Home Montres Vintage Focus

Glycine Airman : Du Viêt Nam à la Lune

Nicolas
Le 11 septembre 2018
L

La sélection de nouvelles montres vintage disponibles sur Joseph Bonnie vous a plu, je n’en doute pas. Parmi cette sélection, je suis aussi certain qu’une pièce a pu attirer votre attention. Une certaine Glycine Airman qui a une belle histoire à nous raconter, ainsi qu’un physique peu commun que je vais vous expliquer en détail, cela va de soi.

Une montre disponible sur notre shop en ligne Joseph Bonnie.

Glycine et la naissance d’Airman

Non, Glycine n’a pas uniquement produit la Airman. Mais on s’en rappelle souvent pour cela. 

La marque “La Glycine” apparait en 1914, créée par Eugene Meylan. À l’origine, l’entreprise produira des petits mouvements avec un faible nombre de “lignes”. Mais l’histoire s’amorce principalement autour d’Eugène Meylan qui développe des partenariats intéressant. Jugez par vous même.

Il créé des liens solides avec Henri Jeanneret, créateur d’Excelsior Park, jusqu’à enregistrer le nom d’une entreprise avec lui. Il produira aussi quelques montres sous le nom “Eugène Meylan La-Chaux-de-Fonds”. Eugène est partout, et laisse de belles marques dans l’horlogerie suisse.

Ancienne publicité "La Glycine"

Mais l’histoire de Glycine nous intéresse davantage à partir de 1943. Un certain Charles Hertig vous dit-il quelques chose ? Il avait des participations dans l’entreprise Certina et avait d’ailleurs apposé son nom sur le cadran des montres Certina exportées au Portugal pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce cher Charles reprend Glycine et son ère rime aussi avec “Airman”. La montre arrive en même temps que la demande  de brevet pour la lunette “24 heures” qui sera seulement validé en 1956.

La raison de sa naissance n’est pas “farouche”. Il faut se remettre dans un contexte ou l’aviation civile bat son plein.

On raconte que l’idée aurait germé d’une discussion entre Charles et un ami directeur de manufacture qui avait entendu les demandes d’un pilote de ligne disant avoir besoin d’une montre avec un affichage 24 heures et une lunette graduée 24 heures. Il n’a pas fallu 107 ans avant de la créer. C’était mieux avant.

La première Airman est connue pour être le modèle “AM-PM” sur fond blanc avec les index gras et des aiguilles dauphine, où apparaissent sur le cadran les “AM”, “PM” et “NOON” pour permettre de se repérer rapidement sur l’affichage 24 heures. Je l’avoue bien volontiers, il y a un petit temps d’adaptation.

Une pièce que l’on trouvera sur le poignet de soldats américains pendant la triste Guerre du Viêt Nam à partir du milieu des années 50.

Une montre que l’on verra aussi au poignet de Charles Conrad Jr., 3ème homme à avoir foulé le sol lunaire, et qui portait à son poignet gauche la célèbre « Moonwatch », mais aussi une Airman au poignet droit.  La Airman lui permettait, grâce à son affichage 24h, de conserver la notion de jour/nuit. Pratique et nécessaire. Une pièce historique donc, et à la vraie légitimité fonctionnelle. Qui mérite donc explications.

Notre Glycine Airman

Concentrons-nous sur le principal : le cadran et la lunette 24 heures.

Glycine Airman

Malgré la présence d’un grand nombre de chiffres sur le cadran et la lunette, la lecture reste agréable. Les heures sont poussées à l’extrémité du cadran et laissent de la place pour les index tritium ainsi que l’affichage des minutes, découpé toutes les 5 minutes. Le cadran reste donc très harmonieux. Pour frôler ces chiffres, une belle aiguille “Arrow” des heures, sa compagne allongée des minutes et une longue et fine aiguille des secondes. Toutes 3 peintes de blanc à leur extrémité pour une lecture plus précise.

Et déjà, le détail qui tue. Saviez-vous qu’entre le 2 et le 4 du “24” se trouvait un petit fil de fer dont la hauteur varie en fonction de la position de la couronne ? Je pense que non. Ce petit fil s’active quand la position de la couronne passe en position réglage de l’heure et inversement, et vient ainsi stopper le chemin de la seconde, à midi pile.

Glycine Airman

Une forme de “stop second” avant l’heure, très pratique pour régler sa montre avec précision. Il est aujourd’hui rare que cette fonction soit encore en état sur les Airman existantes, mais celle que nous avons entre les mains chez Joseph Bonnie prouve le contraire. Exemplaire.

La lunette ainsi que le cadran sont gradués 24 heures, ce qui est logique en y réfléchissant quelques secondes, et tout se passe au niveau du brevet déposé par Glycine sur la couronne de serrage. Il suffit de dévissé la couronne à “quatre heures” pour libérer la lunette et permettre de faire se mouvoir celle-ci, avant de la fixer en revissant la couronne. Pour les amoureux de Yema, c’est le même principe que le “bloque lunette” d’une Superman.

Passons aux choses sérieuses. Et parlons mouvement. Les premières Airman étaient animées d’un calibre Felsa 690 ou 692 équipé de 23 rubis. Mais dans les années 1950, l’importation de montres suisses aux États-Unis n’était point chose facile, aussi le nombre de rubis comptait beaucoup dans la taxation des montres. C’est pourquoi on retrouve des Airman avec le même calibre équipé de 17 rubis pour le marché américain. Ce qui est le cas de la pièce que nous vous présentons. On retrouve aussi sur la masse oscillante l’inscription “Precision Imports” qui valide bien cette provenance.

Glycine Airman

Par la suite, les Airman seront équipées de calibres A. Schild. On situe (à peu près) ce changement en 1963/1964.

Les cadrans des Airman équipées de Felsa présentaient des triangles à 12 et 24 heures, et l’on remarque que sur le fond de boite se trouvait la lettre “A” avant le numéro de série. Sans oublier le même fond de boîte vissé.

Avec ces informations, on peut réussir à dater plus facilement une Glycine Airman. Mais ça reste parfois un casse tête. En sachant que le brevet est déposé en 1953 (Patent Pending) et validé en 1956 (Patent), on peut aussi avancer certaines choses.

Notre Airman date donc d’après 1956, et étant équipée du calibre Felsa 692 et une date rouge, aurait été produite avant 1960. Voilà qui précise tout de même les choses.

Après pas mal de recherches sur les grands internets, et après avoir passé du temps sur le précieux site qu’est Glycintennial, on trouve que le numéro de série de notre pièce et ses détails correspondent à une montre de 1958. Il y a donc corrélation. 

Voici l’une des premières Glycine Airman dans une forme olympique, entièrement d’origine. Dans un tel état, voici une pièce à l’héritage historique fort et à la conception extrêmement  fonctionnelle, qui ne pouvait que nous émouvoir. Je ne sais pas vous, mais c’est bien là tout ce que j’aime !


Plus d’informations sur la Glycine Airman sur Joseph Bonnie