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Montres restaurées : entre transparence, plaisir et paranoïa

Nous découvrions il y a peu une méthode pour le moins révolutionnaire qui permet relativement facilement, de manière non-destructrice et à moindre coût de repérer une montre de collection dont la boîte aurait été rechargée par méthode de micro-soudure laser.

Je vous propose aujourd’hui, en écho à de nombreuses réactions, de réfléchir un instant sur le pourquoi du bien fondé d’une telle découverte et plus profondément sur une certaine forme de paranoïa qui guette aujourd’hui le collectionneur…

Tromperie et restauration : deux démarches diamétralement opposées

Une montre de collection qui s’échange sur le marché de l’ancien est une « vieille montre ». L’âge n’est pas une insulte, aussi belle soit-elle, n’ayons pas peur des mots. Une montre qui a déjà eu une longue vie, parfois plusieurs, plus ou moins mouvementées. De quelques décennies à près d’un siècle qui auront laissé des traces.

Monopoussoir Lemania - Vente importante de montres de collection par Tajan le 2 juillet

Certaines traces sont homogènes et confèrent à une montre encore davantage de valeur. On les appelle « patine ». D’autres sont disgracieuses, on les considérera donc plutôt comme des défauts. Dans tout art, lorsqu’une oeuvre majeure est abîmée, commence alors le travail de restauration : celui qui rendra à la pièce son âme et sa vigueur. Un travail qui est un art à part entière et qui exige non-seulement une excellente connaissance des pièces d’origine mais aussi un véritable talent pour faire certains choix relativement subjectifs qui peuvent détruire ou au contraire faire revivre une montre de la plus belle des manières.

Retrouver la bonne couronne ou les bonnes aiguilles lorsque ces dernières ont été remplacées de manière peu orthodoxe à une époque à laquelle ces vieilleries n’étaient « que des montres » est monnaie courante.

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Nettoyer un cadran piqué ou taché de façon disgracieuse, fixer de vieux index au radium qui s’effritent ou re-appliquer une peinture au tritium sur un cadran lavé il y a plusieurs décennies : aussi.

Montres Vintage : Focus

Redonner forme et chanfreins à une boîte de 1675 devenue plus fine que celle d’une Calatrava peut également s’inscrire dans une démarche bien intentionnée de préservation du patrimoine horloger. Ce serait si simple.

Jusqu’ici, aucun problème. Sauf que l’horlogerie de collection souffre d’une forme de spéculation qui ne valorise absolument pas les restaurations, au contraire d’autres formes d’art et même de l’automobile. Une diabolisation qui a certainement eu un rôle à jouer dans le manque de transparence qui est pourtant aujourd’hui la véritable source du problème.

Car lorsqu’on commence à parler de gros sous, forcément, il est vite tentant de ne pas tout dévoiler…

Une transparence pas franchement encouragée

Prenons en opposition le domaine de l’automobile classique, un marché facilement comparable à celui des montres de collection.

Une Porsche Targa de 1989 restaurée par Singer par exemple sera davantage valorisée que la même Porsche, dans son jus, consommant aujourd’hui autant d’huile que d’essence et dont aucune pièce n’aura jamais été changée. C’est assez logique lorsqu’on y réfléchit en dehors du monde horloger.

Collection de 3 Montres : Cyma Military, Tudor Submariner, Nivada Chronomaster

C’est là qu’intervient en automobile la notion de « matching numbers » qui atteste de l’originalité et de la cohérence des pièces utilisées lors de la restauration. Un équivalent horloger serait effectivement de bon ton, même s’il est en effet bien plus aisé d’observer un numéro de série sur une jante de 16 pouces que sur la face caché d’une platine trois-quarts.

Malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Il faut donc pour le moment continuer à faire ses devoirs…

Et le plaisir bordel ?

Oui, le plaisir. Que devient-il ? Celui de chercher la bonne pièce, de la trouver et surtout celui, récurrent, de la porter au quotidien pour écrire avec elle une nouvelle page de son existence ?

J’ai parfois l’impression, à chercher la petite bête, à voir le mal partout, qu’on en oublie trop souvent ce fameux plaisir simple qui consiste à porter une montre, vous savez, simplement parce qu’on la trouve belle ? J’aurais personnellement toujours bien davantage de plaisir à acheter et à porter une montre qui « vit », qui est saine et lumineuse, même sachant qu’elle a été restaurée, plutôt qu’une pièce terne et piquée dans sa boîte d’origine.

Premier Drop de montres vintage de l'été chez Joseph Bonnie - Omega Constellation

Tout n’est pas blanc ou noir, même si, lorsqu’on parle de sommes importantes, on ne peut se permettre de voir son investissement perdre soudainement la moitié de sa valeur.

Le marché de l’horlogerie vintage comporte pourtant de belles nuances de gris parmi lesquelles il faut savoir naviguer et faire la part des choses. Aucun marché spéculatif n’est parfait, ce serait trop facile. L’immobilier a ses travers, l’automobile et l’art pictural aussi. C’est ainsi.

En horlogerie comme ailleurs, la connaissance la patience et la réactivité sont plus que jamais mères des belles acquisitions. L’avidité, l’amertume et l’impatience font au contraire faire des erreurs… qui peuvent coûter très cher.

Essayons de ne pas l’oublier, nous pourrons alors, je l’espère, continuer à nous faire plaisir…

Une réponse à “Montres restaurées : entre transparence, plaisir et paranoïa”

  1. Alex F. dit :

    La comparaison avec Singer n’est pas super appropriée dans la mesure où il s’agit davantage d’un « préparateur » que d’un « restaurateur » (et sans parler de la consommation d’huile qui sort de nulle part).
    Mais article très sympa au demeurant, presque un peu court 🙂
    Bonne journée

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