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De l’art noble de posséder une montre

Jérôme
Le 14 février 2017
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Qu’il s’agisse des motivations premières qui nous ont attirées vers ce vaste monde qu’est l’horlogerie ou des raisons pour lesquelles nous avons un jour investi la somme d’argent qui aurait pu nous emmener au bout du monde dans une vieille trois-aiguilles, ces raisons sont aussi variées qu’elles sont personnelles à chacun d’entre nous.

Cela dit, certains comportements restent selon nous plus nobles et élégants que d’autres. Petit tour d’horizon d’une pathologie à laquelle nous sommes tous confrontés…

Ce désir de possession : D’où vient-il ?

Collection de montre et conseils

Le désir de possession est humain et il ne se limite bien entendu pas à nos garde-temps. Ce fameux « C’est à moi » intervient très vite dans le processus d’éducation de l’enfant, souvent bien avant la notion de don ou de partage. Il n’y a ici rien de malsain tant que l’on conserve la distance nécessaire à ne pas être possédés par nos possessions. Tant que l’on ne se définit pas en tant qu’être, par ce que nous avons.

Acquisition n’est pas accumulation

Certains amis sont de grands collectionneurs et ont avec le temps accumulé des collections à faire pâlir certains marchands. Parmi eux se cachent des personnalités très variées, aux motivations qui le sont tout autant.

Ces motivations vont du besoin pathologique d’accumuler pour « toutes les avoir » sans jamais les porter, à la passion du collectionneur en passant par la volonté de l’investisseur de construire un patrimoine dont il pourra jouir avant de le transmettre à la génération future. Ces motivations ne sont pas contradictoires, elles sont même bien souvent complémentaires.

Revenons un instant sur notre premier profil, celui qui accumule et ne porte pas, ou qui en possède tant qu’il ne peut passer que quelques jours par an avec chaque montre à son poignet.

Patek Philippe Calatrava référence 96 de 1965

Très personnellement je trouve cela triste, même si je comprends la valeur patrimoniale et financière de la collection. C’est ainsi que les montres perdent leurs âmes et cessent de raconter des histoires, à la manière de l’avion gardé dans un musée, ou du lion qui tourne en rond dans sa cage, le regard vide. Je ne sais pas pour vous mais il m’est toujours douloureux de voir une vieille montre de plongée « dans son jus » ne plus voir un rayon de soleil, ni même de loin l’océan, cet élément pour lequel elle a été conçue.

Acquérir pour redonner vie

Acquérir une montre c’est aussi et surtout le moyen de la sauver, de lui rendre hommage en lui donnant une nouvelle vie. Il faut savoir écouter, observer, comprendre et apprendre. Il faut la mériter pour pleinement apprécier et respecter la valeur de l’objet. Je ne parle pas ici simplement de valeur financière, bien entendu.

Qu’il s’agisse d’une montre neuve ou vintage, et encore davantage lorsqu’il s’agit d’une pièce historique qui a déjà vécu plusieurs vie, c’est en étant aimée, portée et respectée qu’elle va s’épanouir et reprendre vie.

Il y a des montres ternes, éteintes, et des montres qui racontent une histoire. Je crois foncièrement que les objets tout comme les êtres humains ont une mémoire et gardent les stigmates de ce qu’ils ont vécu.

Les collectionneurs savent de quoi je parle. Parfois il se passe quelques chose, parfois pas, et cela fait une énorme différence entre deux montres qui aux yeux du néophyte seraient parfaitement identiques.

Bracelet Nato en cuir - Joseph Bonnie

Acquérir une montre c’est s’engager à écrire de nouvelles pages de son histoire, ce n’est pas l’enfermer dans un coffre froid et lui interdire de voir le jour. C’est l’emmener en voyage, ou l’offrir à celui ou celle qui lui fera honneur et la portera avec amour.

Car oui, lorsque nous nous séparons d’une pièce que l’on a porté, nous désirons tous qu’elle soit accueillie par son nouveau propriétaire avec la même joie, la même attention et la même tendresse. Nous souhaitons évidemment qu’il en connaisse l’histoire et les subtilités du calibre qui fait battre sont coeur et que naisse chez lui ce sourire en coin lorsqu’il observera la patine des index ou l’épaisseur de cette boîte qui n’a été que très peu polie.

J’irais même plus loin en disant que lorsqu’on se sépare d’une pièce, il en est de notre devoir que de trouver à celle avec qui nous avons passé tous ces merveilleux moments, un nouveau foyer.

Comme dans les relations humaines il y a ceux qui collectionnent les conquêtes, et ceux qui vieillissent avec celui ou celle qu’ils ont choisi. Je ne condamne ni ne juge. je constate.

Si on continue la comparaison, on ose alors s’apercevoir que cette passion qui nous réunit à tout de même le véritable avantage de pouvoir associer véritable amour et polygamie, ce qui devrait tout de même pouvoir nous encourager à rester de vrais gentlemen, don’t you think ?

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