Les chronographes Hanhart font partie de l’histoire des chronographe-bracelets au XXe siècle. Quand on pense à ces derniers, il nous vient évidemment des montres au tonalités très militaires, mais également l’acteur Steve McQueen, qui fait partie des grands noms du XXe siècle. La marque de Montre Hanhart a décidé de lui rendre hommage très discrètement avec une nouvelle version de sa référence 417 ES. L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire de la marque, l’histoire de ses chronographes, et vous présenter cette jolie nouveauté en détails.
En 1882, Adolf Hanhart fait ses premiers pas dans l’horlogerie en fondant à Diessenhofen (dans le canton de Thurgovie en Suisse), un petit commerce d’horlogerie. Vingt ans plus tard, il transfère ce dernier à Schwenningen dans le Land de Bade-Wurtemberg en Allemagne, où les possibilités d’affaires se présentent sous un jour plus favorable, et surtout où il y a davantage d’horlogers à employer pour lui !
En 1920, il fait entrer dans la société son fils cadet, Wilhelm J. Hanhart, le propriétaire actuel, et ils procèdent à la transformation de l’entreprise qui désormais devient une industrie.
Les premiers produits qui sortent de ces ateliers encore modestes sont des horloges à pendule et des mouvements pour horloges et pendulettes. Malheureusement, la pression exercée sur les prix de ces articles, par une concurrence importante sur le secteur pousse l’entreprise à chercher ailleurs le succès. Et chez Hanhart, le succès s’appelle compteur, encore appelé « Stop Watch » et permettant de mesurer des temps très simplement. En simplifiant le calibre (notamment à l’aide d’un échappement à ancre goupille), Hanhart s’impose sur un segment où les prix sont relativement élevés. La pratique de sport en masse prenant de l’intérêt, celui des compteurs suit.
La période d’avant-guerre offrira les prémices de ce qui fera davantage connaître Hanhart : les montres-bracelet chronographes. En effet, la fin des années 1930 voit l’introduction du calibre 40 (d’inspiration Landeron) en format mono-poussoir, avant d’être rejoint par le calibre 41 et son double poussoir. Des montres qui, pendant la guerre, serviront principalement à équiper les forces allemandes de la Marine et de l’Air. On reconnait rapidement ces chronographes par leur petite seconde à neuf heures et leur totalisateur à trois heures, sans oublier les fameuses aiguilles « cathédrales » largement luminescente, au radium bien sûr ! Une des signatures d’Hanhart se trouve sur la lunette bidirectionnelle caractéristique type « coin edge » qui nous fait évidemment songer à la tranche cannelée d’une pièce de monnaie, sans oublier le petit repère rouge comme à l’origine. Autre signature essentielle chez Hanhart, un des poussoirs rouge, permettant de rappeler de faire attention en touchant au poussoir, qui pouvait tout remettre à zéro !
La marque aura beaucoup de difficultés à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, pour payer les réparations de guerre. À la fin des années 1940, Willy Hanhart est de retour, et à partir du début des années 1950, les affaires reprennent réellement, avec la fourniture de chronographes pour l’armée de l’air française, mais également l’armée de l’air allemande. C’est simple : Hanhart sera le seul manufacturier de montres pour l’armée de l’air allemande et de nombreuses parts de marché en Europe dans les années 1950.
Pour ce qui est des calibres chronographe, le développement continue avec le calibre 42 de 1957 et sa fonction retour en vol. Ce sont ces mêmes années que le design de la célèbre 417 ES prend racine au milieu des années 1950. Il faut savoir que la 417 E sera en métal chromé et la 417 ES en acier, car en allemand acier est traduit par « Edelstahl », qui en abréviation est utilisé en tant que ES. Elles seront au début produites pour l’armée de l’air allemande.
En parallèle, Hanhart continue toujours de produire ses fameuses « montres stop » en les remettant au gout du jour, ce qui amènera dans les années 1960 à la création du compteur « Amigo » et sa triplette de poussoirs colorés. Fait assez intéressant, Hanhart investira beaucoup sur ce segment, y compris pour développer certains systèmes de mesure pour quelques sports, en particulier l’athlétisme, la natation ou encore le ski ou le basket-ball. Le chronométrage ne s’arrête pas au sport mais sera également mis aux services de l’industrie pour de nombreux usages.
La référence 417 ES revient en 2020. Et pour célébrer aujourd’hui Steve Mc Queen qui a popularisé cette montre en la portant au quotidien (à côté de sa Rolex Submariner référence 5512), Hanhart a décidé d’en révéler l’essence. De très belles proportions de 39 mm de diamètre pour une épaisseur de 13,3 mm, avec une longueur corne à corne de 46 mm. On a le plaisir de retrouver les finitions que l’on aime sur le boitier, en particulier les fines cornes plutôt brossées avec leur petit chanfrein poli.
Le cadran conserve son bel équilibre et sa lisibilité, grâce à une typologie des chiffres respectées, en décalques blanches et recouverts de matière luminescente « old radium » (pour un hommage à la montre de Steve Mc Queen), de belles aiguilles à l’extrémité seringue elles aussi largement luminescentes, et toujours avec une petite seconde à neuf heures et un totalisateur des 30 minutes du chronographe à trois heures. Fait appréciable, sachant que de nombreux modèles parfois ré-édités ne présentent plus la même disposition, pour une raison évidente du type de mouvement employé. On remarquera évidemment que le principal changement se trouve sur la disposition de ces sous-compteurs davantage rapprochés du centre et plus petits que sur le modèle original, qui « mangeaient » la minuterie. Cela est dû au calibre utilisé à savoir un calibre Sellita mécanique à remontage manuel, que l’on peut observer à travers le fond saphir, en particulier la danse de sa roue à colonne bleuie. Je vous rassure le fond de Steve Mc Queen était lui plein !
Le petit plus de cette nouveauté, et qui s’adresse peut-être à un public amoureux de Steve Mc Queen, se rapporte aux détails de la montre.
Très discrètement à six heures on retrouve la signature de l’acteur, et la majorité des détails se trouvent en dehors de la montre sur la boite et son certificat de garantie qui semble venir d’un autre temps, comme le personnage hors norme de Steve Mc Queen qui ne rentrait pas dans le moule d’Hollywood et préférait les courses autos (ce qui va d’ailleurs lui inspirer le film LE MANS en 1971, en partie tourné pendant Le Mans 1970) ou moto, à la vie personnelle tumultueuse. Un grand collectionneur d’objets.
Une édition limitée à 300 pièces qui s’écoulent rapidement, au prix de 2890€, livrée avec un bracelet « bund ». J’avoue apprécier avoir comme excuse cette nouvelle sortie pour revenir sur l’histoire d’Hanhart, dont on ne peut se passer si l’on parle de chronographes au XXe siècle. La montre est contenue, bien faite, bien équipée avec son calibre, et les amateurs de Steve Mc Queen comme tous les autres pourraient bien se faire plaisir. Au fait, l’étanchéité est portée à 10 bar, ce qui devrait laisser les motards et leur trail la possibilité de quelques éclaboussures.