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La montre uchronique Selon Jaeger-LeCoultre

La montre Couteau Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin Kingsman, développée pour la préquelle de la série cinématographique Kingsman, apporte une lecture utopique de la grande histoire horlogère. Retour vers le passé du futur.

Que serait-il advenu dans l’histoire horlogère si la manufacture LeCoultre avait conçu, au tournant de la Belle Epoque, une montre bracelet élégante et sportive pour un homme épris d’action ? Si un aristocrate britannique, fondateur d’un service de contre-espionnage et pionnier du parachutisme, s’était tourné vers l’horloger suisse avant qu’un aviateur brésilien ne demande à son ami de la rue de la Paix de lui faire une montre à porter au poignet pour piloter ses aventureuses machines ? Avec des « si », il s’agit désormais de bien plus que de mettre des villes en bouteilles…

Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin Knife

L’art de réécrire l’histoire

Prisée des auteurs de fiction, l’uchronie est une réécriture utopique de l’histoire. Ce procédé, riche en conjectures, enchante lecteurs et spectateurs par cette forme de fantaisie plausible, à défaut de crédible, qu’il apporte à la narration. Blaise Pascal, dans ses Pensées (relire la numéro 90) avait déjà prévenu : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé ».

Peut-être aurait-ce été le cas aussi de la Première Guerre mondiale, de l’assassinat du Tsar de Russie… Les bolcheviques n’auraient peut-être jamais pris le pouvoir et les Allemands n’auraient pas eu envie de revenir sur le Traité de Versailles. Nazis et communistes soviétiques n’auraient pas massacrés des millions de personnes. L’équilibre du monde aurait alors pu être assuré par une ligue de gentlemen britanniques déguisés en respectables tailleurs de costumes sur-mesure.

Nul besoin d’O.N.U. à New-York puisque la paix ne tiendrait qu’à un fil, finement cousu main sur Savile Row, au cœur de Londres. Tel est, à peu près, le pari de Matthew Vaughn et Karl Gajdusek pour leur nouveau film, The King’s man : première mission, avec Ralph Fiennes, Gemma Arterton, Matthew Goode, Tom Hollander ou Charles Dance. Une histoire revenant sur les origines de l’agence Kingsman et complétant par un retour dans le passé les deux premiers épisodes de cette série basée sur la bande dessinée The Secret Service de Mark Millar et Dave Gibbons.

L’improbable rencontre du classicisme et de la high tech

Le succès de la série Kingsman tient à la recette bien corsée du cocktail offert par ces films, à mi-chemin entre films d’espionnage classiques, avec méchants mégalomanes et justiciers tirés à quatre épingles, et parodie déjantée riche en gadgets high tech et effets spéciaux numériques. Des deux genres, ils entendent marier, sinon le meilleur, du moins le plus spectaculaire avec une désinvolture réjouissante.  Si, à l’évidence, les auteurs ne se prennent pas totalement au sérieux, ils savent que la réussite de leur entreprise repose sur une qualité de fabrication remarquable. Une fois de plus, ce sont les détails qui comptent.

Pour cette nouvelle aventure en forme de prolégomènes – dont la sortie sur les écrans, initialement prévue cet automne, a été une nouvelle fois repoussée, probablement pour 2021 – ils se sont tournés vers la manufacture Jaeger-LeCoultre afin de concevoir une montre spéciale, en adéquation avec les personnages et l’époque évoquée.

Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin Knife

Avec un rare sens de l’équilibre, la maison horlogère, et plus précisément Lionel Favre, son directeur artistique, ont su proposer une montre aux codes actuels, jonglant avec l’héritage, évoquant la période dans laquelle se place l’action, sans pour autant singer une hypothétique montre militaire pseudo ancienne.

Dans les riches archives de la maison, Lionel Favre a retrouvé une intéressante montre de poche LeCoultre de 1907 dont le profil souple et svelte, légèrement bombé, ressemble à celui d’une lame de couteau ; parenté qui lui vaudra son surnom. Sur cette pièce historique, la couronne de remontoir, à midi, était protégée par un arc triangulaire. Ces éléments de style se retrouvent dans la montre créée pour le film. Ils se marient à une exécution des plus contemporaines du cadran, ponctué d’un chemin de fer de minuterie, d’index effilés aux proportions actuelles et d’aiguilles bleutées.

Les dimensions de l’ensemble, avec un boîtier de 40 mm de diamètre, sont, elles aussi subtilement utopiques car une montre bracelet n’aurait pas osé, dans les années 1910, cette mesure propre aux montres de poche. Tel est bien l’intérêt de cette pièce façonnée en or rose et gravée au dos de la boîte de l’insigne des membres de l’agence Kingsman. Plus que le décompte de la série limitée de 100 exemplaires, l’amateur de chiffres sera surtout attentif aux mesures données par le pied à coulisses. En effet, cette montre se distingue par sa délicieuse finesse, avec une hauteur sur le poignet de seulement 4,25 mm. Une finesse assurée par le calibre 849 à remontage manuel ; lequel n’a que 1,85 mm d’épaisseur.

Tout en finesse : une habitude de la Grande Maison

Cette nouvelle montre extra-plate ne vise pas le record de la pièce la plus mince de la « Grande manufacture », toujours détenu par la Master Ultra Thin Squelette de 2015, ne mesurant que 3.6 mm d’épaisseur, mais vient s’inscrire avantageusement dans la belle et longue histoire des montres extra-plates de la manufacture du Sentier.

Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin Knife

Si ce n’est pas forcément l’un des sujets les plus mis en avant, l’extra-plat est bien l’un des domaines d’excellence traditionnelle de Jaeger-LeCoultre. D’autant plus qu’il s’agît de l’une des pierres angulaires et fondatrices de l’aventure croisée ayant donné naissance à la marque dans sa configuration actuelle.

En horlogerie, la minceur est depuis longtemps un signe de distinction et de raffinement. Un gage d’élégance permettant d’induire immédiatement la performance technique puisque, à l’évidence, minutie et miniaturisation sont nécessaires pour y parvenir. C’est donc assez naturellement la voie que prend Edmond Jaeger à partir de 1903. Connu pour ses robustes chronomètres de marine, l’entrepreneur français souhaite conquérir une clientèle exigeante, habituée à fréquenter les joailliers de la rue de la Paix et de la place Vendôme. S’il entend se charger des boîtiers, il décide de se tourner vers une figure de l’horlogerie suisse pour les mouvements : Jacques-David LeCoultre. De leur association vont naître les calibres mécaniques les plus plats au monde. Ils s’y exercent en dévoilant le calibre LeCoultre 145, prévu pour les montres de poche en 1907 ; année de référence de la montre « Couteau » ayant servi d’inspiration à la montre Kingsman. Avec 1,38 mm d’épaisseur, ce mouvement 145 reste le plus plat du monde dans sa catégorie. Une prouesse, inédite à l’époque, qui assurera aux deux associés une très grande réputation internationale, tout comme leurs mouvements fins à complication, tel, par exemple, le calibre LeCoultre 17/18RMCCVEP, un chronographe à répétition minutes d’à peine 3,55 mm d‘épaisseur créé vers 1910.

Depuis, la Grande Maison n’a jamais cessé de produire des montres fines. En 1953, le calibre 803 ne mesure que 1,64 mm d‘épaisseur. Il sera suivi, dix ans plus tard, par le calibre 838, doté d’un système antichoc. Dans les années 60, en parallèle des Memovox, les modèles extra-plats sont d’ailleurs parmi les plus prisés de la clientèle fidèle à Jaeger-LeCoultre. Le calibre à remontage manuel 849, de 1994, ne mesurant pas plus de 1,85 mm d’épaisseur, qui équipe la série limitée « Kingsman », est aussi à signaler.

Au milieu des années 70, tandis que la mode est aux mouvements à quartz, la manufacture se distingue par des mécaniques automatiques haute fréquence. Lancé en 1976, le calibre 900, haut de seulement 3,25 mm, bât à 28 800 a/h. Le calibre automatique 896, de 3,98 mm d’épaisseur seulement, équipant notamment la Master Ultra Thin Small Second a pris sa succession.

Jaeger-LeCoultre Master Ultra Thin Knife

En 2011, Jaeger-LeCoultre fêtait dignement les 80 ans de son modèle Reverso avec une superbe exécution baptisée Reverso Ultra Thin Tribute to 1931, servie par le calibre 822, un mouvement mécanique à remontage manuel de 2,94 mm d’épaisseur seulement. Une mécanique fine motorisant aussi la Grande Reverso Ultra Thin 1948, présentée en 2014 et ne mesurant que 7,3 mm d’épaisseur. Les amateurs noteront aussi que les pièces rares à grandes complications bénéficient régulièrement d’une cure de minceur, comme ce fut notamment le cas en 2014 avec la montre à répétition minutes Hybris Mechanica 11 ne mesurant que 7,9 mm d’épaisseur. Il serait dommage de faire table rase du passé, n’est-ce pas ?

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