Bulova Accutron Histoire de l'Accutron, le diapason de Bulova

Bulova Accutron Histoire de l'Accutron, le diapason de Bulova

Les lettres de noblesse de l’horlogerie s’écrivent avec des montres mécaniques, cela ne fait aucun doute. Mais pour autant, certains modèles électriques font exception. Que ce soit par leur mécanisme révolutionnaire, ou par leur importante dans l’histoire de l’horlogerie moderne, ils méritent bien mieux qu’un regard quelque peu dédaigneux de la part des amateurs avertis. Et sans aucun doute, la Bulova Accutron fait partie de cette catégorie.

Bulova, made in New-York

Bulova est créé en 1875 à New-York par Joseph Bulova, un immigré d’Europe centrale, arrivé six ans plus tôt. L’atelier d’horlogerie d’origine connaît un certain succès et en 1912, Bulova inaugure de nouvelles installations en Suisse, à Bienne. L’entreprise poursuit sa croissance, ouvre de nouveaux locaux à New-York, et aborde les années folles le vent en poupe. Bulova dévoile alors des modèles art-déco très réussis, qui sont soutenus par une stratégie marketing moderne et avant-gardiste, touchant tous les médias : presse papier, radio, puis télévision à partir des années 40. Sans oublier des partenariats avec des célébrités de l’époque, comme Charles Lindbergh, le premier homme à avoir traversé l’Atlantique en avion en solo, en 1927.

Ainsi, au sortir de la seconde guerre mondiale, Bulova est en pleine santé. Ses installations se trouvent à New-York et en Suisse, deux territoires épargnés par le conflit. Les États-Unis connaissent une formidable croissance, et l’électricité se développe autant qu’elle se démocratise. Et les ateliers d’horlogerie comptent bien en profiter ! Les Américains de Elgin et les Français de LIP se lancent dans des recherches sur les mouvements électriques, et présentent même des prototypes, mais se font damer le pion par Hamilton, qui sort en 1957 la première montre électrique de série : l’Hamilton Electric. Mais pendant ce temps, Bulova ne reste pas les bras ballants. En 1950, la compagnie new-yorkaise engage un brillant ingénieur suisse, Max Hetsel, qui va changer la donne. 

Max Hetsel, le père de l’Accutron

Max Hetzel naît à Bâle en 1921. Et première particularité : il n’est pas horloger. Il est ingénieur. Il se forme à l’École Polytechnique Fédérale de Zurich en Recherche et Développement. Il débute sa carrière chez Bulova dès 1950, à la succursale de Bienne. Il y travaille d’abord sur l’automatisation de l’usine, avant de se pencher sur un tout autre programme : la conception d’un calibre électrique, pour le premier modèle électrique de la marque. Hetzel développe alors le calibre 214, qui sera utilisé pour l’Accutron, et pour lequel sont déposés une vingtaine de brevets. 

Après ce coup de maître, Hetzel rejoindra le CEH (Centre Electronique Horloger) et participera aux recherches du fameux calibre “collaboratif” suisse à quartz, le Beta 21. Enfin, il travaillera pour Omega, toujours dans le domaine des montres quartz, en y développant un micro-moteur extrêmement ingénieux, baptisé “la souris”, utilisé dans les calibres 1220/1230, et qui donnera lieu à l’Omega Megasonic 720Hz, en 1973.

Le calibre 214, un mécanisme révolutionnaire

Par rapport aux premiers modèles électriques de LIP, Elgin ou Hamilton, l’Accutron représente un véritable bond en avant. En effet, elle n’utilise pas un balancier classique, qui n’apporte pas un gain de précision flagrant selon Max Hetzel. Au contraire, l’ingénieur suisse décide d’associer une toute nouvelle technologie, le transistor, à un diapason. D’un point de vue technique, la pile alimente les transistors et le courant passe par deux bobines. Chacune d’entre elles contient environ 80 mètres de fil de cuivre aussi fin qu’un tiers de cheveu humain.

Les deux bobines entourent les aimants situés de part et d’autre du diapason, le faisant vibrer sous l’influence du champ magnétique induit, à une fréquence de 360Hz (au lieu des 3 ou 4Hz des montres mécaniques classiques de l’époque). Ces vibrations entraînent ensuite la roue à index, qui mesure 2.4 mm de diamètre et possède 320 minuscules dents, et qui actionne à son tour le reste du mouvement. 

La Bulova Accutron “Spaceview” de 1960

Côté design, l’Accutron frappe aussi un grand coup. Pour mettre en valeur le mouvement innovant et ses différents composants, Bulova choisit de ne pas mettre de cadran. Ainsi, à la manière d’une montre squelette, l’Accutron laisse admirer sa mécanique.

Et pour enfoncer le clou, le calibre 214 fait dans la couleur, avec ses deux bobines oranges, son diapason gris et ses larges ponts verts. Même l’inscription “Bulova Accutron” est reléguée à 8h, pour ne pas obstruer la vue. Une configuration qui vaudra à cette Accutron le nom de Spaceview. Quant au boîtier, il adopte une forme ronde très classique, de 36 mm de diamètre. 

Un immense succès commercial 

Même si l’Accutron n’est pas à proprement parler la première montre électrique au monde, c’est bien elle qui marquera l’histoire. La montre bénéficie d’une campagne marketing de grande ampleur, avec son slogan :

So revolutionary, so accurate, it’s the first timepiece in history that’s guaranteed 99.9977 accurate on your wrist.

(si révolutionnaire, si précis, que c’est la première montre de l’histoire qui garantit une précision à 99,9977% à votre poignet).

Elle fait même la couverture du fameux Times magazine ! Et le succès commercial est au rendez-vous, puisque Bulova écoule plus de 4 millions d’exemplaires d’ici 1973.

Des avantages concrets

Le principal avantage de l’Accutron est bien évidemment sa précision démoniaque comparé aux standards de l’époque. C’est d’ailleurs écrit dans son nom : Accutron, pour Accuracy through Electronics, (la précision par l’électronique). La montre ne dérive que de 2 secondes maximum par jour ! Ainsi, plus besoin de couronne pour régler l’heure : celle-ci est alors reléguée au dos de la montre. Par ailleurs, le calibre 214 n’est composé que de 27 pièces dont 12 seulement sont mobiles. Par conséquent, il est bien moins dépendant de la lubrification qu’un mécanisme mécanique, car il possède beaucoup moins d’engrenages. Il est aussi moins affecté par les conditions extérieures, et par la gravité. En somme, c’est une montre parfaite pour accompagner les hommes dans leurs aventures les plus extrêmes… jusque dans l’espace !

Une carrière spatiale exceptionnelle

Quand on parle de Bulova et de conquête spatiale, le premier modèle qui vient à l’esprit est sans doute le chronographe dit “Lunar Pilot”. Mais l’Accutron n’est pas en reste, loin de là. On la retrouve au poignet de nombreux astronautes en tant que montre personnelle, en plus de l’Omega Speedmaster de dotation. Il s’agit alors d’une version dite “Astronaut”, c’est-à-dire avec une lunette 24H, très utile dans l’espace. Mais ce n’est pas tout : la technologie de mécanisme à diapason est aussi utilisée dans plusieurs instruments de mesure embarqués sur les appareils de la NASA. En parallèle, les pilotes de l’US Air Force engagés dans le programme de fusée X-15, entre 1690 et 1968, font eux aussi confiance à la montre de Bulova pour mesurer leurs records successifs. 

Ainsi, l’Accutron connaît une très belle carrière spatiale, avec pas moins de 46 missions NASA à son actif, et environ 2000 pièces ou équipements concernés. Et le fait que le directeur de Bulova entre 1958 et 1973 soit Omar Bradley, ancien général de l’armée américaine très renommé et ex chef d’état major du Général Eisenhower, n’y est certainement pas pour rien.

Enfin, d’une manière plus plus terre à terre, l’Accutron devient également la montre officielle des chemins de fer américains. Et elle fait même partie des cadeaux diplomatiques offerts par le président Johnson aux hommes d’états étrangers. 

Un bruit caractéristique

Étonnamment, l’Accutron est aussi une montre qui “s’écoute”. En effet, la vibration du diapason produit un petit bourdonnement caractéristique. Mais cela va plus loin. Étant donné que l’on connaît la fréquence exacte du diapason, ce bourdonnement peut servir de référence musicale. Comme un diapason de musique, en somme. Sauf qu’au lieu de donner le la, celui-ci donne une note qui correspond à 360Hz, entre le Fa et le Fa#. Enfin pour l’anecdote, cette particularité trouve même une certaine utilité chez les chanteurs juifs pendant le shabbat. En effet, l’utilisation d’un diapason musical est alors déconseillée, car cela ressemble à un instrument de musique. Et l’Accutron, avec son bourdonnement audible en Fa#, fait alors office de diapason musical. 

Fin de carrière 

Bulova cesse de produire l’Accutron en 1977. La technologie à diapason est dépassée par les mouvements à quartz, plus fiables et moins coûteux. Mais elle fait son come-back en 2010, à travers la Precisionist, puis en 2014 avec l’Accutron II, dotée d’une toute nouvelle technologie cadencée à 262KHz.

Et aujourd’hui ?

L’ Accutron est une montre très importante dans l’histoire horlogère.

Mais pas seulement : c’est une montre unique par son mécanisme, son design, et sa sonorité ! Et si les modèles d’époque sont parfois difficiles à trouver et à entretenir, pourquoi ne pas craquer pour une version moderne ? Sous le nom Spaceview 314, Accutron (ne soyez pas surpris si nous ne renvoyons pas sur le site actuel Bulova, il semble que « Bulova » et « Accutron » soient devenue deux sociétés différentes, et que les pièces de qualité comprenant l’Accutron se trouvent sur le site Accutron) commercialise des rééditions très fidèles du modèle original. De quoi vibrer aux rythme d’une montre exceptionnelle.

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