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Road Trip #5 : Vietnam (Part 2), Hội An

Jérôme
Le 1 octobre 2018
I

Il y a des lieux qui vous marquent plus que d’autres. Des moments fugaces, simples, parfois banaux dont les souvenirs vous accompagnent pourtant une vie. Ces souvenirs sont bien souvent le fruit de rencontres, d’une alchimie de l’instant où bien des acteurs et des paramètres rentrent en jeu. Il suffit parfois du bon état d’esprit, de la bonne compagnie, et le goût du café partagé vous ramènera pour longtemps à cet instant chéri.

C’est certainement ainsi que je me souviendrai à jamais avec émotion des odeurs qui émanaient de la cuisine de chez mes grands-parents lorsque je me levais le matin, de la légèreté d’un Jinbei par un après-midi caniculaire de juillet passé à Kyoto ou de l’élégance des courbes de l’Opera House vue du ferry.

Viet Nam - Hanoi

Nous partions il y a quelques semaines à la découverte d’Hà Nội, de ses saveurs et de ses sourires. De sa canicule aussi. Je vous propose aujourd’hui d’inverser les syllabes et de partir au centre du pays à la rencontre d’une ville portuaire classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Bienvenue à Hội An.

Trois décennies de guerres ininterrompues auxquelles ont succédé plus de 40 ans de régime communiste toujours en vigueur n’ont globalement pas laissés au Viet Nam énormément de ses vestiges historiques. C’est bien dommage. Les antiquaires n’existent pas dans le nord du pays, et au sud les reliques les plus anciennes datent le plus souvent de la guerre du Viet Nam.

Viet Nam - Hoi An

Un ancien port de commerce a pourtant survécu de manière quasi miraculeuse aux bombardements. Sa présence et la préservation du patrimoine en vigueur sur une superficie totale qui n’excède pas les 60 Kmcontrastent d’autant plus avec la course à l’urbanisation en vigueur à Đà Nẵng, juste à côté.

Bienvenue à Hội An, croisée des chemins

Des murs patinés et une chaleur accablante qui démarre à huit heures du matin. Les bâtiments les plus anciens datent du 16ème siècle. L’ancien port de commerce de la province de Quảng Nam a depuis connu bien des transformations.

La Chine, le Japon, mais aussi la France ont laissé des traces dans la vieille ville. Un pont japonais couvert traverse un canal, une pagode colorée marque l’héritage bouddhiste venu de Chine et le large balcon d’une ancienne demeure de style français convertie en bar donne sur un bras de mer. La ville a depuis largement eu le temps d’intégrer des styles architecturaux diverses.

Viet Nam - Hoi An

Ces héritages culturels aussi divers se mélangent dans un ensemble de vieilles maisons aux larges cours intérieures pavées parfois converties en cafés, parfois en boutique mais où l’on habite encore. La législation de 1999 empêche toujours aujourd’hui les habitants de la vieille ville d’installer chez eux l’air conditionné pour ne pas nuire à l’harmonie qui règne dans les rues. Merci Unesco.

Hội An, comme il y a 200 ans, ou presque…

Hội An rayonnait au 16 et 17ème siècle comme port de commerce où s’installaient alors parmi les locaux des communautés japonaises, chinoises mais aussi indiennes et portugaises. On comprends alors mieux la signification même de la ville : “Le lieu où l’on se rencontre dans la paix”. Son rayonnement continue jusqu’au 18ème siècle où le petit port est connu des marchants chinois et japonais comme la plaque tournante de commerce la plus qualitative d’Asie. Certaines épaves de navires nous révèleront plus tard que nombre de ces produits quittaient Hội An pour être exporter aussi loin qu’en Egypte.

Viet Nam - Hoi An

L’importance du port et de la ville diminua grandement à la fin du 18ème siècle au profit de Đà Nẵng. Perdant ainsi de son intérêt commercial et économique, Hội An fut peu à peu délaissée. Une “chance” qui permit à la ville de rester intacte jusqu’à aujourd’hui.

Un tourisme présent mais pas agaçant

Hội An n’est aujourd’hui plus un secret pour personne, ni pour le lonely planet, ni pour CNtraveler qui ont depuis longtemps repéré et partagé les douceurs qu’offre la vieille ville et ces murs aux nuances infinies de jaunes et de vert celadon délavés par les baisers du soleil. Un tourisme qui augmente de manière exponentielle depuis une dizaine d’année, avec ses bons et ses mauvais aspects jusqu’à atteindre l’année dernière un record de 3,2 millions de visiteurs pour la petite ville qui ne compte que 120.000 habitants.

On connait le tourisme de masse et ses dérives, les “souvenirs shops” qui fleurissent à tout va pour vendre toujours plus de produits de piètre qualité estampillés du nom de la ville. De l’indispensable mug souvenir au t-shirt “I Heart n’importe quoi” déclinable à l’infini. Des dérives de mauvais goût qui me font penser aux crêperies et aux sex shops de Montmartre. La plus belle image de Paris…

Il y en a ici très peu, voir pas du tout. Les quelques bars qui jouent du reggae pour les backpackers en manque sont si discrets qu’on les oublie vite et les principales attractions touristiques sont ici tournées vers l’artisanat local à savoir boutiques de tailleurs et travail du cuir.

Viet Nam - Hoi An

S’il faudra vraiment chercher pour trouver des tissus de bonne qualité, lins et laines qui ne soient pas mélangés, le savoir-faire est bien là. Il reste tout de même indispensable de venir avec un modèle si vous voulez quelque chose de précis. Pour en avoir fait l’expérience, je vous assure qu’un tailleur vietnamien ne fait pas naturellement du napolitain… En même temps c’est un peu de ma faute. j’aurais pu m’en douter. Le weekender en cuir négocié au bord de la route à côté d’une fausse paire de Air Force One ou de sandales Birkenstock sera quant à lui souvent de belle facture et sans marque. C’est bien mieux ainsi.

Je finirai sur quelques conseils d’ami, pour tous ceux qui souhaitent éviter au maximum ces touristes d’un mètre quatre vingt-dix qui parlent fort, vêtus simultanément du Nón lá, célèbre chapeau conique, et de la chemise en polyester aux imprimés banane réalisée au coin de la rue.

Viet Nam - Hoi An

Il suffit d’abord de se lever tôt, très tôt, et d’admirer depuis la plage le soleil se lever sur les embarcations des pêcheurs en mer de Chine. Vous y croiserez des septuagénaires aux muscles saillants qui font plus de pompes que vous et ont depuis longtemps repris en souplesse ce que vous leur volez en jeunesse. Vous y verrez des jeunes et des moins jeunes jouer au football sur la plage et des grand-mères en maillots fleuris enchaîner les brasses. Ce Viet Nam est vraiment beau.

Viet Nam - Hoi An

Le soir venu, alors que beaucoup cherchent les bars a cocktail pointus qui n’existent pas, vous vous éloignerez des axes principaux où ils font leur shopping pour vous perdre dans les dédales de ruelles où trônent les lanternes. Vous verrez alors une autre vie, celle de bien des locaux qui se cachent dans des restaurants familiaux et rient autour d’un bon repas en partageant un whisky pas forcément des meilleurs, une pinte de bière pleine de glace ou en fumant Thuốc lào, pipe traditionnelle au format XXL.

Viet Nam - Hoi An

Le genre de spectacle, qui lorsqu’on s’y associe en bonne compagnie, en pensant avec un soupçon d’imagination au rayonnement qu’ont pu connaître ces plages et ces ruelles, se transforme rapidement en souvenir que l’on chérit.

Le souvenir de la sensation d’un bain de pied d’eau glacée dans une cour intérieure par une journée d’été et celui du premier rayon de soleil, doux, qui caresse un regard encore endormi. Le souvenir de la lueur d’une lanterne dans une rue déserte tandis que de vieux haut-parleurs grésillants diffusent un concerto pour violoncelle solo.

Viet Nam - Hoi An by night

Lorsqu’en début de cet article je vous parlais de souvenirs, de souvenirs de vie et de voyage, je crois bien en avoir construit quelques nouveaux que j’aime beaucoup…