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La première montre : “Tu seras un homme, mon fils”

Nicolas
Le 31 juillet 2018
C

Ces mots de Kipling viennent clore l’un des plus beaux poèmes jamais écrits, si bien que l’on pourrait s’en servir comme guide de vie. Et vivre d’amour et d’eau fraîche. Mais pas trop non plus. Je me suis récemment posé la question de la montre comme passage à un âge plus mûr. Vous savez, ce présent que l’on nous offre pour nos 18, 20 ans et même après, et qui nous suit en général toute une vie. Une chose sûre chez nos parents, moins pour les enfants des années 2000. 

Qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

Sans évoquer la Rolex de sa Bar Mitzvah ou la Reverso de sa profession de foi, la montre, parmi d’autres belles choses, conserve encore une belle place dans l’idée que se font les adultes d’un objet empreint de symboles. Pour le passage à la majorité et la conscience que l’âge adulte se rapproche à grande vitesse.

La montre : le présent du passage à l’âge adulte

Récemment, alors que je cherchais je ne sais plus quel objet, je suis tombé sur une vieille boite pleine de vieux bijoux qui appartenaient à ma mère. Parmi eux, une montre mécanique minuscule et son bracelet en simple corde de cuir. J’interroge donc l’intéressée qui me répond que cette montre n’est autre que celle de sa première communion, reçue à 12 ans. Oui, 12 ans.

Arcadia - circa 1940

Je me souviens alors que j’avais également croisé sur mon parcours des montres d’hommes plus petites, des “Junior” ou encore des Mortima de petit diamètre tout simplement destinées au poignet d’un ardent et frais juvénile. Il y a quelques décennies, il était plus que coutume d’offrir ce genre d’objets, si bien que des montres étaient conçues pour cette occasion particulière par les marques. Et se vendaient bien, pour une bouchée de pain.

On remarque alors que cette première montre “jeune” était souvent liée à un évènement religieux, et l’est encore parfois, peu importe la religion.

Pour ceux qui ne sont pas passés par la case divine, il aura fallu attendre quelques années de plus. Bien souvent la majorité légale portée à 18 ans, ou l’âge symbolique de 20 ans. Cela permet alors, de manière générale, de mettre un petit peu plus de budget. 

Mais la montre n’est pas le seul objet a symboliser ce passage. Nombre de mes amis se sont vus offrir de beaux stylos, des boutons de manchette ou encore des briquets pour prendre leurs premières bouffées de tabac avec leur père. En réalité, ces objets, qu’il s’agisse de la montre ou du stylo, au-delà de symboliser un passage, sont surtout voués à rester près de nous toute une vie.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, chers amis, la tradition se perd. Pour plusieurs raisons.

Hamilton Chrono-Matic 11002-3 - Calibre 11

Parce que ce sont les intéressés qui fêtent leur majorité ou leur 20 ans qui décident de ce qu’ils veulent. Le rapport a changé de sens, et on est plus dans la demande que dans la surprise. Par conséquent, plus que les parents qui décident de ce présent intemporel à offrir à leur fils/fille, ceux-ci vont probablement demander un smartphone, un ordinateur portable ou une tablette, qui par leurs prix ne permettent pas d’ajouter un tel objet.

Parfois même, les parents, de peur d’offusquer leur bien aimé(e), préfèrent lui donner une petite cagnotte pour lui laisser le choix.

Hermes Apple Watch

Attention, je ne critique absolument pas le fait d’acheter un smartphone ou le dernier MacBook Pro. Ce sont des objets qui peuvent nous servir et dont nous avons une utilisation quotidienne. Mais ce sont aussi des objets très impersonnels, très rapidement obsolètes et que l’on peut trouver partout. Je trouve dommage que ces présents offerts aujourd’hui n’aient aucune valeur symbolique et ne résistent pas à l’épreuve du temps.

Je sais aussi que, même si la tradition se perd, le cas n’est pas désespéré. Telle l’étoile guidant Melchior, Gaspard et Balthazar dans leur quête du nouveau né, je me fais (et nous nous faisons) le défenseur de cette tradition. Qu’il s’agisse de conseiller mes proches sur le bon cadeau à offrir, à les aiguiller sur le type de montre à choisir, ou encore à remettre en question leurs choix, nous sommes là. Je remarque qu’un nombre de personnes se posent les bonnes question et ne cèdent pas à la facilité !

Conseil horloger

Bien souvent, et contrairement au passé, les parents ont souvent peur d’un prix trop élevé pour une première montre. Mais comme nous le défendons corps et âme dans tous nos articles, la belle pièce reste accessible. Il faut juste s’y prendre suffisamment à l’avance.

Ce qui me rassure est de voir que certaines marques ont compris cette demande et proposent des pièces à des prix plus attractifs destinées à ce type de profil. Je pense surtout à Nomos et à sa montre Club Campus. Une pièce destinée à marquer le passage du lycée aux études supérieures, dans l’esprit certain d’un symbole et du chemin vers l’âge adulte. Des prix plus intéressants, la possibilité de personnaliser l’objet avec une gravure, et la garantie d’une pièce toujours fabriquée à Glashütte avec la même rigueur. Pas une montre au rabais.

La messe est dite. Gardons à l’esprit que ces moments de passage symbolique à un autre monde, une autre ville ou un nouveau pays, représentés par un âge encore jeune certes, sont d’une importance capitale et méritent d’être marqués par la transmission ou le don d’un objet intemporel et qui ne cède pas à la facilité du chèque ou du téléphone portable. Amen.

Sans jamais oser vouloir copier Kipling, j’ajouterai :

Si tu sais reconnaître une valeur au temps,
Sans jamais en devenir ni esclave ni maître,
Et avec joie observer son mouvement, 
C’est une montre qu’il te faut, mon fils.