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Road Trip #5 : Vietnam (Part 1), Good Morning Hà Nội !

Jérôme
Le 4 septembre 2018
J

Je pourrais parfaitement, en entamant ces quelques lignes, laisser traîner le titre de cet article en une complainte lancinante héritée du blues, tel Robin Williams dans un film presque éponyme. Je viens de le faire.

Le voyage d’aujourd’hui nous emmène au nord du Vietnam, à la découverte de sa capitale : Hà Nội. Un voyage à la rencontre de sourires et de saveurs dans un pays complexe qui malgré le poids de son histoire et de ses voisins, ainsi que les défis économiques qui l’attendent, a su conserver une vraie douceur de vivre et sa place dans le top 5 des pays au monde où l’on vivrait le plus heureux…

Hanoi, Vietnam - Sourire

 

Hà Nội, capitale sur le fleuve rouge

04h30. J’ouvre les yeux,  bercé à la fois par le bruit de la circulation d’une ville qui ne m’a pas attendu et celui de la clim réversible que je bénis à cet instant pour la nuit paisible qu’elle vient de m’offrir. J’ouvre alors la porte de la petite salle de bain qui me donne déjà une idée précise de la température extérieure. Chaud. Il fait déjà très chaud et ce n’est que le début. Il est temps de commencer à vivre.

Hanoi, Vietnam - Circulation

La douche est rapide et ne sert à rien si ce n’est qu’à rafraîchir dans l’instant. L’eau est encore fraîche et permet de me réveiller. Ce n’est de toute manière que la première d’une longue série en cette période de canicule durant laquelle même les locaux préfèrent rester chez eux. A peine sorti de la chambre, j’ai l’impression que ma chemise en lin quasi-transparente pèse déjà beaucoup trop lourd.

En quittant le cocon de fraîcheur relative créé de toutes pièces par des volets fermés et des ventilateurs accrochés aux murs, je prends une épaisse bouffée d’air chaud. Un air épais, une pollution palpable due au ballet incessant d’un traffic qui de prime abord paraît chaotique mais dont les règles diffèrent simplement des nôtres.

Hanoi, Vietnam - streetfood

Heureusement, les effluves des échoppes déjà alertes pour vendre des petits déjeuners remportent la partie et font rapidement oublier la pollution du centre. Les odeurs des bouillons de poulet ou de boeuf se mélangent à celles des herbes et du nước mắm, les pâtes de riz fraîches sont coupées au couteau sur le bord de la route et l’on boit son café assis sur de petites chaises en plastique colorées hautes d’à peine quelques dizaines de centimètres. Ce petit déjeuner arrive à point, j’y pensais depuis hier…

Hanoi, Vietnam - Pho Bo

Il n’est pas encore 6h et je pourrais déjà boire une bière fraiche. J’attends donc un peu et ce sera un phở, le plat national originaire du Nord.

On ne plaisante pas et on le mange ici de manière très différente du Sud. Alors qu’on y ajoute à Saigon nombre d’herbes, sauces et pousses de soja, ici il n’en est rien. Le bouillon est roi, et y ajouter quoi que ce soit avant même de le sentir et de le goûter serait une grossière erreur.

La dégustation est sobre, le bouillon est plein de saveurs. On peut y ajouter du piment frais et faire comme si l’on ne transpirait pas déjà assez. On peut même le manger avec des beignets frits, creux et aux parois extrêmement fines, que l’on trempe rapidement dans la soupe. Ils font alors office de supports croustillants pour déguster le bouillon de façon solide sans en modifier le goût. Du pur génie.

Hanoi, Vietnam - Scooter Famille

Les scooters que l’on aperçoit transportent quant à eux des familles entières et des chargements que l’on oserait chez nous à peine imaginer faire entrer dans une camionnette. On se protège du soleil et de la pollution habillés comme des ninjas parfois sortis à quelques détails près d’une scène de Mad Max. Les masques et les capes sont par contre ici fleuris, les imprimés sont colorés et sous les masques se cachent des sourires.

Hanoi, Vietnam - Rue

Lorsqu’on ne conduit pas, le scooter devient chaise longue et l’on y fait une sieste, fume des cigarettes ou lit un journal. Même en plein boom, en plein chaos, on trouve des éléments de quiétude si l’on regarde au bon endroit.

En se promenant et en observant tout autour de soi apparaissent les vestiges et traces des multiples invasions qu’a connues le Vietnam et qui aujourd’hui se réadaptent à la sauce vietnamienne. Hà Nội et son opéra, Hà Nội son pont Long Bien qui traverse le fleuve rouge, construit  dans le style Eiffel. Hà Nội et ses grandes avenues avec ses maisons venues tout droit de Normandie. La France y a bel et bien laissé quelques traces. 

Hanoi, Vietnam - Cathédrale

C’est en levant les yeux que la ville devient encore plus intéressante. Les immeubles sont de petits édifices à trois ou quatre étages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Une ancienne structure s’accommode d’une baie vitrée tandis qu’à l’étage supérieur apparaît un balcon de style italien et des moulures baroques. Des associations qui affoleraient bien des architectes et des notions  d’aménagement du territoire plus que succinctes qui pourtant donnent naissance à un paysage au charme bien réel.

Hanoi, Vietnam - Rue

La vieille dame qui vend des fruits, assise sur le bord de la route, écoute des chansons japonaises des années 40 et son homonyme masculin qui déjeune, porte quant à lui une montre Benrus sans doute ayant appartenue il y a plusieurs décennies à un GI qui n’est jamais rentré à la maison. Les vêtements vert militaire, jaunis et décolorés par le soleil sont visibles aussi bien chez les commerçants que sur le dos des officiels du gouvernement actuel. Un gouvernement dont  les membres sont tour à tour vêtus du fameux vert khaki ou d’un très surprenant beige presque corail.

Au milieu de ce mélange urbain qui évolue à grands pas, on peut entrevoir la silhouette d’un Vietnam pris en tenaille entre volonté et fierté d’enfin rayonner par son artisanat et poids du voisin chinois qui annexe toujours un peu plus ce qu’il peut, en mer ou sur terre, et arrose les marchés de biens de consommation de masse à faible valeur ajoutée.

Hanoi, Vietnam - Traffic

Tout n’est pas perdu, loin de là. La jeune génération semble prendre la relève, fière de ses racines, et propose des alternatives durables à cette tendance, que ce soit en matière de cafés aux ambiances toujours plus agréables ou de prêt-à-porter. Des circuits courts et des productions locales permettent  de découvrir le visage d’un Vietnam jeune et dynamique, côte à côte avec les anciens qui détiennent les savoirs-faire traditionnels. De nombreux tailleurs sont encore présents dans la capitale, le travail du cuir, de la céramique ainsi que la sculpture du bois sont encore loin d’être perdus. Dieu merci.

L’avenir nous dira si cette tendance qui semble s’amorcer saura tenir tête à une mondialisation toujours très rapide mais dont de plus en plus d’acteurs commencent aussi à comprendre la nécessité de faire marche arrière…

Hanoi, Vietnam - Café aux oeuf

Quant à moi, vous l’aurez compris, j’espère toujours pourvoir transmettre à une génération future le plaisir d’un Bún chả partagé sur le bord de la route, d’une visite chez un tailleur de confiance ou d’un arrêt  impromptu pour déguster un délicieux café aux oeufs en regardant les murs de la ville se patiner sous un soleil de plomb…