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Aubercy Une maison singulière

Au coeur du 2e arrondissement de Paris, la galerie Vivienne, créée en 1823 d’après les plans de Delannoy, continue d’attirer de nombreux passants et touristes près de deux-cents ans après son inauguration. Sa verrière et ses mosaïques d’une grande beauté, à la fois sobres et élégantes, ainsi que ses commerces réputés en font rapidement un lieu apprécié de la bourgeoisie parisienne. Autre particularité de l’endroit, c’est au numéro 13 de la galerie qu’habita un temps le célèbre Vidocq, ancien forçat devenu le policier le plus craint de Paris au début du 19ème siècle. 

Mais si les raisons de venir se promener du côté de la galerie Vivienne sont nombreuses, il en est une particulièrement chère à mes yeux, à quelques mètres de là : la maison Aubercy, sise au 34 de la rue du même nom. D’ailleurs, pour de nombreux amateurs de beaux souliers, ce nom méconnu du grand public suffit pour motiver la traversée de Paris, de la région, voire pour certains clients déraisonnables, du globe. Pourtant, l’endroit est discret, presque anonyme pour peu que l’on y prête guère attention, à l’encontre de bien des boutiques modernes cherchant toujours plus à attirer le passant à grand renfort de musique trop forte et de parfum bon marché. Ici, le parfum est celui du temps qui passe depuis presque un siècle sur les boiseries de la boutique. Par son style, son esprit d’indépendance, et sa grande discrétion, la maison Aubercy fascine autant qu’elle surprend. Retour en arrière sur l’histoire d’un bottier bien singulier dans l’univers feutré des beaux souliers. 

Fondée en 1935 par André et Renée Aubercy, la maison éponyme est avant tout une affaire de famille. Celle d’un couple d’abord, qui décide de se lancer dans « l’aventure entrepreneuriale » comme on dirait aujourd’hui. Poussé par l’amour des beaux objets et en premier lieu de la chaussure, André va travailler à mettre au point le savoir-faire et le style qui bientôt se fera connaître dans la haute société parisienne. Son ambition est de proposer un prêt-à-porter — ou plus exactement un prêt-à-chausser — de très grande qualité à un prix « honnête », notion malheureusement désuète mais pourtant si importante chez les Aubercy. Cuirs de veau pleine fleur, trépointes cousues main, coutures cinq points par centimètres doublées, régularité du fraisage, onze longueurs et huit largeurs disponibles, tous ces détails qui n’en sont pas sont pensés pour que la chaussure puisse vieillir avec élégance et pour de nombreuses années, tout en préservant leur solidité et leur confort. Face au succès grandissant, certains modèles deviennent vite emblématiques du style Aubercy. Entre autres, on trouve le Swann, un Richelieu à bout rapporté avec sa fameuse double couture, le André, un derby deux oeillets racé, et bien sûr le Lupin, un mocassin dont la bride doublement ajourée peut faire penser au masque du célèbre Gentleman Cambrioleur. 

Située non loin de la bourse de Paris et de la Comédie Française, la boutique va rapidement accueillir une clientèle éclectique, parmi lesquels des politiciens, des hommes d’affaires, des comédiens, mais aussi des anonymes séduits par l’accueil chaleureux que leur réserve André et Renée. Et c’est peut-être cela plus encore qui fera le succès de la maison ; la simplicité, la passion communicative et la bienveillance sont les maîtres-mots de cette famille aujourd’hui encore. 

Grandissant au milieu des peausserie et des souliers, leur fils Philippe se destine naturellement à reprendre le flambeau. C’est ce qu’il fera dans les années 70 avec sa femme Odette, amoureuse elle aussi de ce métier depuis ses quinze ans. Ensemble, ils préserveront et développeront l’héritage familial, toujours au 34 de la rue Vivienne. D’abord, c’est une ligne de soulier pour femme qui verra le jour, revisitant avec grâce les modèles emblématiques de la maison. Puis rapidement, une ligne « mesure », permettant de faire façonner une forme spéciale pour soi, et une ligne « grande mesure », plus exclusive encore puisqu’à l’instar de la haute-couture pour les femmes, elle permet de donner corps à n’importe quelle envie ou idée en créant un modèle absolument unique. Enfin, ce sont la maroquinerie et la bagagerie, créés dans le même souci de qualité que les souliers, qui viendront enrichir l’offre de la maison Aubercy. 

Toujours mus par la passion qui les habite depuis plus de soixante ans maintenant, Philippe et Odette sont encore souvent dans la boutique qui les a vu grandir. Si vous vous y rendez et que vous avez la chance de les y rencontrer, profitez-en pour discuter avec ces deux grands amoureux des beaux souliers. Vous serez touchés par la bienveillance qu’ils portent à ceux qui franchissent leur seuil.

Même s’ils travaillent en famille, c’est aujourd’hui leur fils Xavier qui a repris les reines de la maison familiale. Comme ses parents et grands-parents avant lui, il fait vivre ces valeurs si particulières, presque à contre-courant du monde des affaires d’aujourd’hui. Si la maison Aubercy a su développer cette singularité, il suffit de rencontrer Xavier pour comprendre qu’il n’y est pas étranger.

Aubercy - Souliers à Paris - Odette & Xavier Aubercy

Affable et courtois, l’homme n’en est pas moins bouillonnant. Pour parler de ses souliers, il évoque sa passion pour le vin, les chevaux et Venise. Dans le salon de la boutique, on retrouve pêle-mêle des livres de cuisine, de vieilles bouteilles de rhum, une cave à cigare… Ses passions sont nombreuses, mais toujours discrètes. Cet esthète inclassable est à l’image d’Aubercy : passionnant autant que passionné. D’ailleurs, pour les 80 ans de la maison, il crée un atelier de haute-cordonnerie qui à lui seul mérite le déplacement. Bien sûr toutes les opérations habituelles y sont réalisables, de la simple pose d’un patin au ressemelage intégral. Mais la finesse du travail et le soin apporté sont incomparables. Chaque client y a même la possibilité de dessiner un fer sur mesure pour ses souliers qui sera coupé et montré sur place. Unique !

Ainsi, la prochaine fois que vous vous promènerez du côté de la galerie Vivienne ou du Passage des Panoramas, poussez jusqu’aux boiseries du 34 de la rue Vivienne, et laissez-vous raconter l’histoire de la maison Aubercy par ceux qui l’ont écrite. Et si vous le pouvez, gâtez vos pieds avec des souliers d’exception. 

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