J.

  5. Beau papier… merci pour nous faire partager cette belle rencontre et cette superbe pièce.
    Nous sommes artisans maroquiniers et amoureux des belles montres (spécialement De Bethune). Nous espérons de tout cœur que la renaissance de ce nom si prestigieux sera pérenne…
    Cordialement
    Robert pimenta – Atelier O’nolan

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