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L’art des proportions : Où naît cette émotion ?

Qui n’a jamais senti en son coeur un déchainement de passions au regard d’une oeuvre de Raphaël, d’un édifice ou d’un objet conçu par Le Corbusier, qui repense l’harmonie, ou même du galbe parfait d’une poitrine ? Peu importe ce qui vient se poser sous notre regard, notre esprit est sensible aux proportions de l’objet ou de l’entité qu’il saisit. Cette réflexion s’applique bien évidemment aux montres, car on remarque de temps à autres que, malgré deux montres à l’esprit très proche, les goûts divergent complètement, et les avis aussi. Pourquoi ? Une histoire de proportions, qui, tel un réflexe, nous plaisent ou non au premier regard.

Il y a peu de temps, nous vous avions parlé de Patek Philippe et de sa Calatrava, ou comment, avec très peu d’ingrédients, il ont su créer une icône qui nous fait rêver, un objet créateur d’émotion même si l’on ne peut toujours se l’expliquer de manière rationnelle. Après tout, ne dit-on pas que le coeur a ses raisons que la raison ignore ?

Le secret inexplicable, créateur d’harmonie et d’équilibre se trouve selon nous au niveau des proportions, qu’il s’agisse du placement des éléments au sein du cadran, de la forme de la couronne ou des courbes du boitier. On obtient parfois une monstruosité, parfois des pièce que l’on découvre et que l’on oublie, et parfois, oui parfois seulement, une future icône, un pièce qui traversera les tendances et les années… Oui, la différence est énorme.

Le cadran : premiers contacts

En premier lieu, parlons peu, parlons cadran. Qu’est ce qui va séduire dans un cadran ? Pour plus d’harmonie, partons du centre. Nous vous parlons souvent d’aiguilles « Dauphine », « Glaive », Baton », « Cathédrale », « Feuille », « Mercedes » ou encore « Snake », et ces formes ont leur importance. Pour respecter l’harmonie d’un cadran, un type d’aiguilles en particulier s’intègrera à merveille. Je pense par exemple à une Calatrava ref.570 et à ses aiguilles feuilles, qui semblent très aériennes au sein du cadran.

Si nous continuons notre voyage intra-cadran, du centre vers l’extrémité, on se doit de parler des proportions dans la taille, le placement et la police des lignes de texte au sein même du cadran. Le moindre millimètre de différence peut tout changer. Je pense notamment à la disposition du texte et des lignes dans une Rolex GMT-Master (ou sur une vieille Submariner). Trois tailles de polices différentes, entre le « Rolex », le « Oyster Perpetual Date/Superlative Chronometer Officialy Certified » et le « GMT-MASTER », le tout s’intégrant parfaitement dans le cercle formé par les index.

Rolex Vintage GMT Master - focus

Les index, il faut aussi en parler, car ils jouent un rôle essentiel dans le contrôle des proportions. Ni trop près de la minuterie, ni trop rassemblés vers le centre, comme sur la GMT-Master ci-dessus.

Le lunette et le verre : espace et éclat

Que trouve-t-on autour du cadran qui joue également un rôle pour les proportions ? La lunette et le verre. Un bel exemple avec les montres vintage, et la chaleur d’un verre plexiglas qui vient de manière onctueuse sceller la montre par le haut, et donner une belle sensation d’espace au cadran, ainsi qu’un bel éclat. Non pas qu’un verre saphir n’est pas apprécié, bien au contraire, mais il confie à la montre un autre aspect encore, un peu plus froid, mais non moins sans éclat. Un bel exemple ici avec cette ré-édition d’un chronographe CWC des années 1970.

Le boitier : l’enveloppe qui vient harmoniser le tout

Ensuite vient le boitier. Ses courbes, harmonieuses et souples, ou pas, peuvent changer entièrement la perception que l’on a de la montre. La finesse de celle-ci n’est pas un gage de belles proportions, car un boitier plus épais mais bien travaillé peut être très plaisant pour l’oeil. Je pense notamment aux boitiers des montres Panerai. Ici la Panerai Radiomir 1940 GMT 10 days en 45mm, donc un gros boitier, et assez épais. Mais sa forme coussin, son design aux formes arrondies, avec son fond Dodécagonal crée un ensemble qui, qu’on se l’explique ou non, fonctionne. Un boitier mythique, toujours apprécié pour son architecture unique.

Lorsque ces éléments se retrouvent réunis au sein d’une même création, et que celle-ci joue un rôle historique, il arrive que celle-ci devienne une légende, le symbole d’une époque, d’un courant, d’un combat.

Toutes les marques ayant la chance d’avoir dans leur collection un ou plusieurs best-sellers iconiques de ce type se hissent toujours plus haut, et disposent d’une reconnaissance instantanée, d’une image qui (si entretenue) n’est pas prête de pâlir…

Mais la magie ne naît pas toujours de la rationalité, ce serait bien trop simple… Ainsi, une Audemars Piguet Royal Oak Jumbo de 1972 par exemple, est un véritable paradoxe, qui vient nuancer mon propos. En effet, à sa sortie en 1972, ce n’était pas vraiment une réussite, les gens ne s’y penchaient que très peu… probablement à cause de son design signé Gerald Genta trop en avance sur son temps.

Toujours est-il que, quelques années plus tard, quand on a vraiment commencé à s’y intéresser, on a trouvé qu’elle répondait à tout ce que l’on peut désirer dans une montre. Un cadran épuré mais raffiné « Grande Tapisserie », une sensation d’espace rendue possible par des aiguilles et des index sobres, un boitier octogonal fixé par huit vis hexagonales. Les larmes me montent…

Des proportions maîtrisées, l’une des clés indéniables de cette art de la précision qu’est l’art horloger lorsqu’on parle d’esthétique et de design. Pour l’amateur de montres, ou tout simplement chez l’esthète, la naissance de cette émotion particulière, ne s’explique pas toujours.

Posséder une petite oeuvre d’art, accessible à tout moment d’un simple coup d’oeil, en regardant son poignet, est un plaisir qui se renouvelle à chaque heure qui passe. Cette alchimie ne se produit que rarement dans le monde horloger et si la recette miracle existait, nous serions les premiers à vous la donner pour ne voir apparaître sur le marché que des pépites qui nous font briller les yeux comme ceux d’un enfant le soir de son premier réveillon de Noël.

Je crois d’ailleurs que pour aujourd’hui, nous allons arrêter de nous poser des questions et tenter d’expliquer la magie. J’ai envie de revenir à l’état naturel de l’enfant qui croit au merveilleux, celui qui se laisse surprendre par le beau, et dont les yeux pétillent un peu plus fort que ceux des autres…

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