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Maison Tamboite : Des cycles comme antan, ou presque

Nicolas
Le 2 juillet 2017
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Nous vous présentions il y a peu de temps le repère d’esthètes et d’amoureux de l’artisanat qu’est Mayaro. C’est en “explorant” ce cabinet de curiosité unique que nous avons fait connaissance avec les cycles de la maison Tamboite. Quelques exemplaires s’y trouvent en effet, entre d’autres objets aussi incroyables que des globes célestes réalisés à la main à partir de relevés de la NASA ou encore une nacelle de montgolfière gainée de cuir. Pourquoi faire simple ?

Nous avons donc rendu une visite de courtoisie à cette maison Parisienne, qui n’est pas toute récente comme vous allez le découvrir.

Jadis, la Maison Tamboîte

Une transmission qui provient d’un arrière grand-père.

Un homme qui ne pouvait que vivre en donnant un sens à sa vie, et en vivant pour ses passions. Installé à Paris avec sa femme en 1904, il est alors un amoureux de peinture, et souhaite ne pas vivre un jour sans peindre. Mais un salon du cycle plus loin, et son intérêt passionné se porte maintenant aussi sur les vélos. Autant battre le fer tant qu’il est chaud, il prend rapidement la direction de La Française Diamant, qui fabrique des cycles et quelques motocyclettes.

La Maison Tamboîte

Il continue toujours à peindre, et après avoir fréquenté quelques grands noms tel Maurice de Vlaminck, qui était aussi un cycliste affirmé, il se lance dans une aventure de taille. Mélanger une certaine sensibilité pour l’art avec celle des cycles. Et créer de toute pièce des vélos qui répondent justement à cela.

Il s’installe du côté des Batignolles en 1912, puis ouvre un deuxième magasin. Mais la Première Guerre Mondiale vient mettre un terme à tout cet élan. Qui reprend de plus belle en 1919 sous la marque Rich.

La Maison Tamboîte

Maison Tamboîte arrive ensuite. Il reprend avec son fils une affaire de cycles en 1928, appartenant à un certain Maurice Tamboite. L’objectif est double, à la fois produire des cycles qui répondent à de hautes exigences techniques pour la course, tout en travaillant bien les finitions afin de le rendre aussi élégant que performant.

Se trouvant dans le quartier des Batignolles, non loin de la Place de Clichy et des quartiers de Pigalle et Montmartre, la boutique accueille alors des clients symboles d’un art de vivre parisien, comme Lino Ventura et Charles Trenet.

La Maison Tamboîte

Par la suite, l’entreprise familiale souffrira d’un manque d’activité chronique avant de fermer ses portes en 1985, en parallèle du développement de la fabrication industrielle de vélos et la recrudescence des supermarchés. Un coup dur pour l’artisanat.

Maison Tamboîte, le retour.

Quand Frederic était enfant, il baignait dans cette univers magique du cycle parisien, émerveillé par les contes et les aventures de son grand-père qui les fabriquait et qui transmettait sa passion pour un certain art de vivre.

Quand il s’amusait avec ses cousins, et même pendant leur adolescence, l’idée, un jour, de pouvoir faire leurs vélos était présente. Même si aucun n’osait vraiment l’avouer. La chute prématurée de l’entreprise et des chemins de vie différents, et l’idée s’éloigne.

La Maison Tamboîte - Hugo et Frédéric

Frédéric a fait une carrière en finance internationale. Mais toujours, dans un petit coin de son esprit restait figée cette envie de donner un nouvel élan à la Maison Tamboite.

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que Frédéric a récupéré certains outils, meubles et cycles quand l’atelier et le magasin ont fermé leurs portes. Il les a bien conservés, et leur a rendu la lumière lorsque il a relancé l’aventure. C’était en 2014, avec ses frères et leurs épouses.

Le choix de l’installation ne s’est paradoxalement pas fait dans l’aire ou son grand-père exerçait auparavant. Exit Batignolles, Clichy et Montmartre. Hello Bastille. Dans un lieu intime au possible, au fond d’une petite cour sur la droite, une certaine rue Saint-Nicolas. Le quartier n’est finalement pas si mal choisi quand on constate encore le nombre d’artisans qui y exercent encore.

L’atelier

Je vais être honnête avec vous, cette petite rue pavée “secrète” par laquelle on accède à l’atelier ajoute beaucoup à la confidentialité de la Maison Tamboite. L’atelier n’est pas immense, mais il reproduit fidèlement les vrais ateliers d’autrefois. Le bureau d’un côté, et derrière des verrières, l’atelier à proprement parlé, avec ses tours et ses outils en tous genres.

D’ailleurs, quand on pénètre l’atelier de la Maison Tamboite, on remarque au premier coup d’oeil, outre les magnifiques cycles qui sont exposés, les meubles et outils d’époques qui servent encore aujourd’hui. Et c’est ce qui confie au lieu une atmosphère et un charme indescriptibles, en plus d’une délicate odeur de pneu et de graisse flottante.

La Maison Tamboîte

Mais un atelier, outre le chef, ne serait rien sans ses mains expertes et minutieuses.

Et pour cela, il y a Hugo. 25 ans, originaire de Bretagne, bercé par l’air marin et les deux roues. Il fait ses études à Tours, ou il apprend aux côtés du maître cadreur Bernard Berthelot le travail rigoureux du cadre, avant de venir travailler aux côtés de Frédéric. Il sait l’âme de tous ses outils, et tout est réalisé par lui à la main avec la plus grande perfection.

Les vélos Maison Tamboîte

En arrivant dans l’atelier, je me souviens avoir été tout de suite attiré par les jantes de ces vélos. Pas étonnant, du bois de hêtre courbé à la main prêt du lac de Côme par un des très rares artisans à posséder la connaissance de cet art. Jérôme et moi avons eu beau chercher la ligne de jonction qui unifiait le morceau de bois, impossible.

Le cadre est entièrement fait à la main dans l’atelier. La géométrie de celui-ci est choisie parmi plusieurs formes typiques, certaines tendant plus vers le cycle de course, d’autres vers le cycle de loisir. Évidemment, les proportions sont faites par rapport à la taille du client et à sa physionomie. Quand nous sommes arrivés, un vélo vert sapin de géant trônait à l’intérieur. Le client ? Un irlandais assez grand, élémentaire mon cher. 

Les chromages de certaines parties de celui-ci sont réalisés à la main aux Lilas, non loin de Paris. Observez un peu le travail du pédalier et du plateau, complément travaillés et ajourés à la main. Not your everyday bike.

La Maison Tamboîte

Vous remarquez que le vélo possède des parties en cuir, au niveau des poignets et de la selle notamment. Le choix est laissé au client quant au type de cuir qu’il souhaite arborer. Ces cuirs sont réalisés à la demande par l’atelier à un autre atelier de maroquinerie se trouvant à Belleville. Paris quand tu nous tiens.

Il faudra compter trois mois minimum avant de pouvoir prendre son cycle en main et cheminer dans les rues de Paris, ou ailleurs. Pour un prix minimum de 11.000€. Le prix est certes élevé, mais normal à la vue de l’exigence, des matières nobles et du temps consacrés à sa réalisation.

Je trouve cependant dommage que la fonctionnalité même du vélo et son utilité à être emporté partout, par tous temps, ne soit plus mis en avant. En effet, qui voudrait laisser un tel vélo dehors, ou même rouler avec par temps de pluie ? Car l’on sait de nos jours que nos voitures, belles motos et vélos peuvent être éprouvés par la ville et ses habitants. Il s’agit plus d’un magnifique objet, unique et rare, pour esthète aux goûts pointus.

Une aventure remarquable en tous cas, qui s’exporte jusqu’à la Corée et le Japon, avec de belles personnes pour rendre hommage à un véritable art oublié aujourd’hui. Longue vie à Maison Tamboite.


Maison Tamboite, 20 rue Saint-Nicolas, 12ème arrondissement de Paris