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Le foulard Un accessoire de panache

Dans une époque qui a mis au placard l’inutile, ou qui tente de le faire, porter une cravate relève déjà d’un certain courage et d’une indépendance d’esprit notoire. Mais ce petit bout de tissu qu’est le foulard, sujet de cet article, requiert autrement plus de panache, tant il est décrié aujourd’hui. A croire que, de l’écharpe au bandana, l’acceptation sociale d’un accessoire est proportionnelle à la quantité de tissu qu’il nécessite. Je n’aborderai donc même pas ici le sujet du noeud papillon.

Revenir trop longuement sur l’origine du foulard et ses différents avatars serait non seulement fastidieux mais également redondant, une abondante littérature existant déjà sur le sujet. Au-delà de son héritage supposé issu des mercenaires croates de Louis XIII — donnant naissance au mot cravate, il faut retenir qu’il s’impose en même temps que l’homme se dénude. Au XXème siècle, la chemise, considérée jusque-là comme un sous-vêtement, prend le dessus. Par pudeur tout de même, ou plus sûrement se protéger des courants d’air, le foulard s’émancipe, notamment dans les classes populaires. Il acquerra ses lettres de noblesses grâce aux Apaches, ces bandes violentes qui terrorisaient la capitale au début du siècle dernier. Drôle de destin pour un accessoire qui, cinquante ans plus tard deviendra l’emblème du vieux-beau bourgeois.

Le gang des Apaches

Mais entre les deux extrémités de ce balancier stylistique, le foulard a heureusement été mis à l’honneur par de bien plus illustres représentants — Fred Astaire, Paul Belmondo, Steve McQueen ou Alain Delon, pour ne citer qu’eux. Chacun, avec son propre style, a montré qu’on aurait tort de ranger définitivement cet accessoire dans le tiroir des importables, entre le monocle et le sac banane.

Large, en twill de soie, carré, en coton imprimé, uni ou à motifs, le foulard est protéiforme. Sa simplicité est garante de sa versatilité. Il peut, selon le tissu, la couleur, le type de noeud, être tout à fait informel, façon bandana de cow-bow ou au contraire plus habillé. Il se porte l’hiver, sous un pull col rond, comme l’été pour protéger son cou du soleil. Mais sa constante est d’apporter un peu de gueule a une tenue qui pourrait en manquer autrement.

Le foulard en soie, en réalité plus proche de l’ascot que du bandana, est peut-être plus difficile à porter, tant on l’a vu, dans les années 90, mal assorti avec des blazers aux boutons trop brillants sur des bourgeois aux cheveux trop teints, amateurs de séances d’UVs trop longues. Ce cliché encore bien présent dans les esprits a définitivement torpillé des décennies d’élégance masculine empruntes d’understatement. Pourtant, pour qui sait en faire bon usage, ce type de foulard est d’un grand intérêt. Et ce bon usage tient en trois choses : un motif et des couleurs subtiles, un volume restreint, et la capacité à le porter comme si de rien n’était. Le Journaliste américain Bruce Boyer, qui est un adepte du genre, le maîtrise parfaitement.

Le foulard - Bruce Boyer - Crédits : The Hogtown Rake

Le foulard en coton, en lin, ou de manière générale dans un tissus à l’aspect moins brillant, plus imprégné des univers populaires des westerns, des apaches, ou des voyageurs de grand chemin, n’a pas l’inconvénient de son cousin en twill de soie. De nature plus modeste, il se porte plus facilement, presque à l’abri de paraître prétentieux. L’imaginaire qu’il véhicule, mais également son volume plus restreint, et les façons de le nouer — généralement un simple noeud plat porté sur le devant — font qu’il s’accommode parfaitement avec une tenue décontractée, été comme hiver. Le terrain de jeu n’en est que plus vaste.

Le Bandana, avec son imprimé célèbre, en est l’expression la plus iconique, mais de nombreuses variantes sont possibles. Si les écueils restent nombreux, le plus grand reste, comme souvent en matière de style, le naturel avec lequel on le porte.

Sous toutes ses formes, le retour du foulard est annoncé à peu près chaque année par quelques agences de tendance en mal d’inspiration, tel un serpent de mer fashionable. Certaines marques s’y essayent, parfois avec bonheur (on peut penser à Drakes ou Ovadia & Sons en 2013), mais le naturel pour le moins discutable des mannequins rend la chose difficile. Les meilleurs exemples, on les trouve souvent au hasard des rues, ou à travers le regards de photographes observateurs. Car non seulement le foulard se fait rare, et dans une certaine mesure, tant mieux, mais il est tellement lié à l’attitude de celui qui le porte, qu’une photo studio fait rarement opérer la magie. Il faut que ses plis se fassent naturels, aléatoires, patinés.

Enfin le foulard tire beaucoup de son charme du paradoxe suivant : inévitablement, on le remarque, il attire les regards, mais celui qui le porte doit, pour le faire avec grâce, totalement oublier sa présence. Un jeu peu évident, mais dont le résultat vaut assurément la chandelle.

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