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Comment repérer une « fausse » montre Neuve de Stock ? Présentation d'une nouvelle méthode radicale

Combien d’entre nous se sont déjà retrouvés en extase devant une vente présentant une pièce exceptionnelle NOS (New Old Stock pour Neuve de stock) ayant passée la majorité de sa vie dans un tiroir et refaisant surface? Un grand nombre très probablement.

Cette émotion nous avons pu l’avoir en consultant des annonces, chez des marchands ou des maisons de vente aux enchères. Ces pièces exceptionnelles sont rares, de valeur importante, et il arrive malheureusement que des professionnels de la contrefaçon arrivent à faire des miracles en écoulant sur le marché des pièces « NOS » qui en fait n’en sont rien.

Mais ça, c’était avant.

Nous avons rencontré Jean-Dominique Le Meur, élève tout juste diplômé du Master of Arts HES-SO en Conservation-Restauration d’Objets Technique, Scientifique et Horloger obtenu à la Haute École ARC de Neuchâtel, dont le sujet d’étude pour son travail de diplôme Bachelor en 2017 s’est porté sur la méthode de restauration par micro soudure laser et dont l’un des objectifs était de trouver une formule afin de mettre en lumière les pièces qui ont été restaurées et précisément rechargées en matière grâce à cette méthode. Jetant un voile de flou sur leur caractère exceptionnel.

Précisons le ici, le travail et la méthode développés par Jean-Dominique s’inscrivent dans son envie d’assainir le marché de la montre vintage. Accessible à tous, rapide, fiable et peu onéreux il ne reste plus à ce que les acteurs de ce marché l’adoptent. Une méthode qui servira nous l’espérons aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers.

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Jean-Dominique Lemeur

A titre d’exemple, une Rolex Submariner REF. 5513 des dernières années de production, cerclée, peut valoir entre 20.000€ et 25.000€ si elle est vendue comme Neuve de Stock (et en fonction de ce qui va avec) alors qu’une ayant vécu et été polie s’échangera à moins de 10.000€. Et ce n’est qu’un petit exemple.

Le rechargement laser

Les prix devenus fous sur le marché de la montre de collection ont attiré une nouvelle catégorie d’acteurs, contrefacteurs, qui vivent allègrement de bénéfices accumulés en vendant de « prétendues » montres NOS. Prétendues car elles ont tout de la montre NOS, et viennent même parfois avec l’histoire d’un oubli au fond d’un tiroir. Mais tout n’est que mensonge.

Rolex Submariner 5513

La montre NOS n’a jamais (ou très peu) été portée. Son boitier est donc bien épais, sans rayures ou autres égratignures du temps.

Ce que ces contrefacteurs s’emploient à faire, c’est partir d’une montre qui n’est pas NOS pour la rendre NOS grâce à un processus de restauration par « recharge laser ». L’idée est simple : on comble par un apport du même métal les manques de matière sur le boitier grâce à un laser de précision. Un coup de polissage, et l’on fait un voyage dans le temps. La montre est à nouveau proche de son état d’origine.

La méthode en soi n’est pas inintéressante pour plusieurs raisons. Elle peut être fonctionnelle et permettre de redonner de l’étanchéité à une montre, et aussi de redonner de la présence à une montre que le temps n’aurait pas épargné. A ce niveau de l’analyse, on peut être pour ou contre et je le conçois, mais le point crucial est de ne jamais cacher ce travail de restauration lors d’une éventuelle vente.

Notons le ici, cette méthode permet aussi d’effacer un numero de série avant d’en graver à nouveau un autre qui pourrait correspondre avec des papiers trouvés un peu partout sur le vaste internet. Danger.

Le travail de recherche

Pour mettre au point sa méthode, Jean-Dominique s’est d’abord procuré deux carrures de Rolex ref. 1500 proches en numéro de série (fin 1970 environ). Des carrures en acier 316L.

Rolex Oyster Perpetual Date REF. 15000 - Look

Après quelques coups de marteau, l’une est envoyée en restauration par la méthode de recharge laser, l’autre est laissée telle quelle. L’atelier qui recharge la montre au laser a bien pris le soin de fournir des clichés avant et après polissage pour prouver l’utilisation de cette technique et qui permettent de localiser les zones rechargées.

La recherche était lancée. Avec pour objectif de trouver la méthode qui permettra de mettre en lumière cette restauration sans porter atteinte à l’intégrité de la montre.

Observer à la binoculaire ? Pourquoi pas, mais quand le travail de recharge et de polissage a été fait par des pro, il est impossible de le constater par ce biais. Il faut donc chercher une autre méthode.

Utiliser une solution acide ? Bonne piste. Il faut savoir que quand une recharge laser est effectuée, la structure métallographique de l’acier est modifiée et que cela peut se révéler en utilisant une solution dite « Marble », autrement dit une attaque rapide au chlorure de cuivre. Le souci que pose cette solution, même si elle fonctionne, est son caractère intrusif qui demande un polissage top important de la zone traitée afin de s’en débarrasser.

Vérifier la composition du métal ? Pourquoi pas, malheureusement après tentative à l’aide d’analyses par spectrométrie de fluorescence des rayons X,  les zones restaurées présentent des variations si faibles qu’elles ne peuvent pas être considérées comme révélatrices d’une zone restaurée.

S’intéresser à la densité du métal ? Riche idée. Il faut pour cela réaliser une tomographie par absorption de rayons X, qui permet d’observer de légères traces aux zones restaurées. Les résultats sont plus qu’intéressants, mais la méthode qui doit être perfectionnée reste très couteuse et pourrait être envisagée si elle aboutit pour les pièces exceptionnelles.

Après ces premières recherches, c’est vers une solution de révélation métallographique alternative que Jean-Dominique se tourne.

Une méthodologie adaptée

Jean-Dominique décide donc de partir sur la deuxième piste de révélation métallographique, en essayant de mettre au point une solution qui soit peu invasive, autrement dit suffisamment peu destructrice pour la partie testée afin de rendre le test acceptable, et qui puisse fournir une lisibilité satisfaisante du résultat.

La solution est simple, chacun peut le faire de son côté, en respectant des étapes et un matériel bien précis.

Voici le déroulé des opérations :

Jean-Dominique nous a également fait le plaisir de venir nous faire une démonstration au sein de nos bureaux sur des échantillons restaurés et non restaurés et nous avons pu constater l’efficacité, la précision et le peu d’impact que cette méthode implique. Avec une disparition des traces créés (dans le cas d’une carrure restaurée) quasi instantanée après 2 aller-retours d’une lingette de polissage Cape Cod, le tout sans impacter les micro rayures présentes sur la zone. Propre.

On retrouve ici en photos ces étapes :

Etape 2 : Application de la solution

Lors de cette étape, on applique la solution sur la carrure à l’aide d’un badigeon imbibé de solution, pendant un temps bien défini de 45 secondes et de manière homogène.

Etape 3 : Neutralisation

C’est à ce moment que la réaction chimique a lieu et où l’on fixe en quelque sorte l’acidité à nos besoins pour le test.

Etape 4 : Observation

Étape cruciale des résultats, on remarque bien (sur la dernière photo) l’apparition de traces qui localisent les zones restaurées.

La méthode de Jean-Dominique va donc permettre d’offrir davantage de clarté à la fois pour les amateurs mais aussi les professionnels quant on en vient à des pièces que l’on présente comme neuves de stock mais qui en réalité sont le fruit d’une stratégie élaborée d’arnaque.

Des pièces tellement rares et exceptionnelles parfois qu’elles méritent ce petit traitement de faveur qui permettra de rassurer tout le monde et de lui donner davantage de valeur, et je ne parle pas ici de prix.

Chose plus appréciable encore, il ne faut pas déployer des milliers d’euros de moyen afin de se l’approprier, et cette méthode n’a pas été « protégée », elle appartient à la Haute École Arc de Neuchâtel qui encourage le développement et le partage d’outils utiles au professionnel du monde du patrimoine, et Jean-Dominique est donc venu nous en parler car il souhaite davantage l’assainissement du marché que la reconnaissance internationale.

Bravo.

Un article avec plus de détails techniques et davantage d’informations sera publié dans la prochaine édition de la revue horlogère Chronométrophilia — Hiver 2019, que nous invitons à consulter à sa sortie en fin d’année si vous avez apprécié cette présentation du travail de Jean-Dominique.

3 réponses à “Comment repérer une « fausse » montre Neuve de Stock ?”

  1. pierre dit :

    Un sacré coup de pied dans la fourmilière…
    Le simple fait que cette méthode existe va sans doute faire réfléchir les candidats à l’arnaque…
    Bravo !

  2. Ket Malake dit :

    C’est une grosse madeleine de Prout ça !!!
    Ou plutôt une madeleine de gros Prout…

    Ket

  3. Bétemps dit :

    super méthode 😉
    bravo et merci pour le partage

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