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Zenith Defy-LAB : Au final, est-ce véritablement si cool que ça ?

Jérôme
Le 22 septembre 2017
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La semaine dernière, Zenith, la Manufacture à l’étoile qui appartient au Groupe LVMH dévoilait en grandes pompes à la presse horlogère internationale une nouvelle technologie présentée comme “révolutionnaire”. Une innovation qui ne manque pas d’intérêt, c’est certain. Elle propose un nouveau type d’oscillateur qui remet en question le principe même du duo magique balancier & spiral, base de toute montre mécanique depuis 1675 et son invention par Christiaan Huygens. Friction réduite et précision augmentée, sur le papier, c’est un oui franc et massif. La véritable question reste néanmoins la suivante : est-ce vraiment mieux ?

Zenith Defy LAB : Comment ça fonctionne ?

Jean-Claude Biver, qu’on ne présente plus, accompagné de Julien Tornare, récemment nommé CEO de la marque, ne tarissaient pas d’éloges en présentant “la montre mécanique du futur”, épaulés par les scientifiques à l’origine de l’innovation. Voici l’idée, que je vais essayer de résumer simplement sans nous perdre dans les détails techniques.


Le point de départ :

“Un nouvel oscillateur formé d’une seule pièce de silicium remplace et intègre le balancier, le spiral, la raquette de réglage et même l’ancre.”

La trentaine de composants d’un organe réglant standard sont donc remplacés par un seul et unique élément d’une épaisseur de seulement 0.5 mm. Un organe qui ne nécessite par conséquent pas de lubrification, car il ne génère pas de frottements, et donc pas d’usure liée à ses frottements. Un vrai plus.

Zenith Defy LAB : Une innovation dans la bonne direction

Cette innovation constitue sans nul doute un réel progrès, un vrai pas en avant dans la bonne direction de ce qui pourrait constituer la montre mécanique de demain, pour plusieurs raisons, et pas des moindres.

Zenith - DEFY LAB

Cette modification de la conception de l’organe réglant à de vraies bonnes répercussions quant au fonctionnement de la pièce en différents environnements et à sa précision chronométrique.

Battant à la fréquence de 15Hz, l’oscillation de ce nouvel organe est constante et permet de conserver la même précision durant près de 95% de sa réserve de marche de 60h. Bravo.

Zenith - DEFY LAB

Pour compléter le tableau, ce nouvel oscillateur en silicium monocristallin est totalement insensible aux écarts de température, à la gravité et aux champs magnétiques. Encore un vrai bon point, c’est évident.

Un design… qui peut laisser perplexe

Mais une montre n’est pas qu’un mouvement, qu’une innovation. Une montre est un équilibre subtil et précaire entre ses différents composants, un jeu des proportions et un morceau d’Histoire. Ces dix pièces uniques, toutes pré-vendues pour la modique somme de 30.000€ à des collectionneurs et au sein desquelles fut emboîtée cette nouvelle technologie me laisse personnellement perplexe. Laissez-moi m’expliquer.

Zenith - DEFY LAB

Lorsqu’on a la pièce en main, et surtout au poignet, la haute fréquence d’oscillation de 15Hz, que l’on prend pleine face au travers du cadran ajouré, est assez irritante, voir même désagréable pour l’oeil, trop rapide. Je comprends évidemment la volonté d’exhiber la technologie sous tous les angles, mais lorsque le choix esthétique nuit à la lecture même de l’heure ainsi qu’au plaisir que l’on peut avoir à se perdre sur un cadran, c’est à mon humble avis un peu dommage…

La deuxième petite déception personnelle concerne le design et l’habillage même de cette boîte de 44mm d’ouverture pour quasiment 15mm d’épaisseur. Des proportions contemporaines pour les marchés porteurs que sont la Chine et les Etats-Unis ? Fair enough. 

Le choix d’un matériau composite futuriste baptisé “Aeronith” pour renforcer encore davantage la possible importance de l’innovation et son aspect majeur ? Toujours OK. Malheureusement, lorsque cette mousse d’aluminium à pores ouverts est sourcée chez Hublot, le résultat final commence à ressembler dangereusement à du Hublot, et de moins en moins à du Zenith. Un ressenti très personnel, évidemment.

Au final ?

Au final et en quelques mots, voici une innovation qui ouvre une véritable nouvelle porte sur l’horlogerie mécanique de demain, beaucoup plus saine et logique que les tentatives de connectivité dont je ne débattrai pas aujourd’hui. Réduire la friction et augmenter la capacité des réserves de marche et la précision chronométrique, voilà des challenges intéressants ! Même si le reste du calibre comprends toujours de nombreuses roues, vis et pignons qui nécessitent un entretien, c’est déjà un pari plus réussi pour le duo balancier-spiral.

Une technologie sur laquelle nous n’avons pour l’instant encore aucun recul, évidemment, mais qui ne demande qu’à s’affiner.

Zenith travaille d’ailleurs dès à présent à la réduction des coûts de production de ce nouvel oscillateur pour une possible et prochaine production de série : la prochaine étape.

Et enfin, dernière vraie bonne nouvelle pour les épileptiques, la pièce produite en série ne devrait pas ressembler à ces pièces uniques. Un cadran non ajouré serait donc encore possible. Un ADN étoilé, nous l’espérons, peut-être aussi…

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