Peu de marques sont connues pour fournir des montres-outils de qualité professionnelle à prix raisonnable pour les unités militaires à travers le monde. En Europe, on peut citer CWC (Cabot Watch Company) et MWC (Military Watch Company) ; en Suisse, Victorinox et Luminox; en Asie, la très populaire G-Shock bien sûr et différentes versions de Casio; mais en Amérique du Nord, c’est surtout la marque canadienne Marathon qui s’impose, présente sur le marché depuis la période d’avant Seconde Guerre mondiale. Nous allons aujourd’hui découvrir cette marque pour la première fois sur Les Rhabilleurs à travers sa nouvelle CeraShell® Navigator Quartz, la dernière version de sa collection la plus populaire et la plus importante, la Navigator créée en 1986.
Une marque de montres dédiée aux militaires
C’est peut-être la première fois que vous entendez parler de Marathon, bien que la marque fut fondée en 1939 par un certain Morris Wein et qu’elle soit aujourd’hui dirigée par Mitchell Wein, représentant la troisième génération de dirigeants. Presque dès sa création, Marathon s’est lancée dans la fabrication de montres robustes et précises destinées aux forces alliées, et s’est depuis lors consacrée exclusivement à ce secteur, se spécialisant tout particulièrement dans les instruments de chronométrage militaires les plus courants comme les montres de terrain traditionnelles, les montres de pilote (navigateur), ainsi que les montres de plongée robustes utilisées par les unités des forces spéciales nord-américaines ainsi que celles d’autres pays. Cependant, si l’on devait résumer Marathon en une seule collection, ce serait la Navigator, qui s’inspire des montres de plongée polyvalentes des années 1970 comme la Benrus Type 2 conçues pour les Navy Seals et Army Rangers de l’armée américaine.
Comparer la Navigator à la Type 2 est un compliment et non une façon de minimiser l’importance de la meilleure collection de Marathon. En effet, la Navigator a été créée en 1986 en partenariat avec la base aérienne de Kelly au Texas afin d’équiper les pilotes d’un garde-temps lisible et fiable, capable de résister aux changements brusques d’altitude et de température, ainsi qu’aux secousses violentes subies dans un cockpit. La première Navigator était fabriquée en acier inoxydable pour sa robustesse légendaire, le verre était en hésalite antichoc, et le mouvement était un ETA quartz cal. F06 de fabrication suisse, d’une précision de -0,3/+0,5 seconde par jour, ce qui constituait une exigence technique essentielle. L’utilisation d’un mouvement automatique était hors de question bien que la technologie quartz était plutôt récente. Au fil des ans, Marathon a développé des versions en acier inoxydable de la Navigator, puis (enfin) des versions automatiques, à la demande des amateurs.
La Nouvelle CeraShell® Navigator Quartz
Avec l’arrivée des mouvements automatiques, notamment le Sellita SW200-1, ainsi que l’utilisation de boîtiers entièrement en acier inoxydable, les prix de la Navigator ont augmenté au fil des ans, ce qui a suscité un besoin (et un intérêt) pour une version plus abordable et plus fidèle de ce modèle phare de Marathon. C’est précisément ce qui rend la CeraShell® si intéressante à étudier, car grâce à elle, la marque canadienne est revenue aux sources de ce qui rendait la Navigator si unique à la fin des années 1980 : un boîtier composite en plastique biosourcé et poudre de céramique, à la fois léger et robuste, noir comme l’original, associé à un calibre à quartz antichoc et ultra-précis, le mouvement ETA F06.105 HeavyDrive Quartz, qui affiche une précision journalière de -0,2 à +0,5 secondes, ainsi qu’un cadran ultra lisible. Nous reviendrons plus en détail sur le design et les caractéristiques techniques de la Navigator, mais sachez d’ores et déjà que la CeraShell® vous coûtera 550 € TTC.
La référence faite précédemment à la Benrus Type 2 était tout à fait justifiée, car la Marathon Navigator partage certains détails de conception avec ce modèle et que la première a précédé la seconde. Citons par exemple la lunette à double échelle, dotée d’une échelle GMT de 12 heures (conçue à l’origine pour les soldats américains) et de traits distincts marquant les 20 premières minutes, ce qui permet de connaître l’heure dans un deuxième fuseau horaire et de chronométrer un événement de 20 minutes de façon précise. Le boîtier asymétrique est un autre trait visuel qu’elles ont en commun, garantissant que la montre reste bien en place au poignet et que le côté droit du boîtier forme naturellement des protège-couronnes. Au-delà de cela, Marathon a créé une disposition de cadran unique qui est restée inchangée depuis les années 1980, ce qui témoigne de son intemporalité et de son classicisme. Comme la Navigator fut conçue pour des pilotes son cadran devait être aussi lisible que possible.
Un design à la hauteur de sa nature
Au-delà du nouveau matériau utilisé pour le boîtier, la Navigator est d’une lisibilité exceptionnelle. L’heure est indiquée par trois aiguilles blanches : deux aiguilles de type « seringue » pour les heures et les minutes, et une autre fine pour les secondes, dotée d’un triangle luminescent. En dessous, un cadran noir sert de base à douze chiffres arabes imprimés en blanc, accompagnés d’une échelle militaire de 24 heures plus petite imprimée vers l’intérieur, ainsi que de tirets simples pour les minutes. La particularité de la Marathon Navigator réside dans l’utilisation de tubes au tritium auto-luminescents pour une lisibilité nocturne, ce qui explique les indications « H3 » et le symbole de radiation de part et d’autre du pignon (elle passe les contrôles de sécurité à l’aéroport avec) que Marathon utilise depuis des décennies. Les tubes sont visibles à côté de chaque chiffre arabe, sur les aiguilles des heures et des minutes, ainsi que placés verticalement à l’intérieur du triangle de la lunette.
Le boîtier est lui aussi resté pratiquement inchangé au cours des dernières années, mais Marathon a apporté quelques modifications ici et là pour l’améliorer encore davantage. (Je le compare à une Navigator en acier que j’ai essayée l’année dernière.) Par exemple, la lunette a été élargie et surélevée par rapport au boîtier central, ce qui la rend plus facile à saisir et à faire tourner, notamment pour les pilotes portant des gants, et ce qui fait de son utilisation un véritable plaisir pour nous tous, simples civils. Les index de la lunette sont également plus profonds et remplis de peinture pour une meilleure lisibilité, cette dernière étant un thème récurrent avec ce modèle. Les cornes ont été rétrécies pour améliorer le confort au poignet, ce qui est d’autant plus perceptible que le boîtier en composite est très léger (53 g avec le bracelet en nylon fourni), ce qui le rend en effet très agréable à porter. À ce propos : le boîtier mesure 41 x 48 x 11,5 mm et présente un entre-cornes de 20 mm.
Fabriqué selon les normes les plus strictes
À chaque nouvelle version de la Navigator, Marathon perpétue la tradition de proposer aux professionnels une montre-outil extrêmement robuste. Comme on le sait, le boîtier est fabriqué à partir d’un plastique biosourcé léger et de poudre de céramique, que la marque a associés à une lunette en aluminium et à un verre saphir synthétique capable de résister à des variations extrêmes de pression atmosphérique, jusqu’à 10 668 mètres d’altitude et 60 mètres sous la surface. Le mouvement à quartz ETA F06.105 HeavyDrive qui équipe cette montre est extrêmement précis et facile d’entretien, puisqu’il est complété par un compartiment au dos du boîtier permettant à quiconque de remplacer facilement la pile. Et les tubes au tritium qui assurent la lisibilité nocturne ne brillent pas aussi intensément que la meilleure version de matériau luminescent phosphorescent disponible sur le marché, mais ils brillent de manière constante et continueront de le faire pendant au moins un quart de siècle tout de même.
Ce que je préfère, c’est sans doute la lunette bidirectionnelle à 90 crans, qui offre une sensation de clic très nette.
Conclusion
De la première version de la Marathon Navigator, livrée en 1986 aux pilotes de l’armée de l’air américaine, au modèle CeraShell® que nous avons examiné en détail aujourd’hui, la marque canadienne a bouclé la boucle tant sur le plan technologique qu’esthétique pour offrir à la toute dernière version de son modèle emblématique l’authenticité la plus pure, tout en continuant à l’associer à une technologie de pointe. Cette nouvelle version est également la plus abordable bien qu’elle soit la plus avancée, ce qui en fait un choix incontournable pour tout amateur de montre-outil militaire digne de ce nom. À 550 € TTC, c’est une excellente offre et un petit morceau d’histoire horlogère à la portée de la plupart des passionnés. À noter qu’elle existe également en version avec date!
