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Cyma British Military : La “Dirty 12” qui monte

Jérôme
Le 4 juillet 2017
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Dans le département des montres vintage d’une “coolitude” absolue, il y a évidemment les montres militaires. Ce n’est pas moi qui vous dirais le contraire. L’attrait est grand tant ces pièces pensées pour le terrain dégagent une beauté brute et un je-m’en-foutisme esthétique dès la conception qui crie haut et fort : “non, je ne joue pas dans la même catégorie que vous car je n’essaye pas d’être belle, je le suis, un point c’est tout.”

CYMA - British Military

Dans cette catégorie niche, il y a les pièces produites par les grandes marques historiques qui existent encore aujourd’hui, et les autres. L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui est celle d’une pièce qui a beaucoup de qualités et qui fait partie de la célèbre troupe de la “Dirty Dozen”. Un nom évocateur donné en hommage au célèbre film de Robert Aldrich à 12 montres produites par 12 Maisons horlogères suisses pour les troupes alliées de sa Majesty the Queen of England…

The Dirty Dozen

La “dirty dozen”, comme la nomme les collectionneurs du monde entier, est donc un collectif de 12 montres aux caractéristiques assez similaires (mais pas exactement, where would be the fun?) produites en 1945 à la demande du Ministère de la Défense britannique. Pourquoi 12 entreprises ont-elles répondu au même appel d’offre ? Simplement parce qu’en cette période de guerre, l’industrie suisse battait son plein et fournissait des instruments de mesure non seulement à l’ensemble des pays alliées, mais aussi à l’Allemagne Nazi et aux pays de l’Axe (Mais ceci est une toute autre histoire dont nous ne débattrons pas aujourd’hui). Résultat ? Une seule entreprise ne pouvait évidemment pas fournir au MoD les 150.000 pièces demandées sur la seconde moitié de l’année 1945. Logique.

A la liste de ceux qui répondèrent présents à cet appel d’offre au maximum de ce que leur capacité de production leur permettait,  figurent Omega, Longines, IWC, Eterna, Lemania et Jaeger LeCoultre, mais aussi des noms moins connus pour des montres toutes aussi désirables que sont Cyma, Buren, Record, Timor, Vertex et Grana.

Les caractéristiques de base répondant au cahier des charges du MoD sont les mêmes : un cadran noir, des chiffres arabes, et des aiguilles ainsi que les index des heures luminescents. A cela viennent s’ajouter une minuterie chemin de fer et un verre résistant aux chocs. Ces montres se devaient d’être animées par des mouvements mécaniques mesurant de 11,75 à 13 lignes. Ça ne laisse pas énormément de marge de manoeuvre. 

CYMA - British Military

Sur ces 12 montres, toutes ne sont pas aussi recherchées et l’on dit même que moins de 20 collectionneurs au monde peuvent aujourd’hui se targuer de posséder la collection complète. 12 montres, me direz-vous, ça ne parait pas si compliqué ? Détrompez-vous. Même pour les collectionneurs qui ont les poches bien profondes, c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Certains modèles, dont la Grana, sont extrêmement rares, car produits à très peu d’exemplaires. On estime entre 1000 et 5000 la production qu’a fourni Grana à l’armée britannique. Ajoutez à cela quelques vacances à la guerre avec tout ce que cela implique, ainsi que les 72 ans passés depuis et vous comprendrez mieux la rareté du produit.

Parmis ces “12 Salopards”, l’un d’entre eux nous intéresse aujourd’hui particulièrement, il s’agit du modèle produit par Cyma. Vous allez comprendre pourquoi…

Cyma British Military : Celle qui monte

Si les exemplaires fournis au MoD par les grands noms de l’horlogerie ont vu leurs prix s’envoler depuis longtemps, la majorité des autres exemplaires sont encore sous le radar. Leurs caractéristiques n’en sont en rien moins désirables, parfois même davantage que celles des modèles produits par leurs illustres cousins.

CYMA - British Military

1. Une taille idéale et contemporaine : 38mm

38mm. Une très belle taille, surtout lorsqu’on parle 3 aiguilles. Même si les ressources que vous trouverez sur la toile parlent de 37mm, il n’en est rien, pied à coulisse à l’appui. La seule donc, et l’unique membre de cette Dirty Douzaine, avec la célèbre Longines (à laquelle le boitier stepcase ajoute un charme suplémentaire), à afficher une telle ouverture. Un très bon point pour durer dans le temps.

2. Une boite en acier, et non “chromée”…

Sur ces 12 illustres montres, seules 7 sont en acier, et non en laiton chromé. Inutile de vous dire que la resistance dans le temps n’est pas la même, le poids non plus. Sur ces 7 montres, 4 ont été produites par d’illustres marques historiques, et ont vu leur cote flamber, malgré leurs tailles plus contenues (35mm, 36,5mm). Elle ne sont donc que 3 à être en acier, dont la Grana qui est aujourd’hui presque introuvable… vous voyez où je veux en venir ? Exact, elle ne sont plus que 2, Timor et Cyma à être encore accessibles et à disposer d’une boîte en acier. La Timor ne mesure que 36,5mm d’ouverture. Encore une victoire pour canard !

Notre avis

Vous l’aurez sûrement compris, cette Cyma Military du club fermé de la Dirty Dozen représente le compromis idéal entre rareté (Grana) et prix (Longines) tout en conservant nombre de caractéristiques de la dernière nommée. Même si l’on pense que 20.000 de ces pièces ont été produites, ce qui en fait l’une des plus communes avec les modèles Omega et Record, cela reste une toute petite production en comparaison des pièces produites en série pendant plusieurs années.

CYMA - British Military

Ces modèles ont également la particularité d’avoir été extrêmement chargés en radium lors de leur sortie d’usine, pas exactement un bon point pour les femmes qui peignaient les index et humidifiaient leurs pinceaux entre leurs lèvres, je l’avoue. Pour les collectionneurs qui aiment les cadrans tropiques et les teintes chocolat, on the other hand… C’est clairement un bonus.

Pour les amateurs de détails techniques un peu “Geeks” dont je fais partie, les chiffres ne sont pas peints mais “electroplated” ce qui explique la bonne condition de ces cadrans par rapport à d’autres. De plus, le verre plexi est quant à lui maintenu par une bague interne supplémentaire à la lunette : étanchéité accrue. Un avantage certain lorsqu’on a comme projet de partir en guerre.

Une pièce à surveiller de près pour les amateurs de montres militaires. Un très beau bout d’Histoire que je verrais personnellement très bien à mon poignet. D’ailleurs notre ami Simon de Moonphase ne s’est pas trompé, l’exemplaire que je viens de vous présenter n’est autre que sa dernière acquisition. Pas la peine de le harceler (j’ai essayé), elle n’est pas à vendre. Pas encore du moins…