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Ferdinand Berthoud FB 1R.61 : Des complications au siècle des Lumières

Nicolas
Le 23 janvier 2018
C

Chers amis, cela faisait un moment que nous ne vous avions parlé de Ferdinand Berthoud. Pour vous dire, même, cela remonte en 2015 quand nous avions pu discuter un moment avec Karl Friedrich Scheufele autour de la Ferdinand Berthoud FB1.

Soufflons un peu après cette semaine intense du SIHH 2018, prenons quelques instants pour parler de belle horlogerie, dans tous les sens du terme. Et de la nouvelle pièce FB 1R.61 qui, sous couvert d’être un condensé de techniques et de technologies de pointe n’est autre que l’héritière des pionniers de l’horlogerie moderne. Et me fait dangereusement songer au Nautilus de Jules Verne… 

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Ferdinand Berthoud : la belle aventure

Ce n’est pas en tournant au détour du Boulevard des Batignolles et de l’avenue de Clichy que vous rencontrerez foule de personnes connaissant Ferdinand Berthoud. Rien de grave. L’erreur est humaine. Mais persévérer, c’est diabolique. Laissez moi donc vous narrer quelques lignes sur la fabuleuse histoire Ferdinand Berthoud.

Un homme passionné se cache derrière la renaissance d’un nom oublié. On voit plus souvent Karl Friedrich Scheufele au volant d’une ancienne sur un Mille Miglia, par exemple. Passionné d’automobiles anciennes et de viticulture, le quotidien du co-président de Chopard est d’une intensité profonde, mais rien n’est fait sans y consacrer du plaisir.

Pour étoffer la collection du musée de Fleurier, et trouver quelques chronomètres de marine anciens, certaines ventes aux enchères sont incontournables. Lors d’une de celles-ci, c’est avec une pièce Ferdinand Berthoud que celui-ci revient au musée. Impossible alors de ne pas s’intéresser à un horloger né à deux pas de Fleurier. Le nom est racheté en 2006, et en 2010 le temps est trouvé pour commencer les choses sérieuses.

Ferdinand Berthoud FB 1R.61

Ça ne nous dit pas qui était Ferdinand. Remontons au XVIIIe. Après des études d’horlogerie, et des allers-retours vers Londres pour comprendre les pendules de John Harrison, il met au point des horloges marines pour que la France rayonne au-delà les océans. Et en faisant preuve d’audace, il accède à la fonction d’Horloger Mécanicien du Roi et de la Marine. Lourd. Figure du progrès dans le domaine, donc, mais aussi de la transmission par le biais d’un grand nombre de publications. Un homme bon.

Ferdinand Berthoud  FB 1R.61

Une nouvelle pièce présentée cette année au SIHH. Un condensé de très belle horlogerie, à la fois techniquement et visuellement plaisante, fruit du progrès de l’horlogerie depuis un XVIIIe siècle tourmenté par les océans.

Ferdinand Berthoud FB 1R.61 (Face)

Commençons par les choses simples avant de parler fusée et chaînes, le voulez-vous ? Ce que nous avons entre les main n’est rien d’autre qu’un régulateur. Autrement dit, les aiguilles des minutes et des heures ne sont pas coaxiales. En général, et comme il est souvent le cas, la seconde est centrale et les minutes se lisent dans un autre guichet, ici à midi. Les heures se lisent dans un guichet à deux heures. Au delà cette complication, ce n’est pas ce qui impressionne la galerie ici.

La réserve de marche

La partie gauche du cadran nous offre un spectacle des plus techniques. Pour un affichage particulier de la réserve de marche.

Souvenez-vous quand je vous parlais de la magnifique complication qu’est l’équation du temps. Je vous mentionnais l’existence d’un petit “palpeur” qui venait suivre les courbures de la came d’équation du temps, ce qui permettait de transmettre une information visible sur le cadran. Et bien ici c’est pareil. Vous avez un cône tronqué qui monte et qui descend le long d’un axe relié au barillet. Et un palpeur qui suit la forme de ce cône à mesure qu’il bouge, avant de transmettre l’information par l’action de différents leviers et d’arriver à l’aiguille finale. Vous voyez, c’est simple. Et ça permet d’avoir une très grande précision d’indication de réserve de marche.

Fusée-Chaîne

Le système de fusée-chaîne n’est pas récent. Mais les horlogers l’apprécient à nouveau pour une raison simple : il permet de se rapprocher de la force constante tant vénérée par ceux-ci depuis des siècles. Laissez moi remettre ma blouse, et je vous explique.

Ferdinand Berthoud FB 1R.61 (Portée)

D’un côté, le barillet, pièce qui stocke l’énergie par le biais d’un ressort qui s’arme à mesure que l’on remonte la couronne. Mais qui ne délivre pas cette énergie de manière constante. De l’autre, la fusée, pièce horlogère à la géométrie variable (de forme conique). Quand le ressort est armé, toute la chaîne est entourée autour du barillet. Et progressivement que l’énergie est délivrée, la chaîne s’enroule autour de la fusée, mais pas avec la même intensité, étant donné la forme variable de celle-ci. Cela permet de revenir à un équilibre dans la force. Très Star Wars.

Couplé à ce mécanisme de Fusée-chaîne, un tourbillon vient apporter encore plus de précision.

Un travail esthétique remarquable

Cette pièce est remarquable d’un point de vue horloger, je viens de vous le démontrer par A + B.

Ferdinand Berthoud FB 1R.61 (Tranche)

Mais ce qui en fait une pièce d’autant plus appréciable et le travail exemplaire de la boite et des finitions. La montre reçoit un boitier octogonal de 44mm peu commun mais qui lui sied à merveille. Cela lui confère un aspect très moderne, alors que les complications et l’esprit de la pièce nous renvoient au début des grandes complications horlogères. Deux petites glaces saphir ponctuent le tracé du boitier, permettant à l’oeil (forcément) curieux d’observer les dessous de table.

Ce boitier octogonal est en acier cémenté. Si vous préférez, l’acier est durci en surface par induction de carbone à haute température, ce qui le rend très solide en surface, comme un acier qui contiendrait du carbone. D’une part, cela apporte à la montre un aspect un peu énervé, et la rend bien résistante pour protéger tout ce qui vit en elle.

Ferdinand Berthoud FB 1R.61 (Focus)

Je le dis et je me répète peut-être, mais plus je vois cette montre, plus elle me fait penser à un objet extraordinaire comme le Nautilus de Jules Verne, condensé de modernité et de prouesses techniques, avec l’esprit des pionniers historiques de l’horlogerie. Un Nautilus limité à 20 exemplaires, au prix d’un véritable petit sous-marin, puisqu’il faudra débourser la somme 238.500€. Le prix de l’extraordinaire, de complications pointues et rares.


Pour découvrir les quelques autres merveilles que Ferdinand Berthoud a pu faire naître, je ne peux que vous encourager à naviguer sur leur site.