La surprise a été générale lorsque Breitling a annoncé avoir racheté la marque Universal Genève. Un rêve que de nombreuses personnes avaient eu envie de réaliser par le passé, en vain. Une marque qui me tient personnellement à coeur, ayant eu dans ma vie, et ayant encore, une attache forte à certaines pièces de l’histoire de la marque. Le moment est venu de vous présenter Universal Genève en plusieurs chapitres, et comme à notre habitude, il faut toujours donner un contexte historique, surtout quand il a été aussi riche que celui d’Universal Watch et Universal Genève.
Les débuts d’Universal Genève sont étonnants car la marque nait un peu comme naitrait un projet étudiant, mené par Numa Descombes (il est alors âgé de 31 ans) et Ulysse Perret (29 ans) en 1894 et au Locle. Attention, surtout au début, la marque ne s’appelle pas Universal Genève mais Universal Watch. La société se veut produite boitiers, cadrans, mouvements et autres types d’instruments. La même année, un brevet est déposé pour une montre à heures sautantes 24 heures.
La grande tristesse de cette histoire, c’est que Numa Descombes meurt en 1897. Louis Berthoud, alors proche des deux, rejoint l’aventure et la société se nomme “Perret et Berthoud”, tout en exploitant le nom Universal Watch.
En 1919, une première étape est franchie et les deux associés ouvrent une boutique à Genève.
Les années 1920 sont riches pour la marque. Du calibre « Auto Rem » automatique en 1925, à la pensée modèle cabriolet à la fin des années 1930 (probablement la première montre réversible avec calibre 8 jours de réserve de marche). Je dis « pensée » puisque les archives annoncent plutôt la date de 1933 pour le lancement avec un brevet en 1934, mais la tradition orale la place avant. Fait intéressant en 1929, ils enregistrent le logo du nœud marin qu’ils vont garder quelques années, pour la simple et bonne raison que les entreprises suisses étaient alors tenues d’avoir un logo en Suisse..
En même temps les années 1920, dans un autre registre, sont porteuses de montres bijoux, une idée qui sera toujours présente chez Universal Genève puisque la marque en produira quasiment pour 50% de sa production !
En 1933 c’est Ulysse Perret qui nous quitte et son fils Raoul qui prend la tête de l’entreprise. Les difficultés économiques battant leur plein dans les années 1930 et Universal n’étant guère épargnée, on regroupe les activités à Genève sous le nom de “Universal Watch Co Ltd Genève”.
La première foire de Bâle se déroule pour eux en 1934, quel évènement ! Ils présentent pour l’occasion le premier pan de leur axe chronographe avec la célèbre Compur, un chronographe à deux poussoirs équipé d’un calibre à double roue à colonne.
En acte de puissance montante, la marque prend le bâtiment entre Patek Philippe et Rolex au 43 rue du Rhône en 1935. Tout un symbole.
Toujours dans la veine du chronographe, et puisque les années 1930 sont riches de ces compteurs, on note en 1936 l’arrivée de deux nouveaux modèles, la Uni-Compax avec un totalisateur 45 minutes qui remplacera le Compur, et le Compax avec totalisateur des heures. D’ailleurs, cette montée en puissance du chronographe entraîne au début des années 1940 l’acquisition d’une nouvelle usine aux Ponts-de-Martel. Un lien avec la société reconnue MARTEL, qui produisait des ébauches de mouvements de chronographe pour Universal Genève et Zenith.
Roulements de tambour…c’est en 1937 que la marque prend le nom d’Universal Genève et que le logo iconique blason avec moitié roue et moitié cadran fait son apparition.
En 1942, c’est René Perret le frère de Raoul qui reprend l’activité. La société Henri Stern Watch Agency, l’importateur officiel de Patek Philippe, devient le distributeur officiel d’Universal Genève aux États-Unis, participant largement à son succès outre Atlantique à grands coup de marketing.
En 1944, la marque présente à Bâle son fameux Tri-Compax avec phase de Lune, triple calendrier et chronographe. une montre qui laissera durablement sa trace dans l’univers horloger. La marque va si bien qu’elle ouvre un nouveau site de production à Carouge sous le nom “Manufacture des montres Universal – Perret Frères SA”.
En 1948, Universal présente son calibre automatique à Bumper (qui se meut entre deux ressorts, d’où son nom) sous la référence 138 SS. Ce qui permettra à un jeune Gérald Genta de 23 ans d’offrir en 1954 la Polarouter (devenant juste après la Polerouter), montre commémorative des vols polaires de New-York ou Los Angeles jusque l’Europe. Les avancés de SAS (société qui réussit en 1952 le premier vol commercial avec l’avion ARILD VIKING de Los Angeles à Copenhague). Enfin en 1954 ils ouvrent officiellement la route Copenhague jusque Los Angeles par le cercle polaire en mettant 22 heures au lieu de 36.
En 1955 Universal Genève équipera ses montres avec son calibre 215 à micro-rotor, développé avec la société Buren et va permettre d’affiner sa Polerouter et de développer d’autres modèles comme les Polerouter Sub et Jet.
Les années 1960 et leurs recherches sur le quartz arrivent, et tout commence pour Universal Genève en 1962 en collaboration avec MOVADO, à Bâle en 1963, la marque peut présenter sa Polerouter Electric. Et dans un registre proche, la marque présente en 1968 sa Unisonic avec mouvement Diapason.
La vie du chronographe continuant, Universal Genève poursuit en rachetant les établissements Martel en 1963, et on voit alors apparaître des mouvements Valjoux dans les montres Universal. On pense évidemment au Compax avec Valjoux 72 que sont les « Nina Rindt » et autres « Clapton ».
Dans sa quête de montres fines, Universal pousse encore plus loin avec ses Golden Shadow, la montre la plus fine d’alors avec le calibre 66 de 2.5 mm d’épaisseur.
Même si Universal Genève s’est achetée une légitimité en produisant des montres à quartz et à diapason, la crise qu’elle traversera sera forte et poussera à son rachat par le groupe Stelux de Hong-Kong en 1989.
En 1993 une nouvelle société ouvre à Bienne pour relancer Universal Genève pour le 100ème anniversaire de la marque. D’ailleurs, la marque produira quelques dessins sympathiques pendant les années 1990, je pense aux chronographes notamment et même à quelques montres trois aiguilles avec de jolis boitiers anses lyre. Ces propositions ne seront pas suffisantes pour faire à nouveau décoller la marque. Après une proposition de rachat par Breitling en 2023, qui dans les faits n’était pas la seule société intéressée (mais c’est une autre histoire !), la marque prend un moment de réflexion, constituée par des boards différents, dont un comité de collectionneurs, ce qui permettra un relancement en grande pompe en cette année 2026, avec une proposition cohérente, bien pensée, dont je vous décrirais les moindre détails dans le prochain épisode.