Il est toujours difficile dans un seul article de raconter de façon exhaustive toute l’histoire d’un personnage comme André Galerne et de l’entreprise SOGETRAM qu’il a fait naître, tellement ces deux acteurs ont marqué l’histoire de la plongée professionnelle, et ce avant la COMEX.
C’est à la sortie de la guerre qu’André Galerne, avec l’aide de ses camarades, décide de créer un « clan » issu de son équipe de scouts qui avait pour but de pratiquer la plongée, de réaliser des films et des photos sous-marines.
Au fil du temps, cette activité devient de plus en plus importante. À partir de 1951, André Galerne prend contact avec le commandant Cousteau, et très vite ils découvrent dans la plongée une passion commune et dans l’exploration un but commun.
Au début de l’année 1952, André Galerne embarque à bord de la Calypso pour l’exploration du Grand Congloué au large de Marseille.
Au même moment, il enregistre les statuts de la Société Générale de Travaux Maritimes et Fluviaux (SOGETRAM), une coopérative ouvrière de production sous forme communautaire : la première entreprise de Plongée Professionnelle est créée.
Cette aventure, comme beaucoup à cette époque-là, ne s’est pas faite sans qu’il y ait malheureusement eu des accidents comme ce fut le cas pour Alain Justome en 1952.
En 1954 apparaît le sigle Sogetram, surnommé la « SOGÉ » et c’est en 1956 que le commandant Cousteau lui proposait de participer à l’expédition en mer rouge à l’occasion duquel sera tourné le film Le Monde du Silence, ayant reçu la palme d’Or à Cannes. André Galerne ne donna pas suite à cette proposition, se concentrant uniquement sur la création de son entreprise. Depuis les débuts de cette aventure, André Galerne utilise le scaphandre autonome Cousteau/Gagnan à commencer par le célèbre CG45.
Après la création de la SOGETRAM, les premiers contrats avec Électricité de France (EDF) et l’État sont signés pour travailler sur un certain nombre de barrages qui étaient en construction ou déjà construits, ou encore d’ouvrages d’art pour lesquels une intervention était nécessaire dans le cadre d’une plongée. La SOGETRAM travaille aussi avec des organismes de développement de la plongée comme le GERS et la Marine Nationale.
Très vite, les chantiers s’enchaînent, le nombre de plongeurs se multiplie et nécessite une organisation et des techniques de plus en plus pointues. C’est avec l’aide de certains militaires que les professionnels apprennent l’utilisation des matières explosives et détonantes. Nous retrouvons par exemple le nom de Robert Maloubier dit « Bob Maloubier » dans la liste des salariés pour l’année 1970.
Dans la poursuite de tous ses objectifs, c’est en 1958 qu’André Galerne décide d’acquérir le Moulin de Garennes-sur-Eure.
L’acquisition de ce site permet à la SOGETRAM de pouvoir créer un centre de formation pour les plongeurs professionnels, puisque jusqu’à ce jour rien n’était prévu dans le cadre de la formation. Tout cela donnera naissance plus tard à la CETRAVIM, qui sera transformée en Institut National de la plongée Professionnelle à Marseille, malheureusement fermé en 2024 et dont l’une des dernières missions fut celle de Laurent Ballesta avec le plus célèbre plongeur Théo Mavrostomos, aux « manettes » sur la barge.
Et les montres dans tout ça ?
Jusqu’en 1962, la SOGETRAM ne cesse de se développer et c’est alors qu’est décidé d’aborder les premières plongées profondes, grâce à ses liens tissés avec la Marine Nationale et le Groupe d’Études et de Recherche Sous-Marine de la Marine Nationale (GERS), l’entreprise et ses plongeurs se lancent alors dans une aventure leur permettant de battre les records de plongée.
Au même moment à Toulon, dans le caisson hydropneumatique du GERS, Hannes Keller établir un record à 300 m qui sera confirmé par des plongées réelles à 222 mètres dans le lac Majeur. Ce dernier est alors doté d’une montre Onsa Scaphandrier qui atteint 155 mètres, plus tard il rendra célèbre la Vulcain Nautical et il est aussi à l’origine de la création des premières tables de décompression.
L’équipe de la SOGETRAM, accompagnée par le médecin du GERS, décide d’entamer une campagne de test. Tout cela commence à Brest, le 24 janvier 1963. Ces premiers tests sont éprouvants, et quelques accidents sont à dénombrer sur des plongées à 100 mètres, mais c’est lors de ces séances qu’ils découvrent que l’on peut travailler à 100 mètres de façon aussi confortable avec de l’hélium qu’à 10 mètres à l’air. Puis le premier « vrai » test a lieu le 5 avril 1963, avec des plongées de démonstration en caisson qui duraient entre 2 et 10 minutes, aussi l’occasion de tester les paliers de décompression.
Le 11 avril 1963, la première plongée en caisson se fait à Bad Godesberg, à -250 mètres. Après cette exploit la marque Rolex décide d’offrir aux membres de l’équipe de plongeurs une série de Submariner référence 5512, Rolex avait déjà le sens du marketing !
Retour à Toulon, afin de tester une plongée à 100 mètres durant une heure, les essais dans les locaux du Gers auront lieu en octobre 1963.
C’est le 22 novembre 1963 que Pierre Grave est désigné pour une plongée au large de Villefranche. Il réalise une plongée à 102 mètres, mais ce qui reste impressionnant c’est le temps de plus de 4 heures pour la remontée. Malheureusement cet exploit fut totalement occulté par l’attentat de Dallas contre J.F Kennedy.
Des années 1960 jusqu’aux années 1980 la Sogetram a poursuivi son travail, mais a aussi doté un certain nombre de compagnie comme la COMEX de plongeurs expérimentés permettant d’accomplir des tâches jusqu’ici insoupçonnées.
La COMEX reprendra la SOGETRAM, cette dernière disparaîtra définitivement en 1999 puis en 2002 pour le Moulin de Garennes après une multitude d’aventures.
Mais revenons bien sûr, à ce qui nous occupe principalement, c’est-à-dire les montres qui ont été utilisées par les plongeurs de cette société. Contrairement à la COMEX, les plongeurs de la SOGETRAM ont utilisé, pour la plupart, des montres tout à fait personnelles ou assez rarement des montres allouées par la société.
Les plus marquantes sont bien sûr relatives à cette série de Submariner 5512 offertes et pour lesquelles vous pouvez voir le bon de livraison et les photos aux poignets des plongeurs.
Dans les marques utilisées on peut citer Rolex, Omega, Aquastar, Doxa, Maty, ou encore Tudor. Je voudrais m’attarder plus particulièrement sur deux modèles qui ont chacun une histoire assez intéressante.
Tout d’abord, cette Rolex 1665 dont l’histoire est assez étonnante
Cette montre a été confiée à un docker de Marseille à l’occasion d’un échange ou d’un paiement, cette dernière s’est ensuite retrouvée aux mains d’un collectionneur, le but était de la restaurer et bien sûr de retrouver son origine, sachant que la tâche était difficile dans la mesure où les seuls indices visibles étaient une année, un numéro frappé sur le fond et bracelet Rolex à quatre lames laissant penser que ce bracelet était utilisé pour passer par-dessus la combinaison lors des plongées.
Après de nombreux contacts du côté de Marseille, il n’y a aucune réponse claire qui puisse expliquer l’origine de cette montre.
Dans ces recherches, le collectionneur commence par interroger les anciens de la COMEX, puis de fil en aiguille retrouve cette compagnie, la SOGETRAM, et retrouve enfin le numéro d’un salarié qui était identique à celui de la montre, c’est-à-dire 309.
À la suite de cela, il lance ses recherches sur le groupe de la SOGETRAM via un réseau social et pose la question de savoir si quelqu’un connaissait cette personne possédant le numéro de badge 309…….
Après plusieurs semaines d’attente un message privé arrive de la part de l’épouse de ce monsieur, qui confirme que cette montre était bien la sienne et qu’il l’avait remplacé par une Omega Ploprof après avoir perdu son remontoir. Il avait fait son stage en 1977 à la CETRAVIM, malheureusement le plongeur était décédé en 1995 lors d’un accident de grue.
Aujourd’hui de cette montre de travail, il ne reste d’origine que le mouvement le boîtier et le bracelet, tous les autres éléments ayant été remplacés dans les années 2000 mais refrappés afin conserver l’historique de la montre.
L’autre modèle reste bien sûr une pièce majeure dans l’histoire de la montre de plongée, puisque ce n’est autre que l’Omega Ploprof, portée par de nombreux plongeurs de la SOGETRAM.
Cette montre a été acquise auprès d’un plongeur de la SOGETRAM ayant fait carrière au sein de l’entreprise, puis à la Normaed. Il a acquis cette montre entre 1969 et 1970, cette dernière disposait d’une couronne en plastique comme les premières productions qui s’avéra très peu étanche. C’est en 1971 que ce dernier la dépose chez un distributeur en Belgique, à la suite d’une immersion totale de la montre et une entrée d’eau par la couronne. Cette dernière ne fonctionnant plus, l’horloger dû changer le calibre et sans doute refaire le cadran à l’identique. Comme disait le plongeur « l’important c’est qu’elle donne l’heure » : il avait remarqué qu’il y avait toujours sa couronne rouge, désormais en métal.
Il a conservé cette montre sans l’utiliser durant plus de 20 ans après ses « exploits » Pour l’anecdote, lors d’un chantier dans le Nord de la France, cinq plongeurs avaient le même jour et dans la même boutique acheté cinq Ploprof, seuls 2 plongeurs les ont conservées jusqu’à aujourd’hui.
L’histoire de la plongée sous-marine est non seulement passionnante, mais raconte aussi l’approche qu’a été celle de l’être humain vis-à-vis de son environnement, pas toujours conscient de son impact.
De nombreuses sociétés ont été créées pour les plus célèbres nous retrouvons la Spirotechnique ou la COMEX mais aujourd’hui il est indéniable que l’origine de la plongée professionnelle, c’est bien la SOGETRAM.
